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"Intouchables", non, ils ne le sont pas, "Intouchables", oui, ils le sont

Publié le 04 décembre 2011 par Jcgrellety

L'industrie du cinéma propose aux citoyens réduits à être des spectateurs des Causes d'enthousiasme où il semble que le Tout (du monde, des sociétés, de la vie) puisse et soit interprété par toute la personnalité spectatrice, comme celle-ci est elle-même interprétée par le film. En chair et en os, c'est l'histoire d'une relation factuellement improbable - un qui appartient aux 1% face à un qui appartient aux 99% et même plutôt aux derniers du pourcentage. Un ultra-riche et un pauvre se rencontrent rarement dans notre monde, sauf à l'occasion d'une prestation de service. Le comportement grégaire des premiers leur fait éviter celles et ceux qui habitent le monde, parce qu'ils résident dans des ghettos hors-sol. Ce comportement, grégaire et mimétique, est un spectacle en soi qu'il faut apprécier et considérer, tellement il est ridicule. Les maîtres du bien-vivre, du bien-habiller, etc, vivent dans une bulle asphyxiée, où l'humain se réduit aux semblables et aux larbins taiseux. Mais voilà : l'Intouchable paradant a été frappé par la foudre et le voilà tétanisé, réduit à devoir sa survie à un salarié, donc un homme qui n'est pas de son monde, parce que celles et ceux de son monde ont autre chose à faire que de s'occuper d'un gars comme lui. Jean-Jacques Delfour a voulu voir dans ce récit la dénégation des réalités socio-économiques et la transposition d'un conte mondialisé, par lequel des générations ont inconsciemment fait l'éloge des gens beaux et de bien. Bien des perspectives peuvent se justifier sur un tel récit qui offre une multiplicité de prises, comme le fait que cet ultra-riche est une métaphore ambulante des siens : tous autant qu'ils sont, ils sont totalement handicapés, car ils ne sont rien dans l'hyper-assistanat de celles et ceux qui les servent. Les milliards ont beau faire, une grève généralisée les réduirait à l'impuissance totale qui est en fait leur essence. "Intouchables", dans ce sens, ils ne le sont pas, étant au contraire d'une totale fragilité eu égard à l'accumulation des conditions qui rendent possible leur état. Mais "Intouchables", ils le sont, dans bien des sens : archi-protégés par des mercenaires, des "politiques" qui votent des lois et des budgets toujours plus favorables à des archi-gâtés, mais aussi par leur absence totale d'empathie pour l'humanité souffrante. A quoi consacrent les milliardaires de leurs milliards ? La plupart du temps, ils font comme des enfants : n'importe quoi, ils s'amusent - autrement dit, ils jettent par les fenêtres. Les richesses collectives qu'ils privatisent disparaissent dans les trous noirs de leurs poches et de leurs paradis fiscaux, et des Koch estiment n'en avoir jamais assez. La fragilité de ces hommes de pierres, c'est cette humanité qu'ils ont perdu et qui est différente d'eux et qui pourraient se tourner vers eux. La question est : face à cette Métaphore ambulante, est-ce que Driss et les spectateurs peuvent ouvrir les yeux ? Les comédiens de l'impuissance seront alors démasqués, eux qui exploitent à fond dans toutes les dimensions l'EMPATHIE humaine. 


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