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[Critique] SHAME de Steve McQueen

Par Celine_diane
[Critique] SHAME de Steve McQueen
Lorsqu’il ne fouette pas ses patientes chez Cronenberg, Michael Fassbender tourne avec l’un des disciples du réalisateur canadien: l’anglais Steve McQueen. L’acteur fétiche du cinéaste, qui avait déjà embrasé la pellicule de son premier long-métrage Hunger, est Brandon, véritable métronome humain, dont la vie semble parfaitement réglée. Bel appart, bon job, charisme fou, physique avantageux. D’emblée, McQueen dévoile le grain de sable qui vient enrayer la machine : le cadre new-yorkais est maladivement accro au sexe, obsession qui le ronge et qui conditionne chaque seconde de son existence. Dans les couloirs aseptisés de son bureau, dans une rame de métro cradingue, dans des bars luxueux mais glacés. Partout, il ne pense qu’à ça. Transformant la ville de New-York en étau froid et triste, McQueen flirte avec le huis clos : psychologiquement étouffant, et sans issue. L’espace, tout en angles, blancs, et symétries renvoient le mal-être d’un homme ultra moderne, traquant l’acte sexuel tel un prédateur, s’infligeant du plaisir comme une punition, surconsommant la chair à l’instar d’une société sans valeur ni morale. A la dérive. Seul. Reflet d’une époque malade et déviante.
A l’incroyable Fassbender, livrant la plus belle performance de sa carrière, Carey Mulligan vient donner la réplique : sœur et pendant féminin du mâle. En miroir inversé, sa quête aveugle d’amour, qui ne trouve pas de réponse, est tout aussi glauque que les vices du frangin. Unis par on ne sait quelle sorte de traumas, les deux trouvent dans leur masochisme matière à s’autodétruire, se mépriser. Elle, en s’abandonnant à des hommes mariés. Lui, à ses désirs incontrôlés. S’interdisant d’aimer et de s’aimer, l’humain n’est plus qu’animal, esclave d’instincts sexuels primitifs et mécaniques. La jouissance, chez Brendon, a des allures de grimaces. Il n’y a pas de désir, juste une souffrance colossale. Le film, lui, est un véritable chef d’œuvre, sombre, pessimiste, cru et cruel, dont la brutalité et l’impudeur filent les larmes aux yeux. McQueen parle de solitude et de mépris de soi comme personne ; tranchant, dans le vif, les âmes, les veines, et les cœurs. Ne restent plus que des corps, froids comme des cadavres, des êtres déjà morts, piétinés, aliénés par les maux contemporains : individualisme, consumérisme, artificialité.
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