Magazine Cinéma

L'orphelinat

Par Rob Gordon
L'orphelinatIl faut avoir de sacrées corones pour oser encore s'attaquer au cinéma fantastique espagnol sans craindre de sembler tout ridicule à côté de Jaume Balagueró et Alejandro Amenábar. Juan Antonio Bayona s'y est risqué... et c'est un pur bonheur. Encore une histoire de maison hantée et d'enfants maléfiques ? Oui. Et non. Sans prétendre révolutionner le genre, Bayona revisite des thèmes d'un classicisme absolu et parvient finalement à les réinventer, principalement de par la force de sa mise en scène, fluide et baroque, contenue donc tétanisante. Ambitieux mais pas orgueilleux, L'orphelinat n'entend pas démontrer une quelconque supériorité par rapport aux films du même type, juste proposer une (très) bonne histoire, flanquer les chocottes à qui voudra bien se prêter au jeu, et rendre hommage à des cinéastes tels que Polanski (référence absolue de Bayona), Argento ou del Toro (ici producteur).
Cela débute donc comme un bon milliard d'autres films horrifiques et souvent horrifiants : un orphelinat abandonné, de nouveaux propriétaires, une menace sourde qui rôde... Respectueux de codes qu'il affectionnait lorsqu'il n'était que spectateur, le metteur en scène met en place son film avec un vrai respect des conventions, tout en apposant sa propre patte à l'ensemble. Le plus délicieux dans tout ça, c'est la terrible lenteur de la montée en tension. Ce n'est qu'assez tard dans le film que la peur, la vraie, succèdera aux petites craintes. Le plaisir est de tous les plans, chaque idée de mise en scène résonnant un peu plus fort que la précédente (qui après ça osera encore jouer à "1 2 3 soleil" ?). Et les plus terre-à-terre d'entre nous (dont je suis) seront particulièrement séduits par ce désir de plonger dans le fantastique sans pour autant se détacher du réel. D'où une histoire parfaitement crédible, dont la conclusion est si bien troussée que l'on en oublierait presque qu'elle n'est pas tout à fait neuve.
Réservant quelques passages bien effrayants et quelques images d'un gore pour le moins efficace, L'orphelinat mêle cette bonne vieille jubilation ressentie devant n'importe quel film d'horreur pas trop mal troussé, et y ajoute un voile de spleen réaliste qui fait toute la différence. Transcendé par une actrice proprement bouleversante, le film de Bayona a tout pour provoquer la fascination d'un public assez large. Pas étonnant qu'il soit devenu le plus grand succès de l'histoire du cinéma espagnol...
9/10

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Rob Gordon 109 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines