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D’un retournement l’autre – Comédie sérieuse sur la crise financière / Frédéric Lordon

Publié le 29 décembre 2011 par Malaurie @jfbib

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Économiste spinoziste (directeur de recherche au CNRS), membre du club des économistes atterrés, Frédéric Lordon, fait œuvre de vulgarisation sur la crise économique qui secoue le monde depuis 2008. Il donne un éclairage humoristique, logique et engagé de la crise actuelle : quatre banquiers se retrouvent au chevet de l’État moribond pour lui demander de l’aide. Le président très imbu de sa personne (ne cherchez pas, c’est bien lui !), son premier ministre et ses conseillers (l’un d’entre eux sert de contradicteur) tentent de s’en sortir mais leurs solutions ne concordent pas. A la façon de Molière et de Jean de la Fontaine, Frédéric Lordon joue un rôle de polémiste et d’éveilleur des consciences.

Un peu comme si Monsieur Jourdain donnait son point de vue sur la crise financière…

Pourquoi du théâtre, en alexandrins sur un sujet brûlant d’actualité ? C’est peut-être Frédéric Lordon qui en parle le mieux dans son post-scriptum intitulé « Surréalisation de la crise ».

Extraits :

« On pourra analyser la crise financière sous toutes ses coutures, raffiner l’argument autant qu’on veut, démonter les systèmes, exposer les rouages, tout ça ne vaudra jamais une image bien choisie qui fait bouillir les sangs ou, comme le dit fort à propos une expression commune, qu’on prend en pleine gueule (…) Il ne faut plus seulement dire la crise capitaliste, il faut la montrer, ou bien la faire entendre (…) Le capitalisme ne résiste-t-il pas à l’outrage hors norme de la crise présente, ne se maintient-il pas dans l’invraisemblable effondrement intellectuel et moral qui devrait l’engloutir ? Contre les avantages inertiels de la domination, tous les moyens sont bons, tout est envisageable (…) Le théâtre est l’un d’eux. ».

Sur le choix de l’alexandrin, Frédéric Lordon explique : « Et en alexandrins… Mais grands dieux, quelle idée ? Peut-être d’abord parce que les télescopages produisent des effets par eux-mêmes, et que celui de la langue du théâtre classique avec tout son univers de raffinement grand siècle, et de l’absolue vulgarité du capitalisme contemporain se pose un peu là ».

Car enfin : « Passé un  certain degré de généralisation, la dérision devrait plutôt être prise pour un symptôme inquiétant, celui d’un stade de détérioration démocratique où, toutes les protestations étant vouées à rester ignorées, tous les médiateurs ayant cessé de médiatiser, tous les « représentants » ayant trahi le représentation, il ne reste plus à la masse des gouvernés que le parti d’en rire, parti désespéré, à qui la dérision, seule chose qui lui reste, est l’arme de tout dernier recours – avant peut-être de se retourner brutalement et d’en venir aux pavés. »

Soit, donc, rions ! Avant de nous retourner…

Écouter Frédéric Lordon parlant de son livre aux Matins de France Culture.

Des lectures de ce texte ont déjà eu lieu, notamment avec Jacques Bonnaffé et Denis Podalydès.

Site internet de Frédéric Lordon

Quelques billets : Axel Evigiran,  SOS Dissertation (pour les étudiants), Elsa Fayner, Daniel Paul.


D’un retournement l’autre – Comédie sérieuse sur la crise financière. En quatre actes, et en alexandrins

Frédéric Lordon - Seuil, 2011 - ISBN 978-2-02-104577-2 - 14,00 €.


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