2012

Publié le 31 décembre 2011 par Jean-Marie Le Ray
À la veille d'entrer dans l'année 2012, qui marquera ma trentième année de permanence en Italie, j'avoue que je suis las, extrêmement las, de ce pays. Un malaise qui a commencé à se faire vraiment sentir en 2008, lorsque j'ai dû prendre douloureusement acte que les italiens avaient ENCORE voté pour un quatrième gouvernement Berlusconi, un vote totalement débile exprimé par une majorité totalement débile. Débile au sens où un pays qui se veut démocrate NE PEUT PAS voter pour quelqu'un qui personnifie la fin de la démocratie, qui est la négation de la démocratie, chose que j'ai commencé à dénoncer cette même année, en italien, et sur le Web italien.
Et je n'ai pas cessé depuis, avec près de 200 billets signés Straniero, en même temps que j'en commettais plus d'une centaine en français pour tenter d'expliquer l'Italie à un lectorat francophone.
Personnellement, je considère d'une gravité unique la facilité avec laquelle l'opinion publique italienne se laisse mener en bâteau depuis près de 20 ans par ce charlatan, qui n'est que mensonge, manipulation, propagande, trahison, corruption, etc. etc. Et qui n'a pas encore dit son dernier mot, si les italiens continuent à le laisser faire. Je ne sais pas si j'aurai l'occasion de vous en reparler, franchement j'en ai ma claque de causer de cet énergumène et de ce pays qui me déçoit chaque jour davantage.
Je me trouve donc face à un cruel dilemme, cornélien, car si j'ai quitté la France en 1982 parce que je ne voulais plus y vivre, déçu que j'étais de mon pays comme je le suis aujourd'hui par l'Italie, trois décennies plus tard je finis par me retrouver dans la même situation, mais avec quelques différences majeures !
D'abord j'ai trente ans de plus dans les baskets : j'en aurai 55 dans trois mois et quoi qu'on en dise, l'âge se fait quand même sentir. En 1982 j'étais tout seul, orphelin et sans racines, en 2012 j'ai une famille heureuse avec une femme profondément attachée à sa terre, et un gosse merveilleux de 10 ans plus italien que français, au point que même s'il est aussi français par le droit du sang, il ne sait pas encore s'exprimer correctement dans la langue de son père.
Donc en tout état de cause le choix de revenir en France n'incombe plus à moi seul, d'autant plus que je ne suis pas encore totalement convaincu que ce choix serait fondé ! Car on ne peut pas dire que la politique franco-française m'enthousiasme, loin de là, et les nombreux parallèles négatifs que je constate avec l'Italie me dérangent autant d'un côté des Alpes que de l'autre...
Et puis pour tout dire, au-delà de la France et de l'Italie, c'est l'idée même de démocratie qui est remise en question par les événements actuels, un point de vue que j'ai cherché à développer dans de précédentes réflexions sur la démocratie et sur le dépassement de la dichotomie droite-gauche, plus que jamais à l'ordre du jour.
Car selon moi nos démocraties manquent profondément de réflexion(s) sur ce qu'elles sont, ou ne sont pas, sur pourquoi elles sont nées, quand, comment, sous quels cieux, avec quelles réussites, quelles impasses, quelles erreurs, quelles lacunes, sur ce qu'elles pourraient - devraient - être, etc. etc., tout comme elles manquent de dialectique et de critique, dont l'étendard n'est plus guère porté par personne : ni la presse, ni les médias mainstream, ni les intellectuels, ni la culture, l'art, etc.
Au-delà d'un conformisme mondialisé et marchandisé, réifié, ne vois-tu rien venir, sœur Âne ?
À lire la presse italienne depuis des semaines, les maîtres mots sont "spread", "rating", du sang et des larmes (à propos des plans d'austérité à répétition qui ne sont pas sans rappeler un antique diction mafieux...), et autres joyeusetés du même acabit...
Un vide qui n'est comblé que très partiellement sur Internet, où là encore chaque info est chassée par la successive dans un flux constant, où le seul but de toute communication semble être celui d'atteindre la vitesse de la lumière :
Pourtant, à l'aune de l'évolution humaine et des temps biologiques et physiologiques, les progrès technologiques font que la communication

« s’accélère follement et passe d’une ancestrale lenteur de l’histoire humaine, habituée hier encore à compter en millions d’années, à la célérité de la lumière qui distingue aujourd’hui et caractérisera toujours plus demain l’Ère Internet, cyber-galaxie tridimensionnelle ayant l’espace pour largeur, le temps pour longueur et l’information pour hauteur (sans aller jusqu’à parler de profondeur…) », comme je l'ai écrit dans Welcome in the World Century, en reprenant des citations de Paul Virilio :
« Bienvenue dans le siècle-monde », où le temps et l’espace finissent par se rejoindre à la surface de l’écran, l’interface, donnés « à voir dans l’immédiateté d’une transmission instantanée », dans « cet emplacement sans emplacement » où « l’épuisement du relief naturel et des distances de temps télescope toute localisation, toute position », où « Comme les événements retransmis en direct, les lieux deviennent interchangeables à volonté », où « L’INFORMATION est le seul ‘relief’ de la réalité, son unique ‘volume’. (…) Désormais, tout arrive sans qu’il soit nécessaire de partir, mais ce qui ‘arrive’, ce n’est déjà plus l’étape ou le but du voyage, mais seulement l’information, l’information-monde, que dis-je, l’information-univers ! »…
Et que dire du contre-pouvoir informationnel ? Un point que j'avais soulevé en 2008, funeste année, décidément, or si le blogueur tentait alors de relayer la presse, on ne peut pas dire aujourd'hui que la presse rende la monnaie en relayant le blogueur :

QUESTION PRÉALABLE : MAIS QUE FAIT LA PRESSE ?

Ou est-il normal, après qu'un procès de plus de 1 000 milliards de dollars ait été formellement intenté le 23 novembre dernier contre, notamment, un gouvernement, un ex-chef de gouvernement, un corps d'armée, l'ONU, le secrétaire général de l'ONU, deux ambassadeurs, la fondation du forum économique mondial, etc., PERSONNE N'EN PARLE dans les médias mainstream ?
Un silence véritablement assourdissant, qui me convainc toujours davantage de l'authenticité de cette affaire ! Sinon pourquoi un blackout total et mondial de l'info ?
Si quelqu'un a une explication sensée à proposer, je suis tout ouïe, mais 2012 devrait pourtant nous fournir quelques éléments de réponse sur ce point...
J'arrête ici, non sans souhaiter une bonne et heureuse année 2012 à toutes et à tous. Personnellement, vous l'aurez compris, je ne suis pas franchement optimiste, même si je ne demande qu'à changer d'avis !
Jean-Marie Le Ray