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Panique au musée d'Epernay (3)

Par Nickyza

 

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Sous les ors de la salle du conseil municipal, les mines étaient sombres et attentives aux déclarations du maire.

Sur un ton calme et posé, le maire résuma la situation et assura que selon ses constatations, heureusement, les pièces du musée n’avaient pas eu le temps d’être endommagées grâce à l’intervention rapide de ces pompiers décidément très efficaces, — que ferions-nous sans eux, n’est ce pas— et grâce à la conscience professionnelle du conservateur qui, en anticipant les risques d’éventuels sinistres toujours possibles, avait su préserver nos objets précieux hors d’atteinte des eaux, — hommage à Monsieur Boissière car sans lui…— que finalement, seuls les murs et les sols avaient besoin d’un sérieux coup de peinture, après en avoir définitivement chassé l’humidité.

Finalement, on était passés à côté du désastre, plus de peur que de mal ! Le maire dit que s’il les avaient réunis tous ici ce soir, c’était tout d’abord pour les rassurer, et qu’il comptait sur eux évidemment pour contrecarrer d’éventuelles rumeurs qui ne tarderaient pas à courir, — vous savez ce que c’est, dans les petites villes de province…on fait des montagnes de petits riens…les gens aiment bien le sensationnel…il y a toujours de bonnes âmes pour colporter n’importe quoi…à ce propos, nous aurons sans aucun doute affaire à nos détracteurs habituels qui remettront sur le tapis l’installation du musée, qu’ils jugeront obligatoire après un tel incident, mais vous savez comme moi, chers amis, que la ville n’en a toujours pas les moyens et que ceci ne sera pas à l’ordre du jour avant longtemps, —

Hochement de tête montrant l’adhésion de la part de l’opposition, réflexions sur les cancans que l’événement n’allait pas éviter de déclencher, évocation de quelques noms de sparnaciens têtus qui saisiraient à nouveau l’occasion d’enfourcher le fameux dada de l’installation d’un musée à Epernay…bref, les voix se firent plus légères, voire teintées de rires maintenant que tous savaient les pièces du musée saines et sauves.

Le conseil se termina, l’inquiétude du début s’était envolée. Les élus avaient retrouvé le sourire, soulagés par ces paroles rassurantes. Ils se quittèrent avec quelques claques amicales dans le dos, quelques plaisanteries qui résonnèrent dans le grand escalier de marbre de la mairie.

Le maire les regarda regagner l’Avenue de Champagne, et se frotta les mains, pensif.

   Bon, voilà une bonne chose de faite, ils sauront quoi répondre aux questions indécentes ! Je pense avoir été convaincant. L’important étant d’enterrer l’affaire au plus vite : moins on en parlera, mieux ce sera, n’est ce pas Joffrin ! Un expert mandaté par les musées nationaux serait une catastrophe ; il faut absolument que cet incident ne sorte pas des murs de la ville. Il serait bien aussi de montrer un peu de reconnaissance à Monsieur Boissière, de lui renouveler notre gratitude d’une manière ou d’une autre…

   Oh, Monsieur Boissière n’a plus de velléité de s’en aller, après les accords que nous avons passés avec lui ! Vous savez, ça ne doit pas être marrant tous les jours d’être enfermé dans une cave avec des caisses vides à gérer… on peut le comprendre…Je lui ai déjà promis une prime supplémentaire, et puis ça fait des années que ça dure, pas de raison qu’il craque demain, non, non, le secret restera bien gardé, je vous l’assure. L’important, je vous l’accorde, c’est que cet homme reste en place le plus longtemps possible, au moins le temps de votre mandat ! Mais ça fait plus de trente ans qu’il garde le poste, alors…D’ici une dizaine d’années, l’âge venu de sa retraite, le prochain maire avisera, mais je ne voudrais pas être à sa place !

   En se battant pour la mairie, c’est une véritable bombe qu’il aura entre les mains, le successeur, parce que c’est inévitable, un jour ou l’autre, le pot aux roses sera découvert…C’est impossible que ça continue comme ça encore longtemps !

Joffrin fusilla Balard du regard.

   Heureusement que les porcelaines bleues ont échappé au cambriolage, il y a plus de trente ans, et qu’il y a comme ça, quelques pièces miraculées que l’on peut prêter et qui tournent d’un musée à l’autre ; ça permet d’attester une certaine activité…Au fait, Venise a manifesté son intention de garder les porcelaines un peu plus longtemps que prévu. Je leur ai signifié, bien sûr, que c’était impossible ! Vous voyez, on s’en sort toujours bien, depuis tout ce temps ! Continua fièrement Balard sentant l’inquiétude grandissante du maire.

   Oui, jusqu’au jour où…Que ne me suis-je inquiété plus tôt de ce musée, le jour où j’ai pris ce mandat…quand on pense que ce cambriolage n’a jamais été signalé et que les maires successifs, devant le fait accompli, n’ont jamais rien osé annoncer de peur que cela leur retombe dessus, alors qu’on ne sait même pas de quand date exactement ce vol-là…La peur du scandale pendant un mandat, c’est incroyable ce que ça peut vous conduire à cacher de moche…Ah, parfois je me dis que la politique, c’est pas toujours bien reluisant…et cette épée de Damoclès, là, au-dessus de nos têtes…C’est énorme ce que l’on est obligés de cacher, c’est inimaginable…

Le maire n’avait jamais autant senti l’épée se balancer aussi fort au-dessus de sa tête qu’à cet instant-là. Il paraît que de grosses gouttes de sueur perlaient à son front.

   C’est tellement inimaginable que justement, ça n’effleurera jamais personne une seule seconde, une idée pareille !

(La suite ? Là, juste en dessous dans l'article qui suit ! )


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