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Les Étrusques (sans Giacometti…) de Volterra à Paris

Publié le 03 janvier 2012 par Marc Lenot

Les Étrusques (sans Giacometti…) de Volterra à ParisLe Musée Guarnacci à Volterra est vide, désespérément vide. L’Ombre du Soir, ce jeune garçon nu filiforme, les bras le long du corps, la tête légèrement penchée, le visage fin, arrondi et doux, n’est pas là, statuette votive étrusque que Gabriele d’Annunzio baptisa ainsi, tant elle évoquait une ombre au sol allongée par le soleil du crépuscule. Le mobilier funéraire des tombes de Badia, le casque à crête villanovien de la Tombe du Guerrier, le kylix archaïque où un homme nu se penche, les mains sur les genoux, inscrit dans un cercle, pour parler à un autre homme habillé, les petites statuettes d’offrants, les urnes cinéraires, les sarcophages, plus rien n’est là. Ne restent que les vieux époux, si doux, si délicats, unis dans la mort. Et je crois qu’au Musée Archéologique National de Florence, les salles étrusques sont pareillement dévastées.

Dévastées ? Pillées ? Non je ne me suis pas converti à la religion conservatrice anti-prêts des tribuns de l’art, défenseurs patentés du patrimoine et opposants farouches aux prêts d’œuvres d’art (quand ce n’est pas dans un but hautement ‘scientifique’). Au contraire, je suis ravi d’avoir vu ces pièces, et bien d’autres, une semaine plus tôt, à Paris, à la Pinacothèque. Pour qui s’intéresse un peu à l’art étrusque, au-delà des sarcophages spectaculaires du Louvre, c’est l’occasion de voir (jusqu’au 8 janvier) une très belle exposition, raisonnablement didactique, et avec des œuvres qui voyagent rarement et que, si vous n’allez pas souvent dans les petits musées toscans, vous n’avez sans doute jamais vues.

Donc, il faudrait remercier la Pinacothèque d’avoir organisé cette exposition, après d’autres tout aussi spectaculaires (comme les soldats de Xian, par exemple), mais toujours décriées par les mandarins de l’art officiel (« l’espace entre deux épiceries de luxe » disait l’un) ? Oui et non, car le prétexte de cette

Les Étrusques (sans Giacometti…) de Volterra à Paris
exposition est un rapprochement tout à fait hypothétique entre Giacometti et l’art étrusque. Que Giacometti ait eu une large culture historique et artistique (en particulier grâce à son père), nul doute. Qu’il ait vu une ou deux expositions d’art étrusque, c’est probable, et il a même fait quelques croquis dans les marges des catalogues ou des revues. Que cela soit suffisant pour affirmer une parenté, un cousinage, me semble hasardeux.

L’argument semble essentiellement basé sur la similitude filiforme entre l’Ombre du Soir (qui n’est d’ailleurs pas unique, contrairement à ce qu’écrit Philippe Dagen, il suffit d’aller au Louvre – ou même seulement à la boutique – pour en voir une autre, féminine, elle, et ces ex-voto longilignes sont fréquents au IVème siècle av. J.C.) et les statues tout aussi longues de Giacometti : c’est un peu mince, d’autant plus que ces statues étrusques sont fines, polies, lisses, bien finies, alors que celles de Giacometti sont rugueuses, pleines d’empreintes, d’essais, de rajouts de matière, de tentatives incessantes, comme si on ne voyait là qu’un état, qu’une ébauche parmi d’autres, toujours insatisfaisante à ses yeux.

Les Étrusques (sans Giacometti…) de Volterra à Paris
Et une scénographie assez spectaculaire ne remplace pas un argument sérieux : telle statue de Giacometti au milieu des sarcophages fait de l’effet, sans nul doute, mais c’est tout. La rencontre est plus anecdotique que bouleversante, et on a parfois l’impression, en lisant cartels et catalogues, que les auteurs n’y croient pas vraiment (« Je ne crois pas aux influences, mais aux références » dit le Directeur de la Pinacothèque). De Giacometti, vous ne découvrirez ici pas grand-chose de nouveau, mais allez-y pour les Etrusques !

Photos courtoisie de la Pinacothèque. Giacometti étant représenté par l'ADAGP, la seconde photo sera ôtée du blog au bout d'un mois.


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