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Arts vivants, Identité européenne : Curiosités

Par Memoiredeurope @echternach

Arts vivants, Identité européenne : Curiosités

 Les Ingénieurs par Erro en exposition permanente à la bibliothèque des Sciences et de l’Industrie © CSI/M. Lamoureux

Il est certainement dommage que les rapports entre Art et Science suscitent moins d’initiatives aujourd’hui qu’il y a une vingtaine d’années. La Cité des Sciences et de l’Industrie avait su créer, sous l’impulsion de Claude Faure, fondateur de l’Association Ars Technica avec Piero Gilardi et Piotr Kowalski , une politique d’intégration artistique audacieuse dont témoigne la Lettre de l’OCIM de novembre - décembre 2008. Je n’oublie pas que c’est Claude qui m’avait proposé de réfléchir en 1984 sur l’idée d’une exposition sur le textile et la mode pour la Cité.

En faisant référence au travail de Jean-christophe Bailly, Claude Faure écrivait : « La présence affirmée d’œuvres d’art à la CSI revêt une double signification : sur un plan général d’abord, elle indique que la  culture scientifique n’est pas isolée et qu’elle communique tout naturellement avec les autres domaines de la culture, reconnus comme tels de longue date, les beaux-arts, la littérature, la musique ; en second lieu, on espère que l’occasion offerte aux visiteurs de rencontrer des œuvres dans ce contexte particulier les mettra peut-être en état de se poser d’autres questions sur la nature de la science. Car les artistes d’aujourd’hui portent sur le monde un regard oblique, rapprochent hardiment des choses communément séparées, provoquent des décalages, des ruptures, des surprises »

Nul doute que cette approche transdisciplinaire et « oblique » n’était pas une nouveauté, mais témoignait plutôt d’une lutte pour subvertir l’esprit de spécialisation extrême que connaît, sauf exception, le champ de la recherche. Un retour aux philosophes de l’Antique ou à la Renaissance, un coup de chapeau à Leonardo et aux cabinets de curiosités, en quelque sorte

Deux expositions en cours dans les capitales européennes semblent indiquer que cet esprit n’est pas tout à fait perdu et pourrait même reprendre pied. L’exposition du Musée d’Art Moderne de Strasbourg « L’Europe des esprits ou la fascination de l’occulte, 1750-1950 » a su faire coopérer un musée d’art, une bibliothèque universitaire, le musée de Sciences naturelles et le Jardin des Sciences, mais aussi l’Aubette (seulement jusqu’au 21 janvier) tandis que le Botanique à Bruxelles nous offre un « Cabinet de curiosités contemporain » dans un lieu de la capitale belge qui constitue lui même une curiosité, par l’incongruité de la subsistance d’un îlot de nostalgie dix-neuvième siècle menacé de toutes part par les immeubles des grandes banques et qui a perdu de ce fait le rôle de Belvédère pour lequel il avait été en partie conçu.

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Si les artistes présentés à Strasbourg où les musées n’ont pas lésiné sur les moyens (500 œuvres, 150 objets scientifiques, des centaines de livres et de documents venus de toute l’Europe) font sortir les âmes perdues de grands flux picturaux ou de l’accumulation des sorcières, on apprend surtout à revoir comment les scientifiques qui ont découvert les phénomènes ondulatoires, l’électricité ou la radioactivité ont cherché à apprivoiser les "médiums" de salon afin de savoir si le paranormal pouvait trouver des bases rationnelles. Tout un programme d’animation se poursuit jusqu’au Carnaval (Le 8 février aura lieu une « Petite danse macabre entre amis »). L’exposition se termine le 12 février.

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En complément il faut certainement visiter l’exposition plus ethnologique consacrée par le Musée de la Poste de Paris aux « Sorcières, mythes et réalités ». Là encore l’iconographie picturale n’épargne aucun détail sur le caractère diabolique des sabbats, sur les sacrifices d’enfants et sur les greffes monstrueuses, tandis que les références cinématographiques vont de l’inévitable pacte de Faust à l’ambiance plus sucrée d’Hollywood puisque, on le sait « Ma femme est une sorcière ». Tous les objets liés aux pratiques magiques, comme ceux de Madame P., cette femme qui vivait dans un petit hameau de la Creuse au début du XXe siècle en pratiquant l’envoûtement et le désenvoûtement, méritent à eux seuls le déplacement en raison de leur résonance avec les sculptures – collages des débuts de l’art moderne. Elle faisait en effet fabriquer des terres cuites à l’effigie du diable qui sont rassemblées ici par le choix scénographique dans un véritable cabinet de curiosités. Une merveille ! Jusqu’au 31 mars.

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Jan Fabre

D’une exposition l’autre, celle de Bruxelles a pris pour titre principal « Wunderkammer », ces cabinets qui constituent pour la création des futurs musées de Sciences naturelles, ce que les collections d’Antiquaires ont représenté dans l’origine des collections patrimoniales, des lapidaires et des musées d’archéologie. C’est en effet dans les deux cas les rapprochements inattendus dus à l’esprit de recherche des collectionneurs qui créent la sensation d’étrangeté, de malaise et d’incongruité. Les squelettes y jouxtaient les monstres et les fœtus baignant dans le formol voisinaient avec des chimères fabriquées de toutes pièces.

Il est certain que les collages sophistiqués et contre nature de Jan Fabre, intégrés au milieu des squelettes incertains de Jean-Luc Moerman, des vitraux gentiment sacrilèges de Wim Delvoye, des « Papillons de guerre » de Pascal Bernier, des bijoux mortuaires de Laurence Dervaux et autres squelettes de yetis « inventés » par Alexandra Leyre Mein ne seraient rien de plus qu’un rassemblement, si les textes de Thierry Fiorilli ne créaient, par l’apposition de cartels biaisés et romancés, un sentiment de trouble qui confine à l’absurde et crée une vision surréaliste bien dans l’esprit belge. Jusqu’au 29 janvier. La bande son, ou plutôt la playlist qui baigne l'exposition a été conçue avec finesse, faisant collage là aussi entre le Benjamin Britten des « Illuminations » et le « Nothing » de Depeche Mode.

 

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Botanique, Bruxelles

A noter enfin une autre vision de l’Europe par la mode de la fin des années 70 : l’exposition « Europunk, la culture visuelle punk en Europe 1976-1980  jusqu’au 22 janvier à l’espace de création contemporaine de la Province du Hainaut à Charleroi, en Belgique.


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