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Du domaine des murmures de Carole Martinez

Par Ngiroux

Du domaine des murmures de Carole MartinezSur les ruines de ce château du XII° siècle, entouré d’un large domaine, un conte médiéval est né. « Le château des Murmures n’est pas seulement de pierres blanches entassées sagement les unes sur les autres. Non, ce lieu est tissé de murmures, de filets de voix entrelacées et si vieilles qu’il faut tendre l’oreille pour les percevoir. »

Ces murmures nous racontent une jeune fille unique d’à peine quinze ans, promise à Lothaire de Montfaucon : je n’ai pas dit « oui ». Jamais fille d’ici n’avait osé pareil affront. Je disais non pour la première fois. J’ai ajouté que Christ voulait que ma dot servît à lever une chapelle en pierre aux Murmures et qu’on aménageât, contre ses murs, un réduit où l’on m’enfermerait à jamais. Dieu avait d’autres projets pour moi. Je ne doutais pas, je n’éprouvais aucune peur, juste une pointe de nostalgie, un pincement sous les côtes.  Dieu serait avec moi pour repousser les murs de ma cellule.  Dieu m’offrirait des visions plus amples encore.  Je contemplerais son univers, je voyagerais dans un réduit de pierre. Je suis Esclamonde, la sacrifiée, la colombe, la chair offerte à Dieu, sa part. J’avais choisi.

« À toi qui écoutes, je veux raconter les événements comme je les ai vécus, sans juger la jeune fille que j’ai été. Entre dans l’eau sombre, coule-toi dans mes contes, laisse mon verbe t’entraîner par des sentes et des goulets qu’aucun vivant n’a encore empruntés. »

Écoute !

De son tombeau de pierre, la recluse nous chuchote alors ses histoires de Christ, de Dieu, de diable, de viol, d’enfant illégitime, de magie, de croisades, de douleurs, de solitude, de prières, d’amour, de perte.

Lauréate du Goncourt des lycéens 2011, l’écriture est le maître d’œuvre de cet envoutant roman, une écriture inspirée, puissante, poétique. Un ravissement. Un premier roman Le cœur cousu, publié en 2007, acclamé également par la critique. Et l’auteure de suggérerDu domaine des murmures est la première pierre d’un édifice qui devrait compter sept livres, dépeignant, chacune dans un siècle différent, sept figures de femmes rebelles à l’ordre masculin, jusqu’à aujourd’hui. 



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