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"Les CDs c'est de la merde"

Publié le 17 janvier 2012 par Teazine
Julien Fernandez est batteur dans les groupes Chevreuil et Passe Montagne. Accessoirement, il gère aussi son propre label: Africantape. Ses multiples activités l'ont amené en Suisse en novembre dernier alors on en a profité pour le rencontrer. D'abord autour d'une dîner où le type jonglait avec les 3 langues des convives sans même avoir l'air de s'en rendre compte. Puis dans le seul coin à peu près tranquille des coulisses du Romandie, pour un entretien d'une heure à propos de tous les trucs trop cools qu'il fait. En résulte une interview fleuve qu’on a divisé en deux rivières de taille moyenne. D'un côté, le bras "Julien F., Producteur", charriant des groupes trop cools qui plairont à tout ceux qui affectionnent "des trucs extrêmes, très viscéraux". De l'autre, "Julien F., Musicien", lequel fait pression sur les tympans jusqu'à l'extrême à coups de baguettes (mais ça pourrait tout aussi bien être des battes). En résumé, Julien Fernandez est un type hyperactif mais aussi hyper intéressant. Voyez par vous-même.

INTERVIEW JULIEN FERNANDEZ
PARTIE 1: AFRICANTAPE
Comment est-ce que tout à commencé ? En fait, je n’ai jamais eu l’ambition d’avoir un label. C’est arrivé un peu par hasard. Un jour, j’ai reçu un enregistrement qui m’a plu et j’ai décidé de le sortir avec mon propre label. Ca n’a pas été trop dur ? J’avais déjà travaillé pour des labels auparavant donc je connaissais déjà un peu le fonctionnement. J’avais aussi rencontré beaucoup de gens en tournant avec Chevreuil donc je pouvais m’appuyer sur une base très solide pour commencer le projet. J’ai fait un premier disque début 2008. Puis un deuxième, la même année. En 2009 je crois que j’en ai fait 4 et puis en 2010, j’en ai fait 10. Comment es-tu passé de 4 à 10 ? J’ai reçu plein de trucs super et j’ai eu envie de tout faire ! Mais ouais, 10 par an ça représente rythme extrêmement soutenu. En 2011 j’en ai fait presque 10 aussi. Mais je vais me calmer un peu je crois. Je n’ai pas envie que ce soit tout le temps aussi intense.
Y a-t-il des labels qui t’ont inspiré dans ta démarche ? Aujourd’hui ? Non. Mais quand j’étais plus jeune, y a plein de labels qui m’ont inspiré. Touch and Go en particuler. Sinon, j’ai commencé par travailler dans l’édition de livres. Dans ce milieu là, il y a les éditions Allia et Christian Bourgois qui m’ont aussi beacoup inspiré. Ce sont eux qui t’ont donné envie de te lancer ? Non, mais je me rappelle que quand je regardais ce qu’ils faisaient je me disais : "Putain, comment ils font ? Ca doit être génial !" Et puis ça a été mon tour. Mais mon label a une image complètement différente. Peut-être qu’en le développant, j’avais ces modèles là un peu inconsciemment dans ma tête.
Tu habites à Pescara, en Italie. Comment gères-tu ton label alors que tu es géographiquement plutôt isolé ? Pescara c'est la zone. C'est une plutôt grande ville mais au fond, c'est un trou paumé. J’aime bien être un peu coupé des trucs, près de la mer, dans un lieu de vacances. J'y habitais déjà avant de faire le label. C'est peut-être justement parce que j'étais isolé que j'ai décidé de faire Africantape. Ou alors c'est parce que je m'emmerdais trop. Il y a parfois des concerts à Pescara ? Non, je sors très peu. Il n'y a pas de salle de concert. Il y a bien quelques bars mais ils sont tous en train de fermer. Et puis les clubs passent tous de la merde. Il n'y a même pas de disquaire. Ca n'existe pas là-bas. Mais... il n'y pas de jeunes ? Si si. Et ils vont aux quelques concerts dans les bars parce qu'ils sortent. Mais ils ne connaissent pas les groupes qui passent parce que ça ne les intéresse pas. Il y a trop peu de musiciens aussi. Ou alors ils font des trucs super classiques et pas forcément intéressant. Comment trouves-tu tes groupes si tu ne sors que rarement ? En général, ce sont des copains. Je fonctionne pas mal par le bouche à oreilles. Mais parfois, j'ai envie de travailler avec quelqu’un alors je me dis "Comment je vais contacter ce gars ?". En septembre dernier, par exemple, je suis parti aux Etats-Unis. J'y ai rencontré des musiciens et tout ça ça va donner naissance à de nouveaux projets. Il y a des groupes que tu rêves de signer ? Non. Il y a des milliers de groupes que je ne connais pas et qui font sûrement des trucs que j’adorerais mais… la plupart des trucs que je rêverais de faire n'existent déjà plus.
Par exemple ?
Il y a ce vieux groupe des années 80-90: Shorty. Ils sont de Chicago. C'est l'un des tout premiers groupes noise. Et s’ils se re-forment tu leur ferais proposition ? On est en train d’y travailler. Je suis en train de les faire se reformer en ce moment (!!!) Vraiment ?! En fait Africantape c’est une machine à rêves. Il y a un peu de ça, oui. Mais ce ne sont pas forcément des "rêves" à proprement parler. Je vois ça plutôt comme un besoin. J'aime les projets aboutis. L'année dernière, j'ai fait la même chose pour Big’N qui ont joué au festival Africantape. Je les vois comme un groupe mythique et je ne suis sûrement pas le seul. Comme ils n'étaient encore jamais venus en Europe, j'ai tout monté pour eux; J’ai réédité d'anciens morceaux et ils en ont enregistré de nouveaux... après 15 ans ! Et puis ils sont venus faire 3 concerts incroyables. Tout le monde s’en rapellera toute sa vie. Maintenant ils ont envie de continuer ? Non non, c’était juste comme ça. Ils ont fait 3 dates et basta. Mais ces 3 dates étaient mémorables.

Cette année, le premier Africantape Festival s'est déroulé à Lyon. C'était bien ? C'était super ! Les gens sont venus des 4 coins du monde. J'étais très étonné. C'était une magnifique surprise. C'était un peu risqué quand même. Carrément. Je n'ai demandé aucune subvention. Le festival était financé par les entrées donc on a eu de la chance car il y a eu énormément de pré-ventes. C'est vrai que la prochaine édition aura lieu en Suisse ? Normalement, oui. Ca n'est pas encore officiel mais ça serait bien. J'en ai parlé avec un ami qui travaille à l'Usine à Genève et il est chaud. D'ailleurs, tu as signé pas mal de groupes helvétiques. Tu as une passion particulière pour ce pays ? On peut dire ça. Mais en fait je n'ai que 3 groupes suisses (Peter Kernel, Honey For Petzi et Ventura, ndlr). Pourtant, en général, les gens ne parlent pas trop de musique suisse... C'est vrai. Mais pour moi, les 3 groupes qui sont sur Africantape font partie des meilleurs du label ! Tu as fais exprès d'ignorer les suisse-allemands ? Oui. Non. En vrai, j'ai juste reçu un truc de la région qui m'a fait hésiter. Finalement je ne l'ai pas fait car ça ressemblait un peu trop à Honey for Petzi. Depuis, plus rien.
Tu as reformé d'anciens groupes, tu viens également de signer tes poteaux nantais Papier Tigre... la musique d'aujourd'hui, pour toi, c'est quoi ? Je n'ai pas envie de casser du sucre sur les groupes mais il est évident que les bons musiciens sont extrêmement rares. Il y a plein de trucs que je trouve sans âme et j'ai un peu l'impression qu'ils se copient tous. Mais heureusement, il y a aussi des artistes super! Là par exemple, je vais sortir le disque d’une nana qui sonne très années 60. C’est complétement hors du temps et je trouve ça assez génial. Mais est-ce qu'elle n'est pas justement en train de copier un truc qui a déjà été fait ? Quel intérêt ? Cela sonne comme dans les années 60. Ca n'est pas exactement pareil. C'est assez bizarre comme compo de nos jours donc ça m’intéresse vachement. Après, ce sont mes goûts personnels et ça ne veut pas forcément dire que j'ai de bons goûts !
A propos de goût : aimes-tu le thé ? Oui, vachement ! Quand j'habitais à Londres, j'avais un pote passionné qui m'a initié. J'ai un peu continué après, mais j'ai fini par abandonner. Même pas en sachets ? Si, de temps en temps, mais je n'ai pas vraiment le temps pour cela. Tu ne prends donc jamais de vacances ? C'est très rare. Ca ne te manque pas ? Si. J'aimerais bien prendre de vraies vacances. Là, même quand je pars genre Etats-Unis, je finis par travailler. Et la tournée, c'est crevant. Je n'ai plus l'habitude. J'aime tout ce que je fais, je suis stimulé en permanence, mais parfois j'en ai marre. Je suis dans une vraie dynamique. Je suis constamment en train de bosser. Je me lève et voilà. Mais cela n'a rien d'exceptionnel non plus. Tout le monde peut le faire. C'est avant tout une question d'organisation.
Et les finances, ça va ?
C'est extrêmement difficile mais ça tient la route parce que je fais de la promo pour d'autres labels à côté. Et sinon les ventes génèrent des bénéfices qui me permettent de continuer. L'idéal pour moi ce serait de lâcher mes mandats pour pouvoir me consacrer uniquement au label.
Tu vends beaucoup de CDs ?
Ca dépend. Les temps d'écoulement varient mais tout finit par partir. Mais bon, de toute façon, je vais faire de moins en moins de CDs. Parce que les CDs, c'est de la merde. Je préfère ne faire que des vinyles. Au moins c'est un peu classe et si tu en prends soin, ça se garde longtemps.
Et les cassettes ? Ton label s'appelle quand même Africantape.
Les cassettes c'était bien quand j'étais petit et qu'il n'y avait que ça pour copier et enregistrer des musiques. Ca avait un vrai sens. Mais si un groupe à vraiment envie de faire une cassette alors on en fera une.
C'est le trio Peter Kernel qui avait "vraiment envie" de mettre une meuf à moitié à poil dans son clip ou c'est juste pour le buzz ?
Cette fille est une amie du groupe qui paraît aussi dans d'autres vidéos. A mon avis, l'idée colle parfaitement à la musique et la vidéo est mortelle. Après, je ne pense pas que c'est parce que la fille se déshabille que la vidéo a atteint un nombre incroyable de visites en si peu de temps. A mon avis ça tient plus aux personnes qui l'ont réalisée et à celles qui l'ont fait tourner par la suite.

A propos fringues : tu portes cette même veste bleue sur d'autres photos de promo. Même Alexis Giddeon et Tony, de Chevreuil, en ont une. C'est une marque de fabrique ?
C'est juste ma veste d'hiver. Elle pourrait tout aussi bien être marron. On a tous la même parce qu'on les a trouvées ensemble à Decathlon l'année dernière.
Et finalement, "Africantape", ça vient d'où ? Tu n'as pas encore signé de groupe africain que je sache.
Non, en effet. Mais j'aime bien l'idée d'une imagerie décalée. Il y a un contraste entre l'esthétique d'un disque, le label et le nom. En plus, l'Afrique ça m'évoque quelque chose d'un peu de primaire et de sauvage. On peut dire que les groupes que je sors ont un peu de ça. Ce sont pour la plupart des trucs extrêmes, très viscéraux.
Comment as-tu eu l'idée de ce nom ?
C'était venu alors que je mangeais avec un ami dans un restaurant. Il y avait une expo avec des enfants du Mali je crois. Et tout à coup pendant le repas...paf!

La seconde partie de l'entretien avec Julien Fernandez sera consacrée à ses groupes:
Chevreuil et Passe Montagne.

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