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Le nouveau visage de la coop

Publié le 27 janvier 2012 par Shadlaw @rachadlaw
Pierre Théroux. Les Affaires . 28-01-2012
Aujourd'hui, une nouvelle génération d'entrepreneurs donne un second souffle au mouvement coopératif. Le modèle séduit les jeunes, perce dans de nouveaux secteurs et constitue une solution aux problèmes de la relève et à la survie des régions.Il y a quatre ans, quand Mathieu Riendeau et ses associés ont décidé de lancer leur entreprise, ils ont rapidement opté pour la formule coopérative. «On était animé par des valeurs de démocratie, où l'humain prime le capital. Nous voulions aussi que tout le monde participe au développement de l'entreprise», dit le coordonnateur au développement et au financement de la Coop les ViVaces, qui regroupe une quinzaine de créateurs du milieu des arts et de l'enseignement.Pour Mathieu Riendeau, 34 ans, la formule coopérative amène un plus grand sentiment d'appartenance. «L'engagement est plus fort. Si on connaît une mauvaise période, tout le monde va se relever les manches et redoubler d'ardeur pour passer au travers.»Son succès repose aussi sur une gestion participative qui va bien au-delà du principe «un membre, un vote», qui s'exerce seulement lors de l'assemblée générale annuelle. Par exemple, les membres la Coop les ViVaces se rencontrent une fois par mois dans le cadre d'un 5 à 7 où ils échangent entre autres sur les projets de la coopérative.
Plus résistantes aux remousSi les coopératives résistent mieux aux crises économiques, c'est aussi parce qu'elles n'ont pas de compte à rendre à des actionnaires ou des investisseurs qui en veulent toujours plus pour leur argent, croit Mathieu Riendeau. «C'est sûr qu'on a des préoccupations de rentabilité pour pouvoir continuer, mais notre seuil est bien moindre.»Il cite en exemple un contrat obtenu par les ViVaces avec une organisation montréalaise qui, après des discussions sur le projet, a finalement été refilé à une autre entreprise. «On s'est rendu compte que nous n'étions pas les meilleurs pour réaliser le projet. C'est sûr qu'on perdait des milliers de dollars, mais pour nous c'était aussi une question d'éthique», dit Mathieu Riendeau.Les ViVaces est l'une des 1 500 coopératives créées au Québec depuis 10 ans. Le secteur regroupe environ 3 500 entreprises coopératives et mutuelles, dont près de 2 800 non financières, qui emploient plus de 90 000 personnes et comptent 8,8 millions de membres.Leur vigueur est probante. De 1999 à 2009, le nombre d'emplois net dans les coopératives non financières a connu une croissance de 37,3 %, passant de 32 200 à 44 198, par rapport à 15,7 % pour l'économie du Québec. De 2004 à 2008, l'actif a progressé de 30,6 %, à 5,4 milliards de dollars, selon les plus récentes données du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE).
Un modèle méconnuPrésent au Québec depuis plus de 100 ans, le mouvement coopératif est «une force économique et même un modèle d'entreprise encore trop méconnus», affirme Hélène Simard, pdg du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.Bien sûr, il y a les fleurons québécois qui font les manchettes et figurent parmi les coopératives les plus importantes du pays et du monde. Comme le Mouvement Desjardins, créé en 1900, qui est devenu le premier groupe financier coopératif au Canada et le sixième dans le monde.Mais une multitude de petites coopératives essaiment aux quatre coins du territoire pour répondre aux besoins de la population. Longuement associé aux secteurs financier, agricole et forestier, le secteur coopératif explore aujourd'hui de nouvelles avenues. «Il perce dans des champs d'activité, comme la culture, les nouvelles technologies, l'écotourisme et l'environnement», constate Lise Jacob, directrice de la Direction des coopératives au MDEIE.«Le mouvement coopératif est toujours aussi pertinent et a même une plus grande place à occuper dans l'économie», dit Michel Lafleur, directeur de l'Institut de recherche et d'éducation pour les coopératives et les mutuelles de l'Université de Sherbrooke.
Meilleur taux de survieLes soubresauts de l'économie ont démontré la robustesse des coopératives. Elles «ont mieux résisté que l'ensemble des entreprises de type traditionnel lorsque l'économie mondiale a fléchi en 2008 et 2009», note une récente étude de Desjardins.Bien ancrées dans l'économie régionale, les coopératives forestières ont aussi «mieux traversé les différentes crises qu'a connues l'industrie ces dernières années», constate Michel Clément, conseiller à la Direction des coopératives du MDEIE.Cette robustesse se traduit aussi par une plus grande pérennité. Le taux de survie des entreprises coopératives est de 62 % après 5 ans et de 35 % après 10 ans, comparativement à 44,3 % et 19,5 % pour les entreprises québécoises privées, selon une étude publiée en 2008 par le MDEIE.Ces performances résultent de la nature même des coopératives. «Leur succès repose sur le fait qu'elles sont branchées sur les besoins du milieu dont elles sont issues. Elles travaillent en réseau, et la solidarité les oblige à gérer différemment», indique l'étude de Desjardins.
De nouvelles avenuesLes lacunes en santé et le vieillissement de la population ont amené la création de coopératives qui oeuvrent dans les services à domicile, la santé et l'hébergement des personnes âgées. De 1994 à 2008, le nombre de coopératives dans ce secteur est passé de 22 à 108.La plupart fonctionnent sous la forme de coopératives de solidarité, dont le nombre a connu une croissance de 80 % de 2004 à 2008. Ce genre de coopérative permet la cohabitation de trois types de membres, soit l'usager, le travailleur et tout autre personne ou organisme intéressés à soutenir son développement.L'engouement pour les coopératives de solidarité est aussi tributaire de la fermeture de l'épicerie, du dépanneur, de la quincaillerie ou de la seule station service dans plusieurs villages du Québec. «Ce sont des initiatives de citoyens qui décident de créer une coopérative pour assurer le maintien des services de proximité», dit Francine Ferland, présidente de la Fédération des coopératives de développement régional du Québec.La formule coopérative représenterait aussi une solution au problème de relève des entreprises. «Les dirigeants qui ont de la difficulté à trouver des acheteurs pourraient se tourner vers leurs employés et les coopératives de travailleurs», souligne Claude Jourdain, directeur du Réseau de la coopération du travail du Québec.Preuve que la formule coopérative s'apprête à toutes les sauces : une coopérative de travailleurs possède et exploite depuis près de 20 ans un restaurant St-Hubert, à Laval

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