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L'Iran : entre embargo pétrolier et fermeture du détroit d'Ormuz

Publié le 30 janvier 2012 par Vindex @BloggActualite

Les sanctions décidées par l’administration Obama fin décembre, puis celles de l’Union Européenne début janvier sur le pétrole et les avoirs des banques de l’Iran font monter la tension dans cette région du nord du Golfe persique. Il a même été question à un moment que Téhéran ferme le Détroit d’Ormuz, zone hautement stratégique pour les échanges pétroliers du monde. Qu’est-ce qui a amené à cette situation de forte tension entre la République islamique d’Iran et l’Occident ? Quelles pourraient être les conséquences et les réactions d’une fermeture du Détroit d’Ormuz ?

Tout d’abord, faisons un bref retour en arrière pour comprendre ce qui se passe dans cette région hautement stratégique.

En 1968, l’Iran alors dirigé par le Shah Mohammad Reza Pahlavi signa le traité de non- prolifération nucléaire. Le régime apparaissait suffisamment stable et amical envers l'occident pour que la prolifération nucléaire ne devienne une menace. Le traité engage le pays à ne pas fabriquer d'armes nucléaires et à ne pas essayer de s'en procurer. Mais tout change en 1979. En effet, l'Ayatollah Khomeini porté au pouvoir par la Révolution islamique de janvier-février 1979. Ce dernier décide de reprendre le programme nucléaire à des buts civils (produire de l’électricité) ce qui est accepté par la communauté internationale puisque le traité ne l’interdit pas. L’Iran va alors construire des réacteurs nucléaires comme celui de Bushehr qui fut d’ailleurs bombardé dans les années 80 par l’aviation israélienne qui refuse que l’Iran développe un programme nucléaire même civile. En effet, l’Etat juif craint le développement en secret d’un programme militaire. Ces craintes sont fondées car en 1996, la Chine vend à l’Iran une usine d’enrichissement d’uranium ce qui peut permettre à Téhéran d’enrichir de la matière fissible et ainsi de développer une bombe nucléaire. Le 14 août 2002, Alireza Jafarzadeh, un dissident iranien, révèle l'existence de deux sites nucléaires inconnus, une installation d'enrichissement de l'uranium à Natanz (dont une partie est souterraine) et une installation à l'eau lourde à Arak. Le monde découvre le projet atomique de l’Iran.

Aujourd’hui, l’ambition de la République islamique de développer la bombe nucléaire est connue. Son intention est de se protéger contre 1 agression extérieure (des Etats-Unis ou de Israël) et surtout faire du pays une grande puissance. Téhéran se sert de ce programme pour faire du chantage envers l’Occident. Les menaces nombreuses et les sanctions n’y changent rien. Elles nuisent à la population civile qui crie aujourd’hui son exaspération envers le pouvoir du président actuel M. Ahmadinedjad notamment par la contestation des élections présidentielles en 2009.

Le moment où l’Iran pourra disposer de la bombe n’est plus très loin et c’est pour éviter cela que des sanctions très fortes ont été prises par les Américains et les Européens portant sur l’embargo du pétrole et les avoirs des banques de la République islamique. Ces mesures ont fait encore monter la tension d’un cran au Moyen-Orient, puisque l’Iran menace de fermer le Détroit d’Ormuz. Comme le montre la carte ci-dessous, le détroit n’est pas large et donc facilement blocable avec une marine et des moyens aériens. Mais ce dernier voit transiter 40% du trafic mondial de pétrole et 70% de celui de l’Union Européenne et des Etats-Unis. Sa fermeture entraînerait de sérieux problèmes d’approvisionnement et ferait grimper le prix du baril entraînant de graves conséquences sur l’économie mondiale surtout dans un Occident touché par la crise. L'Iran est le deuxième producteur de brut de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) derrière l'Arabie saoudite et produit environ 3,5 millions de barils par jour, selon les estimations de l'Agence internationale de l'énergie. Les pays européens importent environ 600.000 barils sur les 2,6 millions qui sont exportés chaque jour. L'un des pays de l'UE les plus exposés est la Grèce, qui importe d'Iran près du quart de son pétrole, grâce à des conditions financières favorables avec Téhéran.

L'Iran : entre embargo pétrolier et fermeture du détroit d'Ormuz

Il est toutefois peu probable que l’Iran ferme le détroit. En effet, les Américains envisageraient de riposter militairement à un verrouillage du détroit pouvant plonger la région dans la guerre. Les spécialistes considèrent que les menaces iraniennes sont avant tout destinées à montrer que le pays possède une capacité de dissuasion et à décourager ceux qui réclament de nouvelles sanctions. De plus, Téhéran risquerait de perdre le soutien d’un de ses derniers alliés et pas des moindres : la Chine, le pétrole iranien représente 10% de son approvisionnement. Pékin met son veto à toute sanction du Conseil de Sécurité de l’ONU appliquant son principe de non-ingérence mais elle ne soutiendra plus le pays si ce dernier venait à mettre ses menaces à exécution. Cette réaction viendrait à condamner l’Iran qui n’aurait plus de débouchés et sombrerait dans la crise car les hydrocarbures sont la principale richesse à l’export du pays et de rentrée de devises.

Une fermeture du Détroit d’Ormuz est donc peu probable mais une montée des tensions militaires dans la région n’est pas inenvisageable du fait de la tension internationale.

Sources :

-http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120123.REU7807/l-ue-sanctionne-le-petrole-iranien-teheran-menace.html

-Wikipédia

-P. BOULANGER, (2011)-Géostratégie de la conflictualité dans le Golfe arabo-persique, in Géographie des conflits, F. TETARD (dir.),p. 273-295.

-http://www.lefigaro.fr/international/2012/01/12/01003-20120112ARTFIG00628-iran-etats-unis-le-detroit-d-ormuz-sous-haute-tension.php



Florian THOMAS



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