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Dessins aux enchères

Par Blogegide

Mercredi 14 février à l'Hôtel Marcel Dassault sera dispersée la collection de dessins d'écrivains de Pierre et Franca Belfond. Une collection commencée par des dessins de Proust, achetés à Drouot en 1971, et qui s'est depuis considérablement enrichie : Apollinaire, Baudelaire, Burroughs, Cocteau, Eluard, Hugo, Mérimée, Rimbaud, Sand, Valéry, Verlaine... Deux dessins et une lettre qui sert de support nous intéressent plus particulièrement ici :
Dessins aux enchères
Lot 65
[André GIDE] KEYSERLING, Hermann

« André Gide dans sa jeunesse 1903 »
Dessin original, avec légende autographe signée en bas  « André Gide dans sa jeunesse 1903. Herm Keyserling ». Encre de Chine et plume, 13 x 21 cm, encadrement sous verre.
« La belle apparence d'un Mandchou » (Hermann Keyserling).
C'est lors de son séjour à Paris, entre 1903 et 1907, que le philosophe allemand Hermann Keyserling fréquenta André Gide. Il évoque ces moments dans ses mémoires, Reise durch die Zeit (1948-1963), plaçant la valeur de Gide dans sa sincérité et dans la beauté de son style, mais lui déniant une profondeur intellectuelle. Il raconte comment, par curiosité, il accompagnait Gide dans les milieux homosexuels et du spectacle, et trace de lui un portrait physique correspondant exactement au présent dessin :
« Er sah damals viel bedeutender aus als später, da Haar- und Bartlosigkeit seinem Antlitz die Tiefe genommen haben [...]. Damals, wo Gide die schwarzen Hinterkopfhaare tief in den Nacken hingen, wirkte sein kahler Schädel mächtig, und der ebenfalls lang herabhängende schwarze Schnurrbart vollendete sein Gesicht zu schöner Mandschu-Ähnlichkeit. »
[Traduction : « Il avait à l'époque un air plus important qu'il n'eut plus tard, sa calvitie et sa glabreté ayant ôté toute profondeur à sa face [...]. À l'époque où Gide faisait pendre ses noirs cheveux de derrière sur sa nuque, son crâne chauve faisait un effet puissant, et sa moustache noire, également longue et pendante, achevait de donner à son visage la belle apparence d'un Mandchou. » (vol. I, chapitre IV).]
Dessin contresigné par Georges Simenon :
« Georges Simenon, ami des deux »
Gide et Keyserling furent tous deux des admirateurs du talent prolifique de Simenon. Gide fut parmi les premiers à lui apporter la reconnaissance du milieu littéraire. Dans son Journal, il indique en 1944 qu'il vient de « dévorer d'affilée huit livres de Simenon », et consigne encore le 8 janvier 1948 une « nouvelle plongée dans Simenon ». Le 13 janvier 1948, il analyse ainsi son attirance :
« Les sujets de Simenon sont souvent d'un intérêt psychologique et éthique profond ; mais insuffisamment indiqués, [...] comme s'il s'attendait à être compris à demi-mot. C'est par là qu'il m'attire et me retient. [...] Il fait réfléchir ; et pour bien peu ce serait le comble de l'art ».
Le comte Keyserling, dans le 25e cahier (1936) de sa chronique annuelle Der Weg zur Vollendung, fit également l'éloge de Simenon, qu'il classe aux côtés de Balzac pour l'inventivité et le talent.
« Jedes "plot" ist neu und originell. Und die Darstellungskraft ist so groß, daß wenige kurze Striche allemal eine Landschaft, eine Situation, eine Seelenstimmung nicht nur anschaulich bestimmen, sondern zwingend in der Seele des Lesers neu entstehen lassen. Handele es sich um französische Provinz, Paris, Holland, das tropische Afrika, Seemanns- oder Verbrechermilieus, innere oder äußere Konflikte : in jedem mir bekannten Fall sieht man ein wahrhaft riesenhaftes Talent am Werk. »
 [Traduction : « Chaque intrigue est nouvelle et originale. La force d'évocation est si grande que quelques traits brefs non seulement définissent à coup sûr, mais, par force, font à nouveau naître dans l'âme du lecteur un paysage, une situation, une atmosphère. Qu'il s'agisse de la province française, de Paris, de la Hollande, de l'Afrique tropicale, du milieu maritime ou criminel, de conflits intérieurs ou ouverts, dans chacun des cas que je connais on voit à l'œuvre un talent vraiment gigantesque ».
Dans ses mémoires, Keyserling revint sur le cas Simenon, lui ajoutant une comparaison avec Dostoïevski, et racontant comment il avait été frappé d'apprendre, lors d'une rencontre avec l'écrivain, que celui-ci prenait tous ses sujets dans la réalité.
Exposition :
L'ÉCRIT, LE SIGNE. Paris, Centre Georges Pompidou, BPI, 23 octobre 1991-20 janvier 1992. Reproduction p. 62 du catalogue.
Estimation 1.500 – 2.000 €
Dessins aux enchères

Lot 74
MARTIN DU GARD, Roger
Autoportrait
Dessin original, avec légende d'une autre main : « Roger Martin du Gard vu par lui-même à La Coquille, Nice, le 21 mai 49 ». Mine de plomb, 13, 7 x 12, 8 cm, sur un coin de nappe en papier, encadrement sous verre.
L'auteur des Thibault, qui séjournait régulièrement à Nice depuis 1934, poursuivait alors la rédaction de son roman Le Lieutenant-colonel de Maumort (inachevé à sa mort). Il publia en cette année 1949 sa traduction française d'Olivia, livre de la grande amie de Gide Dorothy Strachey, et, après avoir perdu sa femme en octobre, cesserait dès lors de tenir son journal.
Bibliographie :
DESSINS D'ECRIVAINS. Paris, Éditions du Chêne, 2003. Reproduction p. 61.
Estimation 1 000 - 1 500 €
 
Dessins aux enchères
Lot 121
SARTRE, Jean-Paul

Croquis et notes
Dessins originaux, avec notes autographes, sur une p. de 20, 5 x 13 cm, encadrement sous verre.
Sartre a dessiné un plan, deux bâtisses, une tente, un véhicule, et inscrit : « Julliard. 14 h. - vendredi », « statue du Christ », « chaire ». D'après Jean Cau, qui fut le secrétaire de Sartre de 1946 à 1957, les présents dessins se rapporteraient au séjour que l'écrivain aurait effectué en Italie en 1951, alors qu'il souhaitait écrire le récit de ses voyages dans ce pays (La Reine Albemarle ou le Dernier touriste, paru en 1991).
Les dessins de Jean-Paul Sartre sont très rares.
Sartre a ici utilisé le verso d'une lettre autographe signée de Gide à lui adressée, s.l., 21 novembre 1950 :
« Cher Sartre, bien décevant ce livre de Briand, que vous avez la gentillesse de me communiquer. Et le livre des Tharaud sur Barrès, que j'avais relu avant de vous le faire parvenir, m'avait également paru mériter mal ce que j'avais pu vous en dire. Espérons du moins que le Journal du Berger sera plus récompensant. Je voudrais vous le remettre de main à main, car je souhaite vivement vous revoir ; mais, depuis quelque temps, me sens si fatigué, que forcé de vous prier de différer un peu cette visite que vous me proposez si aimablement. À bientôt tout de même et bien attentivement votre
André Gide »
L'amitié entre Sartre et Gide : Sartre avait rencontré l'écrivain pour la première fois en 1939, et, quand il fonda en 1941 un groupe de résistance, retourna le voir à Grasse pour établir des contacts avec les intellectuels de la zone libre. Après la guerre, il se revirent à trois ou quatre reprises avec plaisir, dont une durant l'été 1950 - à cette occasion Marc Allégret tourna une séquence (non retenue ensuite) de son film Avec André Gide montrant les deux écrivains en conversation dans le jardin. En mars 1951, Sartre publia dans Les Temps modernes un bel hommage à Gide décédé le mois précédent.
Provenance :
Collection Jean Cau
Estimation 1 500 - 2 000 €
Vente Artcurial n°2129
Commissaire-priseur : Hervé Poulain
Exposition du 11 au 13 février, de 11h à 19h
Vente le 14 février à 14h30.
Hôtel Marcel Dassault
7 rond-point des Champs-Élysées
75008 Paris
Catalogue en ligne et à télécharger sur le site Artcurial.

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