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(Auto)Portrait d’un grand malade (roue libre joyeuse)

Par Borokoff

A propos de Go Go Tales d’Abel Ferrara 3.5 out of 5 stars

Willem Dafoe - Go Go Tales d'Abel Ferrara - Borokoff / blog de critique cinéma

Willem Dafoe

A New-York, dans le Sud de Manhattan, Ray Ruby dirige Le Paradise, une boite de  striptease / cabaret au bord de la faillite. Il a 48 heures de retard sur la paye de ses gogo danseuses qui menacent de faire grève, doit affronter la vieille propriétaire acariâtre qui a débarqué et menace de fermer la boutique si Ray ne règle pas les quatre mois de retard de loyer, et cerise sur le gâteau, ou plutôt clou du spectacle, apprend que son  frère et associé Johny veut vendre ses parts. Acculé, Ray n’a plus qu’une solution, retrouver le ticket gagnant de loterie qu’il a égaré…

Écrit et réalisé par Abel Ferrara, Go Go Tales a mis du temps à voir le jour. Le film avait été présenté au Festival de Cannes 2007, mais pour des imbroglios juridiques, n’est parvenu à sortir en salles que cinq ans plus tard.

Une naissance ou une renaissance donc pour ce film inspiré des propres souvenirs du réalisateur de Bad Lieutenant (1992) qui fréquenta plus jeune un Club new-yorkais où il croisa le jeune Di Caprio ou encore Matt Dillon.

Go Go Tales réunit un condensé des acteurs fétiches du réalisateur d’origine italienne dont Matthew Modine, alias Johny, qui après avoir joué dans The Blackout (1997) et Mary (2005) avait totalement disparu des grands écrans.

Willem Dafoe (Ray Ruby) et Asia Argento (la stripteaseuse Monroe) apparaissent quant à eux pour la deuxième fois dans un film d’Abel Ferrara après New Rose Hotel (1998).

Go Go Tales d'Abel Ferrara - Borokoff / blog de critique cinéma

On pourrait concevoir le bordel joyeux de Go Go Tales comme l’antithèse de L’apollonide de Bonello tant la chair parait vivante chez Ferrara, tant le réalisateur d’origine italienne parvient à magnifier leur physique. Cela n’enlève rien au tableau émouvant qu’a su rendre Bonello des prostituées d’une maison close à la fin du XIXème siècle à Paris, mais on se souvient que L’apollonide, la chair était souvent triste, le désenchantement jamais loin. La beauté des femmes chez Bonello était davantage spirituelle voire métaphysique. C’était une grandeur d’âme.

Mais peut-on comparer des prostituées à des gogo danseuses ? Une maison close de la fin du XIXème siècle à un Club new-yorkais de la fin du XXème siècle ?

Les deux films partagent pourtant la même construction en huis clos. Mais là où la tristesse et la misère humaine sont occultées ou plutôt absentes chez Ferrara, elles se retrouvent au centre des débats dans L’apollonide.

Même le dégoût d’un jeune étudiant en médecine italien, découvrant que sa femme est en fait une stripteaseuse, est raconté sur un ton humoristique et donne lieu à une des péripéties les plus rocambolesques de Go Go Tales.

Mais revenons sur le film lui-même. Dans Go Go Tales, Ferrara semble avoir retrouvé un plaisir à filmer et une liberté de ton qui lui manquaient depuis quelques années.

Et dans ce genre nouveau auquel il s’est essayé, il est à l’aise comme un poisson dans l’eau. Aidé par les compositions très Rock’n’roll de Francis Kuipers, Ferrara réussit une comédie plutôt enlevée, une fresque délirante peuplée de personnages extravagants et névrosés, tous plus barjots les uns que les autres, évoquant par moments le cinéma de Fellini. Dans Go Go Tales, le chaos n’est jamais loin non plus.

Mention spéciale à Dafoe, tantôt comique tantôt inquiétant en accroc du jeu, flambeur malade et magnifique constamment sur la brèche voire au bord du gouffre mais ne qui lâcherait pour rien au monde le Club dont c’est l’unique passion et la raison de vivre.

Malgré la catastrophe financière qui se rapproche, le cabaret continue de tourner comme un manège, avec ses éclats de rire, ses crises de nerfs, ses personnages excentriques et excessifs. Mais c’est à ses actrices et à leur plastique que Ferrara rend d’abord hommage. Leur beauté constitue la principale source de motivation de Go Go Tales, sa sève ; une inspiration que le réalisateur semblait avoir perdu depuis Nos Funérailles (1996). Et si Ferrara a mis ici ses démons de côté, il n’en signe pas moins là un retour en forme. Un renouveau qui augure, on l’espère, d’une vraie renaissance artistique…

http://www.youtube.com/watch?v=rGz9-4GnhLM

Film américain d’Abel Ferrara avec Willem Dafoe, Bob Hoskins, Matthew Modine, Asia Argento (01 h 45).

Scénario d’Abel Ferrara : 3 out of 5 stars

Mise en scène : 3.5 out of 5 stars

Acteurs : 4 out of 5 stars

Dialogues : 3.5 out of 5 stars

Compositons : 3.5 out of 5 stars


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