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24 heures de la vie d'un cinéphile

Par Tred @limpossibleblog
Vendredi soir, quelques minutes avant 22 heures.Je ne le sais pas encore, mais je m’embarque pour 24 heures intensives de cinéma. Et après une semaine exténuante, c’est au rayon de l’entertainment que je cherche mon programme du vendredi soir. A ce moment-là de la semaine, puiser dans un cinéma plus posé reviendrait à pousser celle qui m’accompagne dans les bras de Morphée comme elle en a trop souvent l’habitude dans les salles obscures. C’est donc vers Sherlock Holmes  et son Jeu d’ombres que nous nous tournons, visant ainsi un divertissement américain aux doux accents british qui soit capable de délivrer du spectacle comme Mission Impossible : Protocole Fantôme l’a si bien fait il y a quelques semaines.
Vendredi, minuit.24 heures de la vie d'un cinéphilePerdu(e). Tandis que le fameux détective de Baker Street et son fidèle Docteur Watson s’échinent depuis 1h30 à concocter un spectacle ébouriffant, ma voisine préférée m’a depuis longtemps abandonné pour un sommeil constant. A l’évidence, l’affrontement entre Holmes et le Professeur Moriarty l’a laissée de marbre, et je ne peux lui en vouloir, tant Guy Ritchie s’égare avec cette suite poussive qui a le défaut de nombreux films d’aventures hollywoodiens de ces dernières années : un scénario mal ficelé tentant de créer l’illusion avec moult action partant dans tous les sens mais n’amenant que la lassitude au spectateur. Je m’imagine déjà deux jours plus tard tentant d’expliquer l’histoire du film à quelqu’un qui ne l’aurait pas vu… pas sûr que j’y parvienne. Ah ça, Guy Ritchie aime bien les ralentis anticipant les séquences d’action, mais si cela faisait le sel d’un film, cela se saurait…
Samedi, 11h10.En me levant ce matin, le but était d’arriver à attraper un film à la séance d’11h en solo, car malgré la maigre offre de films depuis le début de l’année, les derniers jours m’ont fait accumulé un retard certain que mon emploi du temps des jours à venir ne me permettra peut-être pas de combler. Autant donc aller voir un maximum de films au cours de ce samedi à l’emploi du temps vierge. Et convaincu par une bande-annonce de toute beauté et quelques échos faisant état d’un film magnifique visuellement (merci France Inter…), l’objectif fixé s’intitule Félins. Séance affichée aux Halles : 11h15. Départ de chez moi : 11h10. Avec le gros quart d’heure de bandes-annonces et publicité, j’y serai les doigts dans le nez, en ratant les bandes-annonces (je déteste les rater, mais tant pis, on est samedi matin, je m’en remettrai !).
Samedi, 11h25.24 heures de la vie d'un cinéphileLe film est commencé ? Comment ça le film est commencé ? Quand j’entre en salles, je fonce vers la première place qui s’offre à moi (comme il se doit…) au 4ème rang quand je me rends compte que les images passant à l’écran sont celles de lionnes et que si si, Félins est bien commencé alors qu’il n’est, comme me le confirme mon téléphone au moment où je l’éteins dès que je suis assis, que 11h25. Et puisque je n’ai droit à aucun logo Disney ou titre affiché à l’écran, le documentaire animalier doit être commencé depuis deux minutes au moins. Encore une chose dont j’ai horreur, rater le début d’un film. Mais bon, pour un film qui va suivre des guépards et des lionnes pendant 1h30 dans une réserve du Kenya, je suppose que c’est moins gênant que s’il s’agissait d’un film de Bong Joon-Ho. Dans la salle, beaucoup de parents qui ont emmené leurs enfants, et ils ne sont pas tous aussi sages que ceux, exemplaires, qui s’étaient trouvés juste devant moi le mois dernier pour la belle Colline aux Coquelicots de Goro Miyazaki.
Samedi, 14h50.Après une pause okonomiyaki rue Sainte-Anne avec ma chère et tendre pour oublier l’ennui qui m’a gagné devant les félins, l’idée d’aller nous marrer devant JC comme Jésus Christ nous trotte dans la tête. Allez, pourquoi pas, n’écoutons pas les échos négatifs, et fions nous à ces teasers funs que nous avons vus en salles. Dans la queue, nous tombons par hasard sur Michaël, mon fidèle pote de Fun, Culture & Pop qui entame son après-midi ciné comme j’en ai tant partagé avec lui ces dix dernières années. Et si nous n’avons pas toujours partagé les même avis cinéphiles au cours de la dernière décennie, la première réalisation de Jonathan Zaccaï nous met d'accord : la déception prend le pas sur l’amusement de la première demi-heure, à la suite de laquelle il apparaît que JC comme Christ aurait fait un super court-métrage plutôt qu’un bon long, l’idée de base du faux  documentaire sur ce jeune surdoué de la caméra tournant vite dans le vide. Ma voisine préférée a de nouveau manifesté sa déception par le sommeil.
Samedi, 16h50.24 heures de la vie d'un cinéphileMichaël, qui hésitait avec La Taupe et Une bouteille à la mer, continue sa route avec nous pour un second film, El Chino. Après cet enchaînement de films décevants depuis la veille au soir, j’ai envie, j’ai besoin d’être remonté par un film tendre et drôle, et enfin, le film argentin m’offre ce plaisir. Certes le film est plus anecdotique que l’immense succès qu’il a connu sur ses terres le laisse deviner (quoique c'est souvent le trait des plus grands cartons du box-office…), mais son visage léger cache tout de même quelques doux brins de folie qui collent un grand sourire au visage. Ricardo Darin, LA star du cinéma argentin, y campe un quincailler solitaire dont la vie réglée au millimètre est  bouleversée par l’arrivée impromptue d’un chinois ne parlant pas un mot d’espagnol sur son chemin. Le plaisir est simple, mais il est entier (malgré une spectatrice très démonstrative aimant trop commenter le film au grand désarroi de son compagnon essayant de lui faire comprendre qu'elle dérangeait les autres spectateurs...), et alors que le samedi après-midi touche à sa fin en ce week-end jusqu’ici chiche en satisfaction cinéphile, cela suffit à me ravir.
Samedi, 19h30.Après avoir fait un debriefing avec Michaël et quelque magasinage comme disent nos cousins québécois, l’heure est grave. Ma dormeuse préférée (qui n’a cette fois nullement fermé l’œil) et moi-même débattons avec gravité de la suite des opérations du samedi. La soirée est désormais entamée, le froid règne toujours sur la capitale, et il nous reste encore quelques films à voir que les jours qui viennent ne nous laisseront pas forcément loisir de découvrir. La soirée qui s’offre à nous libre de tout engagement est donc l’opportunité d’aller voir un dernier film ce jour, son troisième, mon quatrième. Et que faire ? Prendre des places parmi les 50 restantes pour La Taupe, dont la séance commence dans quinze minutes, au risque d’être mal placé ? Jeter son dévolu sur une des séances de 20h30 en mangeant sur le pouce ? Aller manger et revenir pour la séance de 22h (option vite écartée, il faut profiter de la dynamique du moment, sans quoi la fatigue nous rattrapera pendant le film choisi) ?
Samedi, 20h30.24 heures de la vie d'un cinéphileAprès avoir finalement grignoté un petit en-cas  faisant office d’apéritif avant un repas plus tardif, nous voici pénétrant parmi les premiers dans la salle 3 programmant Detachment de Tony Kaye. Quelques heures plus tôt, Michaël me révélait qu’il s’agissait de son film préféré de 2012 pour le moment derrière The descendants. Et comme ce dernier est également mon favori de ces premières semaines de l’année, cette appréciation ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Et il ne me faut pas plus de quelques minutes pour voir en Detachment un film ambitieux, passionnant, naviguant dans les chemins de traverse plutôt que dans l’attendu. Tant mieux. C’est également, malheureusement, un film versant parfois trop facilement dans la sentimentalité, et offrant trop peu de nuances dans son regard sur le monde de l’enseignement. Pourtant c’est un film fort, traversé de quelques moments de grâce cinématographique, inégal mais fascinant, permettant de nous faire regretter qu’Adrien Brody n’ait pas plus de beaux rôles au cinéma (Woody Allen nous l'avait déjà fait regretté en le transformant en Dali). Un véritable point d’orgue aux 24 heures cinéphiles qui viennent de s’écouler.
Samedi, 22h30.Après l’effervescence de la fin d’après-midi et du début de soirée, le calme règne de nouveau sur le cinéma. Les caisses se sont éclaircies et les spectateurs ne seront pas nombreux à la dernière séance. Après avoir vu quatre longs-métrages, je sais que je ne ferai pas partie des spectateurs de la dernière heure. Cela me permet du même coup de finir sur une belle note, après une journée qui est finalement allée crescendo dans la qualité offerte par les films. La veille à la même heure, je commençais mon marathon de cinq films. Le lendemain dimanche, j’ai rendez-vous à la Cinémathèque Française avec Indiana Jones pour une dernière croisade. Cela suffira à remplir ma journée.

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