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Epigrammes de Friedrich Nietzsche (par Florence Trocmé)

Par Florence Trocmé

Qui ne peut rire ici, ne doit point lire ici 
Car, dès qu’il ne rit pas, « le Malin » s’en saisit 


Nietzsche
Les éditions Sillages ont publié il y a peu un remarquable petit livre, une collection d’Épigrammes de Nietzsche, traduites et présentées par Guillaume Métayer.  
Car on ne le sait sans doute pas assez, Nietzsche s’est souvent fait poète, exploitant notamment la veine singulière du sarcasme en vers, héritée de l’Antiquité.  
La très passionnante introduction de Guillaume Métayer tend à redresser l’image d’un Nietzsche « Dionysos hémiplégique » et amputé de sa face rieuse et de « cette puissance satirique dont l’épigramme est, depuis l’Antiquité, et en particulier à Rome avec le tournant opéré par Martial, un mode d’expression privilégié. Caractéristiques majeures du genre : la pointe et la brièveté. » Brièveté dont Guillaume Métayer souligne comme elle est au cœur du projet nietzschéen (p. 12) 
Il faut saluer ici le travail de réflexion et de recherche éditorial qui propose la première véritable édition des Épigrammes de Nietzsche. Jamais publiées en tant que telles, alors même qu’une partie d’entre elles avaient été « rassemblées et publiées par Nietzsche lui-même en un véritable recueil, portant un titre, Raillerie, ruse et vengeance, et même un sous-titre, Prélude en rimes allemandes. ». Guillaume Métayer montre bien comment cette dimension a été finalement occultée alors qu’il y a là un corpus de soixante-trois poèmes « marqués dans leur foisonnement même par une remarquable unité de thèmes, de style et de ton ». Peut-être en raison de « notre conception même de la poésie, gauchie et rétrécie presque dans le seul goût élégiaque depuis le romantisme » (p. 14).  
Et de proposer, en prélude à la lecture de ces épigrammes, une saisissante formule « Nietzsche porte en lui [...] les aspirations contradictoires d’un Hölderlin et d’un Voltaire ». Il ajoute aussi que son vœu explicite fut de trouver la force d’unir « les deux formes les plus éloignées, la sentence du moraliste et le Lied du musicien en une forme poétique inouïe, comme un prélude pour une humanité à venir, capable du rire tragique ». 
Le traducteur montre également comme l’épigramme se trouve, dans l’œuvre, la « première formalisation aboutie de l’unité de la philosophie et de la poésie » (p. 26) 
On notera enfin que la démarche éditoriale s’accompagne, on serait tenté d’écrire évidemment, d’une réflexion sur la traduction, dans une volonté de rompre avec la tradition de traduire « en vers blancs et en lignes arythmiques », alors même que ces textes sont tellement marqués par la rime et le rythme, qui étaient au cœur des préoccupations de Nietzsche.  
 
Rythme au début, rime à la fin, 
Et la musique pour âme, toujours. 
 
N’est-ce pas dire tout le caractère inédit, la nécessité et l’actualité de cette édition ?  
 
[Florence Trocmé] 
 
Poezibao propose dans l’anthologie permanente de ce jour un choix d’épigrammes extraites de ce livre.  
 
Friedrich Nietzsche, Épigrammes, traduit et présenté par Guillaume Métayer, éditions Sillages, 2011, 9,50€.  


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