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Comment la Grèce peut faire s’effondrer Wall Street

Publié le 23 février 2012 par Copeau @Contrepoints

Si la Grèce fait défaut, personne ne peut anticiper l’ampleur de la catastrophe financière en chaîne qu’engendrera le déclenchement des CDS.

Par Fabrice Drouin Ristori.

Comment la Grèce peut faire s’effondrer Wall Street
Le nouveau plan de renflouement Grec voté avant-hier a été annoncé comme un succès.

Il ne permet qu’une seule chose : aider les politiques (n’oublions pas que nous sommes dans une année électorale pour de nombreux pays) à gagner du temps avant un défaut total de la Grèce, sauver encore quelques temps le projet technocrate « Européen » et prévenir (pour le moment) toute sortie d’autres pays de la zone Euro.

Mais le véritable danger que représente un défaut de la Grèce est le déclenchement des CDS (Credit Default Swap), ces  fameux « paris » permettant de s’assurer contre le défaut de remboursement d’un État sur sa dette.

La taille du marché des CDS est estimée à 32 Trilliards de dollars. 95% de l’exposition des banques à ce marché des dérivés de crédit est détenue par 5 banques : JP Morgan Chase, Citigroup, Bank of America, HSBC et Goldman Sachs.

Le marché des dérivés de crédit n’est pas régulé, il n’y a pas d’obligation pour les vendeurs de CDS de détenir en réserve le montant nécessaire au paiement de ces contrats en cas de déclenchement.

Ces CDS ont été émis majoritairement par des banques américaines qui ne pourront faire face au paiement de ces « paris ».

Ce danger est accentué par un effet de levier tel, on parle de 40 sur ce marché des « dérivés » de crédit, qu’un simple défaut de la Grèce pourrait donc avoir des conséquences catastrophiques et faire imploser un système financier mondial interconnecté.

Les CDS sur la Grèce représentent une bombe à retardement financière.

Jusqu’à maintenant l’organisme de régulation du marché des dérivés de crédit (qui décide si les CDS doivent être payés), la International Swaps and Derivatives Association (ISDA) a qualifié le défaut Grec de « volontaire », garantissant l’explosion en vol de MF Global qui avait massivement souscrit à ces CDS grecs et s’attendait logiquement à toucher les bénéfices de ces paris lorsque la Grèce a annoncé un défaut sur sa dette de l’ordre de 50%. L’ISDA en a décidé autrement…

Ce tour de magie de l’ISDA, semble révéler que les grandes banques US vendeuses de CDS ne sont pas prêtes à faire face à un paiement de ces assurances. L’organisme de régulation des CDS est majoritairement contrôlé par les grandes banques internationales, ce qui peut certainement expliquer pourquoi le défaut grec a été qualifié de « volontaire » jusqu’à maintenant.

Les choses risquent de se compliquer pour les institutions financières si les élections d’avril en Grèce amènent au pouvoir un parti politique décidant d’un défaut total sur la dette, car les CDS seront dus… Que va décider l’ISDA ?

Nous serons fixés en Mars, si le gouvernement grec actuel décidait d’un défaut total devant le chaos social généré par l’application des mesures d’austérité, ou en Avril après les élections en Grèce. La Grèce est un pays relativement petit dans l’économie mondiale, mais l’effet de levier dans le secteur financier est tel que sa faillite peut avoir des conséquences systémiques.

La situation en Grèce n’a pas d’issue,  on ne soigne pas un malade en lui administrant des doses énormes de morphine (augmentation de la dette) tout en lui demandant de faire un régime radical à base de cailloux (mesures d’austérités).

Elle est prise dans un étau, entre l’obligation de rembourser une dette colossale et l’incapacité de la rembourser car aucune croissance ne peut s’amorcer dans un contexte d’application de mesures d’austérité aussi radicales, donc aucune rentrée fiscale ne permet le remboursement de la dette.

La Grèce fera défaut mais personne ne peut anticiper l’ampleur de la catastrophe financière en chaîne qu’engendrera le déclenchement des CDS : Faillites bancaires ? Nationalisations ? Nouveaux plans de renflouement (dette supplémentaire, monétisation) ? Certainement.

La Grèce doit pour s’en sortir suivre l’exemple de l’Argentine d’il y a quelques années, en faisant défaut sur sa dette, mais avec les conséquences que je viens d’expliquer quant à l’explosion du marché des dérivés de crédit.

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