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Tirana Blues - Fatos Kongoli (Albanie)

Par Woland

Tirana Blues - Fatos Kongoli (Albanie)

Te porta e shën pjetrit Traduction : Edmond Tupja

Extraits Personnages

C'est dans l'Albanie de 2003 que se déroule l'action de "Tirana Blues", et toujours en milieu urbain. Enver Hoxha est mort depuis vingt-trois ans et le régime communiste qui lui avait survécu, l'un des plus répressifs au monde, s'est effondré depuis douze. Une république parlementaire et démocratique s'est installée en lieu et place, à peu près comme dans tous les pays jadis soumis au communisme et retournés à une liberté au moins nominale avec l'effondrement de l'URSS et de son immense bloc de nations-satellites. Mais, comme souvent également, la mafia, une mafia à la slave, dont la violence n'a rien à envier à l'originale sicilienne, s'est installée avec elle. Fatos Kongoli nous démontre ici que n'importe qui peut avoir affaire à elle, même s'il n'a jamais, de toute son existence, trempé dans des opérations crapuleuses.

"Tirana Blues" est un récit à trois voix : celle de la victime, Platon Guri, universitaire victime d'un attentat qui met ses jours en grave danger, celle de l'enquêteur, l'inspecteur Zabit Kurti, qui se persuade bientôt que l'attentat est lié à un complexe immobilier détenu par la mafia albanaise, et celle d'Erald Periakou qui, sans savoir ce qu'il allait faire, a véhiculé le poseur de bombe, l'un de ses amis d'enfance. Peu à peu, l'histoire se développe, chaque voix ayant droit à un chapitre où elle raconte - et se raconte ...

Aux portes de la Mort, Guri est surtout préoccupé de sa situation affective et sexuelle. C'est vraiment l'"intello" du groupe, dont les idées sont telles que le lecteur se demande vraiment qui, à part peut-être un amant jaloux de son épouse, aurait pu commandité l'attentat. Cette voix-là symbolise aussi une certaine classe sociale de l'Albanie actuelle, dont les membres n'ont pas vraiment à s'occuper de ce que sera fait leur lendemain.

L'inspecteur Kurti, lui, a tout du limier. Un limier malheureusement tenu en laisse par ses supérieurs hiérarchiques, lesquels, bien qu'on ne soit plus sous la tyrannie totalitaire, sont toujours susceptibles de corrompre et d'être corrompus. D'ailleurs, l'un des collègues de Kurti, qui enquêtait sur le fameux complexe immobilier surnommé "Les Sept Garages", a été froidement abattu à la mitraillette, un soir qu'il rentrait chez lui.Fonctionnaire honnête mais aux mains liées, craignant parfois pour sa vie et pour sa famille, Kurti représente une classe moyenne qui aspire à une existence normale, rangée et véritablement démocratique mais qui doit encore courber l'échine pour survivre.

Erald Periakou, lui, est né à la campagne, dans une famille peu aisée mais forte des traditions de la vieille Albanie. Son frère, Mark, l'a pris chez lui, à la ville, afin qu'il puisse réaliser le rêve de leur père disparu : faire des études et devenir médecin. Mais Erald, bien que bon élève, est très vite attiré par des camarades que, dès leur adolescence, la Police a pris l'habitude de surnommer "les marchandises avariées." Il est surtout fasciné par Altin Kora et sa jeune soeur, Klodi. Et c'est pour rester en contact avec celle-ci, pour pouvoir lui rendre visite, lui parler et, qui sait, aller plus loin, qu'il devient l'un des familiers d'Altin. Altin qu'on retrouve un jour, une balle dans la nuque, après l'attentat survenu à l'universitaire. Altin, qui avait posé la bombe. (Mais pour qui ?) Altin, qui avait demandé à son vieux copain de lui servir de chauffeur jusqu'à la rue du professeur Guri. En apprenant son assassinat, Erald comprend qu'il n'en a plus pour longtemps et que, même s'il ne sait pas grand chose, il est devenu trop dangereux pour ceux qui ont décidé de l'attentat. Son frère tente bien de le mettre en sûreté mais ceux-là mêmes qu'il a payés pour ce faire abattront Erald sans état d'âme ...

A la fin - à la toute fin - on apprend le nom du commanditaire de l'attentat. Un nom qu'on avait déjà lu plusieurs fois auparavant, un nom qu'on avait peut-être soupçonné soi-même. Mais la raison de l'attentat est si futile, si effarante : le commanditaire, fort de son argent et de sa puissance, est sûr que cela lui permettra de se rapprocher de la veuve, qu'il désire en secret depuis longtemps.

Voilà comment et pourquoi Platon Guri, qui n'avait jamais eu aucun lien avec la mafia albanaise, mourut de la main d'un de ses tueurs. Si certains membres de la police tentèrent de résoudre l'affaire, d'autres, dans la même administration, s'acharnèrent à contrer leurs efforts. Et l'affaire du professeur ne fut jamais officiellement résolue.

C'est amer, c'est sans espoir, mais c'est superbement écrit aussi. Alors, laissez-vous tenter.

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