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Denis Maréchal joue !

Publié le 25 février 2012 par Gjouin @GilbertJouin
Denis Maréchal joue !
Théâtre du Gymnase
38, boulevard Bonne Nouvelle
75010 Paris
Tel : 01 42 46 79 79
Métro : Bonne-Nouvelle
One man show écrit et interprété par Denis Maréchal
Collaboration artistique de Florence Foresti
Le(s) thème(s) : Les amis de Denis Maréchal ont eu une Gameboy, un Bi-bop et un Iphone. Lui aussi. Mais quand ils ont eu un enfant, il a eu un Ipad. Conscient d’avoir raté une étape, il veut rattraper son retard. Mais comment trouver la future maman ? Que transmettre à son enfant lorsque l’on doute soi-même de sa culture générale et que l’on perd systématiquement au trivial Pursuit ?
Mon avis : Cela fait maintenant tout juste dix ans que j’ai découvert Denis Maréchal. Dès son premier spectacle, j’ai apprécié son univers si personnel, sa façon de s’exprimer et de nous embarquer dans des histoires pour le moins farfelues. Ses deux années au cours Florent lui ont en outre apporté des qualités de comédien qui lui permettent d’être très à l’aise, tant dans son jeu que dans ses déplacements sur scène. Fort de ces bases, il peut s’amuser et nous amuser.
Ce n’est d’ailleurs pas anodin si son nouveau one man show s’intitule Denis Maréchal joue ! Il joue dans tous les sens du terme. Dès son entrée en scène, particulièrement pêchue (façon « Las Vegas » affirme-t-il sans complexe), il "joue" avec les retardataires, allant même, pour ne pas les pénaliser, jusqu’à refaire pour eux sa fameuse entrée. Sympa, non ? De toute façon, un des atouts de ce garçon, c’est la sympathie qu’il dégage. On se sent bien en sa compagnie. Avec son sourire qui illumine son visage dans la parenthèse des fossettes et son regard doux et rieur, il ne peut que « jouer » de son charme… Si son premier spectacle était construit à partir de sketchs, celui-ci emprunte plutôt à la forme du stand-up.
Après une sorte de préambule divagatoire dans lequel il « joue » à l’animateur ringard d’un village nommé Chougne, il entre dans le vif de son sujet. En effet, le thème principal de son spectacle est son désir de paternité. Il va partir de ce thème intime et très personnel pour explorer les nombreuses pistes que cet événement induit et provoque. Sur la colonne vertébrale qu’est ce projet, vont se greffer une kyrielle de côtes flottantes. Avec pour principe de base une autodérision totale et assumée, il se lance dans ses élucubrations, donnant l’impression de nous confier un peu tout ce qui lui passe par la tête. Il peut aussi bien nous faire part de son incapacité à piger les textes de Christophe Maé que se livrer à une courte parodie du docteur House. Mais, régulièrement, il revient à son fil rouge... Pour avoir un enfant, il faut être deux. Il est donc essentiel de trouver d’abord la génitrice. Et là, il nous la « joue » un tantinet misogyne, avouant avec une fausse candeur son incompréhension de la gent féminine. La femme est pour lui le mystère absolu. Avec une once de mauvaise foi typiquement masculine, il décortique les difficultés qu’il y a à établir une relation qui tienne. Pour cela, il analyse avec force formules et situations imagées, les différentes techniques d’approche. Bien sûr, il est un lamentable stratège, mais ça ne l’affecte guère puisqu’il affirme « Moi, je suis relou » ! Alors, on se sent empli d’indulgence. Au cours d’une apologie du patin qui confine plus au râteau qu’à la pelle, il s’autorise un petit clin d’œil du côté de Ruth-la-dominatrice, l’héroïne de son premier one man show.
Très expressif, le geste précis, il « joue » avec les fausses pistes, nous embarque dans des digressions, aborde différents cas de figure… Il parle de l’éducation, traite des moyens de rompre actuels, de la solitude qui suit la rupture, avoue son inquiétude pour l’avenir de sa progéniture… Il nous entraîne au karaoké, ironise sur Facebook, raille les SMS, égrène les expressions galvaudées (ô comme j’avais envie de l’embrasser quand il a pris en exemple l’exécrable « au jour d’aujourd’hui »), égratigne Valérie Damidot et son émission D&CO;, dissèque les clips des rappeurs américains (un grand moment)…
Tout cela a l’air d’un foutu bric-à-brac, or tout se tient. Derrière chaque situation ou analyse, il y a du sens, voire même du fond. Ce spectacle est très personnel, très riche. Il est bien écrit, truffé de bonnes idées et remarquablement « joué ». Notre quotidien et le monde qui nous entoure y sont finement observés… Il n’y a guère que la scène de la conversation via Facebook que j’ai trouvée un peu redondante. Mais elle ne dure que deux-trois minutes, ce qui n’est rien dans un spectacle de près d’une heure trente.
La phrase de conclusion qui s’impose tout naturellement, c’est : « Denis Maréchal joue !... et gagne !!!
Une dernière remarque. Vous avez vu qui a prêté son concours à la collaboration artistique ? Ah, il peut se la "jouer" le Denis !

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