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Un autre regard: L’art du néon rouge a sa Maison (pas close), véritable feu d’artifice! (by notre special guest Jess)

Publié le 27 février 2012 par Lifeproof @CcilLifeproof

Eclipse okCeryth Wyn Evans, Eclipse, installation, 2005

Que se passe-t-il avant, juste après l’idée, l’envie de l’artiste, porté par mon regard « technique » au sens noble du terme.
Le métier de néoniste est très majoritairement à destination commerciale et urbaine, ensuite vient le plaisir, la difficulté et la création, un mot, un texte, une ligne, donner une forme, une couleur et pour finir donner la vie à ce puzzle.
Tout commence par un dessin…Ensuite, l’imagination de l’artisan, de l’apprenti sorcier, interprète en trois dimensions les esquisses de l’artiste, précédée de discussions parfois âpres mais toujours constructives et fructueuses.
Il existe une gamme de différents diamètres de tubes (appelé aussi cannes) et de plus de 40 couleurs : dont pas moins de 15 blancs et même de la lumière noire ;  du verre transparent aux verres poudrés intérieurs, en passant par les verres peints.
Ça y est, nous y sommes, mais où ? Dans l’atelier où l’électricité voltige, le gaz s’échappe et les flammes virevoltent, le souffle de l’homme métamorphose la matière en jonglant avec elle, en l’apprivoisant. Notre artisan doit maintenant passer à l’action pour plier et former les tubes choisis : pas de secret, il faut chauffer le verre, selon l’épaisseur et le diamètre. Savoir souffler, juste ce qu’il faut, et là, la magie opère, le verre se transforme en un spaghetti  géant et docile pendant quelques secondes seulement. Vite il faut agir, anticiper le refroidissement, véritable gymnastique de l’étirement et de la torsion.
Maîtrise et habileté du geste pour faire épouser la forme au dessin, pas le droit à l’erreur. Les doigts sont les outils vivants, habitués comme pour le cuisinier ou le pâtissier, à la chaleur et à la flamme.

Revez ok
Claude Lévêque, Rêvez ! néon, 2008


Ensuite le tube va recevoir aux extrémités ses deux électrodes, après refroidissement on y fera le vide (pompage) pour aussitôt injecter le gaz (rare) voulu : néon pour le rouge, argon (bleu), sodium (jaune) krypton (jaune vert)….
Lorsque le tube est mis sous haute tension grâce à un transformateur adapté, un flux d’électrons traverse le tube d’une électrode à l’autre. Les électrons se déchargent de leur énergie sur les atomes de gaz qu’ils rencontrent, et ceux-ci dégagent alors un rayonnement ultraviolet, devenant une lumière visible pour l’œil.
Certains néoniste se sont spécialisés dans la réalisation d’éléments pour les artistes qui eux-mêmes restent très fidèles à leurs artisans. Le respect du modèle est aussi très important.
Lorsque Claude Levêque fournit un dessin, grandeur nature, tous ses petits mouvements et tremblements de l’écriture doivent être reproduits, et en volume ! Des essais, des recommencements sont souvent nécessaires avant d’arriver à finaliser l’objet de lumière.
Rares sont les artisans ayant obtenus la reconnaissance de MOF (Meilleurs Ouvriers de France), fameux sésame, encore plus rares sont ceux capables de réaliser un nœud avec un tube, étonnante prouesse technique.
Alors ensuite vient l’emballage et le transport, incroyable gageure, tellement fragiles. Certaines pièces ont un âge avancé, il faut procéder au démontage des différents composants, et réaliser un emballage hyper soigné, plein de douceur, dans des chips de polystyrène, du papier bulle et aussi de la bonne vieille paille de nos campagnes.
La mise en scène, autre complication, autre réussite, en dehors même de la thématique, des contraintes des espaces d’exposition et des œuvres en haute tension. L’interférence lumineuse des pièces entre elles aurait pu faire tout rater, il n’en est rien. Encore un beau coup de chapeau aux équipes techniques, artisans et contrôleurs de nous permettre une telle proximité aux œuvres, grâce aussi aux équipes d’accueils et de surveillance permettant la quasi absence de mise à  distance.
N’oubliez pas de vous approcher, encore un peu, allez, pas trop quand même et défense de toucher : danger. Vous observerez les différents tubes, couleurs, transparences, opacités, les petits accessoires, supports, pattes, entretoises, inserts et autres fil métalliques torsadés, ainsi que les modes de fixations (dans toutes les directions). Vous y découvrirez les nombreuses facettes et techniques des installateurs. Toujours intéressant de ressentir la manière de faire pour atteindre le résultat qui s’offre à nous.
Merci aux souffleurs de verre, plieurs de tube, sculpteurs de lumière.
Alors laissez-vous vous éblouir, troubler et REVEZ ! à votre tour : tout est bon dans le néon !

Maison Rouge – Fondation Antoine de Galbert
10 Bd de la Bastille
Paris 75012
Néon, who’s afraid of red, yellow and blue ?
Jusqu’au 20 mai 2012


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