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Ah, Matsuyama !!! A Dogo Onsen : le petit monde de Botchan ...

Publié le 22 mars 2012 par Asiemute

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Pour se rendre à Dogo Onsen depuis la station de Matsuyama, il faut prendre le tram n° 5, ou, avec un peu de chance, le petit train de Botchan.

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Tout ici, ou presque, est conforme aux descriptions de ce récit largement autobiographique de Natsumé Sôseki. Je veux parler de "Botchan", "Le petit maître", roman publié en 1906, très populaire au Japon car c'est sans doute l'un des premiers livres que lit tout petit écolier nippon.

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La réplique du petit train à vapeur qu'empruntait le "petit maître", la gare, la grande horloge, "Botchan karuki" qui s'anime toutes les heures d'une scène du roman : tout ici rappelle  le quotidien de Botchan.

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Une ambiance nonchalante règne dans cette petite station thermale où, vous l'aurez sans doute remarqué, la tenue de rigueur est : le yukata ! En effet, les curistes déambulent entre les hôtels, les établissements de bains et la galerie marchande en yukata, sorte de kimono léger qui est mis à la disposition des clients dans les chambres d'hôtels. Moi-même, qui ne le revêt habituellement qu'en intérieur, je suis sortie dans cette agréable tenue : il faut dire que mon hôtel se trouvait juste en face du honkan ;)

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Né à Tokyo en 1867 (début de l'ère Meiji), le jeune Kinnosuke Natsumé prendra comme nom d'auteur en 1888 celui de Sôseki dont le kanji signifie "obstiné" ...
En 1887, il rencontre Masaoka Shiki (maître du haïku, originaire de Matsuyama) qui le pousse à écrire et l'initie à la composition des haïku.
En 1895, Sôseki est nommé professeur à Matsuyama  et son expérience donnera lieu, dix ans plus tard, à la rédaction de "Botchan".

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Extrait de "Botchan"

"Dans le coin, rien ne valait ce qui existait à Tokyo, mais les sources d'eau chaude étaient très appréciables. Puisque je me trouvais là, autant saisir l'occasion de me baigner chaque jour, avais-je décidé, et je m'y rendais tous les soirs avant le dîner pour prendre de l'exercice. Invariablement j'emportais alors une grande serviette de bain de type occidental que je laissais pendre avec nonchalance. A force d'usage, cette serviette avait été teintée par l'eau de source chaude et ses rayures s'étaient tant décolorées qu'au premier coup d'oeil on pouvait croire qu'elle était écarlate. Je la portais toujours avec moi, à l'aller, au retour, que je sois en train ou à pied, elle se balançait continuellement au bout de ma main. C'est pourquoi les élèves s'étaient mis à m'appeler "Serviette rouge". Il est bien fâcheux de vivre dans un endroit aussi petit. Encore autre chose. L'établissement thermal, abrité dans une construction nouvelle, à deux étages, offre aux usagers de première classe un peignoir de coton et les services d'un employé qui vous frotte le dos, le tout pour huit dens. En outre, une femme vous prépare le thé, servi dans un bol de style Tenmoku. Pour ma part, je n'allais qu'en première classe. Et l'on clabauda sur le pauvre salaire de quarante yens par mois qui s'offrait le luxe de ces bains de première. Commérages stériles. Ce n'est toujours pas fini. Le bassin d'eau chaude, recouvert de granit, mesurait environ vingt-cinq mètres carrés. En général, treize ou quatorze personnes s'y retrouvaient pour leurs ablutions mais il pouvait se faire qu'il n'y eût personne. L'eau arrivait à hauteur de poitrine et il était extrêmement agréable de nager dans cette eau chaude pour se donner un peu d'exercice. Quand j'étais certain d'être seul, je prenais grand plaisir à faire le tour de ce vaste bassin à la nage. Mais un jour, comme je descendais tout joyeux du second étage en me demandant si cette fois aussi je pourrais nager, je tombai sur un écriteau, placé à l'entrée du bassin, sur lequel de grands caractères noirs, trâcés à l'aide d'un pinceau épais disaient :

IL EST INTERDIT DE NAGER DANS LE BASSIN

En réalité, sauf moi, personne ou presque ne nageait, sembalit-il. Il était donc probable que cette pancarte eût été spécialement confectionnée à mon intention. Je me résignai dès lors à ne plus nager. Je ne nageai plus et pourtant je fus abasourdi de lire au tableau noir, quand je retournai à l'école, cette même inscription :

IL EST INTERDIT DE NAGER DANS LE BASSIN

J'eus l'impression que tous les élèves de l'école se liguaient pour m'espionner. Cela me flanqua un coup de cafard. Que les élèves disent ou fassent ce qu'ils voulaient, moi, je continuerai comme j'avais décidé, mais dans cette ville, je commençais vraiement à me sentir oppressé comme dans une cage trop étroite."

BOTCHAN, Natsumé Sôseki, traduction par Hélène Morita

Note de l'éditeur

Botchan, le "petit maître" créé en 1906 par Sôseki, est aussi célèbre dans la littérature japonaise que Cosette pour nous, ou Tom Sawyer pour les Américains. Ce jeune professeur frais émoulu de Tokyo, en butte, dans un collège de province, aux tracasseries de ses élèves et aux maneouvres de ses collègues, est le personnage central d'une savoureuse galerie de portraits, d'un conte moral plein de vigueur, où se mêlent le grotesque caustique et une étonnante âpreté de ton.

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Ce roman a notamment inspiré le mangaka Junichiro Taniguchi pour sa série : "Au temps de Botchan" .


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