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Fête des voisins ou la géostratégie de la Birmanie

Publié le 06 avril 2012 par Wtfru @romain_wtfru

Fête des voisins ou la géostratégie de la Birmanie

Les élections du 1er avril dernier en Birmanie sont loin d’avoir remis en cause la suprématie du pouvoir au parlement, mais ont considérablement montré la volonté d’ouverture politique d’un pays sortant de quarante huit années de dictature militaire.

Ce scrutin n’a pas eu d’influence majeure sur la composition du paysage politique birman. Il avait pour objet de remplacer les députés récemment appelés au gouvernement. Les fonctions ministérielles ne sont pas cumulables avec les mandats de législateurs. Les enjeux sont autre part. Le prix Nobel de la Paix et chef de l’opposition Aung San Suu Kyi se présente au scrutin. Déjà en novembre 2010, le parti de cette militante, la Ligue Nationale pour la Démocratie, avait appelé au boycott dénonçant les fraudes multiples de la junte et décrédibilisant leur programme. Le Parti pour la Solidarité et le Développement de l’Union (USPD), formation militaire, a été déstabilisé dans sa volonté d’imposer « une démocratie disciplinée » pour reprendre les termes officiels, mais l’emporte malgré cela.  2011 fut une année d’ouverture pour ce pays dans lequel de nombreux conflits troublent le quotidien de sa population.  A la grande surprise des observateurs et chancelleries occidentales, le président en fonction Thein Sein a multiplié les signes d’ouvertures et réformes auxquelles Aung San Suu Kyi a accepté de jouer le jeu en dépit de ses quinze années passées en résidence surveillée à Rangoun, ex-capitale et plus grande ville du pays.

Fête des voisins ou la géostratégie de la Birmanie

Les occidentaux accueillent de manière favorable les nombreuses réformes, mais l’ouverture politique est-elle réelle ? Une fois de plus, les opposants se plaignent d’exactions, de votes forcés et de trucages survenus lors du dernier scrutin ; signe de fortes irrégularités au sein d’un système démocratique peu rôdé. La réalité de l’ouverture politique, entrainant un développement économique fort est malgré tout indéniable. Le 30 mars dernier, après « l’autodissolution » de la junte menée par le tyran Than Shwe, le président en fonction à multiplié les annonces de reformes. Création de syndicats, autorisation des manifestations, assouplissement de la censure, libération d’opposants et même, chose inespérée, la fin du travail forcé (comprendre esclavage) en accord avec l’Organisation Internationale du Travail (OIT) prévu pour 2015. Le contrôle militaire du pays reste néanmoins déraisonnable. 

 Les conflits ethniques sont encore loin d’être résolus et le côté spectaculaire de l’ouverture de doit pas masquer une dure réalité pour les birmans victimes de discriminations. Ces minorités représentent 30% de la population estimée à 56 millions d’habitants. L’organisation Human Rights Watch (HRW) a démontré dans son rapport du 26 mars 2012 l’existence de viols et tortures dans les conflits armés de plus en plus violants.

L’ouverture politique va de paire avec l’évolution économique d’un pays dont les enjeux géostratégiques pour ses voisins sont considérables. Ces années de dictature ont ruiné un pays qui été le plus riche de la région lors de sont indépendance du colon britannique en 1948. Dès 2010, le pays s’est lancé dans une vague massive de privatisation, de programmes économiques et d’ouverture à ses voisins autre que la Chine. Preuve en est, les montants des Investissements Directs à l’Etranger (IDE) ont pratiquement doublé entre 2010 et 2011. Le commerce international du pays s’élève lui à 8,8 milliards de dollars pour la même période. Les projets spectaculaires de modernisation des infrastructures ou encore  la création de Zones Spéciales Economiques vont dynamiser l’industrie birmane à la seule et unique condition que les populations, elles-aussi, grandissent avec leur pays. L’union européenne évoque même la possibilité de lever les sanctions économiques qui frappent la Birmanie. Les mois qui suivent devront capter l’attention de tous les observateurs pour ne pas que la poudre de perlimpinpin du gouvernement prenne et que nous nous rendions complice d’un plan d’ouverture illusoire mis en place par les anciens généraux au pouvoir.  


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