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Damien Hirst : une excellente exposition

Publié le 06 avril 2012 par Marc Lenot
Damien Hirst : une excellente exposition

With Dead Head, 1991 (pour info, Damien Hirst est la personne à gauche sur la photo)

L'artiste Damien Hirst est mort. Ou quasi. Électro-encéphalogramme plat. Il le savait, d'ailleurs, il avait dit à David Bowie : "La Tate, c'est pour les morts." Ce n'est pas tant son obsession de la mort, des crânes (celui en diamant est là, dans un bunker à part) et de la pourriture qui annoncent son décès ('en grande pompe funèbre'), mais plutôt la présentation ici d'un artiste embaumé, congelé, qui ne crée plus, qui répète et fait répéter. D'autres s'offusqueront de son sens de la communication et de son marketing (tant des oeuvres que des produits dérivés : la boutique en fin de parcours est la salle la plus révélatrice de l'exposition) et de l'attrait qu'il exerce sur le public et sur les journalistes ('l'artiste le plus cher du monde, wow !'). D'ailleurs, pourvu qu'on parle de lui, en bien ou en mal, ça fait marcher le business...

Damien Hirst : une excellente exposition

Boutique de l'exposition

Pour ma part, j'ai trouvé cette exposition excellente à l'insu de son plein gré car elle révèle remarquablement le contraste entre les oeuvres de jeunesse des premières salles, géniales et dérangeantes, et le reste de l'exposition où on s'ennuie copieusement devant des répétitions parfois agréables visuellement mais sans la moindre création, juste la déclinaison d'une marque de fabrique conçue pour être diffusée comme un produit de (très grand) luxe. D'autres artistes tombent dans ce travers ou risquent d'y tomber, mais pour Hirst, la juxtaposition de l'avant et de l'après succès est désastreuse : on assiste, attristé, au gâchis d'un talent certain qui sombre, non dans l'alcool, mais dans le succès, l'argent, la facilité, le marketing.

Damien Hirst : une excellente exposition

A Thousand Years, 1990

Alors ne parlons que des premières salles. Tout autant que sa fascination pour la mort, dont tous parlent, j'ai été frappé par son rapport au contrôle, à la maîtrise de l'oeuvre. On a, dans ses premières pièces, le sentiment d'une angoisse extrême que l'artiste tente d'apaiser par des manoeuvres propitiatoires : peinture mécanique des spots et des spin paintings, accumulation des médicaments, écorchés et scalpels dans des armoires immaculées, titres minimalistes pour n'y rien exprimer.

Damien Hirst : une excellente exposition

In and Out of Love, 1991, détail

Les deux oeuvres maîtresses, de ce point de vue, (et après elles, mieux vaut rebrousser chemin et quitter l'exposition) sont celles où (peut-être le premier dans l'histoire de l'art, à part Joachim-Raphaël Boronali) il abandonne le contrôle de l'oeuvre à des animaux vivants, les mouches de A Thousand Years (1990) et les papillons de In and Out of Love (1991). Ce n'est pas tant la beauté des papillons qui volent autour de vous ou la répulsion envers les mouches, ce n'est pas tant l'inévitable discours sur la vie et la mort qui fascinent ici, c'est l'abandon de l'artiste face à son oeuvre : il a mis en place un système, des paramètres, et l'oeuvre se développe d'elle-même, sans lui.

C'est la fin. Après, rien. Du décor, de la redite, c'est tout.

Voilà pourquoi cette exposition (à la Tate Modern jusqu'au 9 septembre) est exceptionnelle : parce qu'elle montre un suicide artistique en plein vol.
Requiescat in Pace !

Voyage à l'invitation de la Tate (comme des centaines de journalistes...).
Photo 1 : André Morin Le Jeune. Photo 2 : Oli Scarff (Getty Images). Photos 3 & 4 de l'auteur.(c)Damien Hirst and Science Ltd. All rights reserved.
Damien Hirst étant représenté par l'ADAGP, les photos de ses oeuvres seront ôtées du blog à la fin de l'exposition. 

 


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