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Perfect Sense, un casque sur les oreilles pour mater Eva Green ?

Par Tred @limpossibleblog
Perfect Sense, un casque sur les oreilles pour mater Eva Green ?A chaque retour de vacances, c’est la même rengaine qui revient. « Mais comment vais-je faire pour rattraper tous ces films à l’affiche qui me font envie ? ». Entre ceux que je n’avais pas eu le temps de voir avant de partir, ceux sortis en mon absence, et ceux qui débarquent deux jours après mon retour, je me retrouve vite avec une douzaine de films sur mes tablettes, et un temps imparti trop court pour être sûr d’arriver à tous les attraper avant qu’ils ne disparaissent des salles. Si en plus la frénésie des sorties hebdomadaires se fait sentir (plus de quinze nouveaux films par semaine parfois…), ça devient vite Mission Impossible, mais ni Jim Phelps ni Ethan Hunt ne sont là pour m’épauler dans cette aventure.
C’est donc en faisant de savants calculs et des prédictions tout à fait aléatoires que j’ai établi une liste de priorités, en haut de laquelle s’est vite trouvé Perfect Sense, pour la simple et bonne raison que toutes les salles le programmant lors de sa seconde semaine d’exploitation annonçaient qu’elles ne le joueraient plus le mercredi suivant (tout de suite, ça pose la priorité…). C’était donc maintenant ou jamais (il s’avérera pourtant plus tard que l’UGC Orient Express a récupéré une copie du film pour maintenir l’exploitation du long-métrage en vie quelques jours de plus sur Paris). Si Perfect Sense faisait partie des films que je ne voulais pas rater, c’est parce que j’avais vu il y a quelques années un précédent film du réalisateur David MacKenzie intitulé My name is Hallam Foe (qui avait fini 11ème dans mon Top 20 des Meilleurs films de l’année 2008), et que j’avais bon espoir que ce nouveau long-métrage puisse être aussi fascinant, mélancolique et sensuel que son grand frère.
Perfect Sense, un casque sur les oreilles pour mater Eva Green ?Imaginez plutôt. Un beau jour, l’humanité voit s’abattre sur elle un drôle de mal qui fait perdre le sens de l’odorat à toute la population, sans que les scientifiques parviennent à expliquer ni prévenir le phénomène. L’inquiétude se fait plus urgente encore lorsque quelques semaines plus tard, c’est le goût qui disparaît. Et si c’étaient tous ses sens que l’être humain se voyait condamné à perdre ? Cette catastrophe globale est vécue depuis Glasgow, à travers les yeux d’un cuistot et d’une épidémiologiste qui se consolent dans les bras l’un de l’autre et tombent amoureux.
Le mystère est là, l’amertume évidente avec cette ambiance apocalyptique, et la sensualité est omniprésente dans ce jeu de séduction puis cet amour consommé par les personnages incarnés par Ewan McGregor et Eva Green. Pouvait-on rêver couple plus sensuel ? La beauté de la comédienne française est si troublante qu’elle provoquait une déconcentration régulière tout au long du film. Pourtant j’avais déjà largement de quoi me déconcentrer dans la salle, avec un couple de spectateur des plus atypiques juste devant moi. Lui avait enfilé un casque rappelant ceux des chantiers pour couvrir le bruit après avoir forcé sa compagne à s’asseoir près de l’écran, au 6ème rang, malgré les protestations de celle qui aurait à l’évidence préférer se placer quelques rangs plus haut.
Alors que la salle s’éteignit et que le film commença, lui se leva brusquement, marmonnant quelque chose dans sa barbe, faisant signe à sa compagne de le suivre, et allant se carrer les fesses un rang plus près encore. Trouvait-il qu’ils étaient assis trop loin ? Était-il déranger par le couple assis sur le même rang qu’eux et dont la femme n’avait pas encore fini de jouer avec son smart phone ? Sa compagne le laissa en tout cas s’avancer seul, refusant de le suivre encore plus près de l’écran, à la grande surprise du casqué qui ne comprenait pas pourquoi. Elle le rejoignit tout de même, une quarantaine de minutes plus tard… Mais lui, contre toute attente, à vingt minutes de la fin du film, se leva et se dirigea vers la sortie… il partit en laissant sa compagne derrière lui, elle qui resta jusqu’au bout. Il fallait le voir, presque rampant au pied de l’écran pour ne pas gêner les autres spectateurs alors qu’il aurait fait une tête de plus en marchant sur des échasses qu’il n’aurait nullement masqué l’écran. Un petit excès de prévention qui en dit long sur le spectateur qu’il est (un bon, laissez-moi vous le dire ! et amusant de surcroit).
Perfect Sense, un casque sur les oreilles pour mater Eva Green ?Fin de l’aparté spectateurs. Où en étais-je moi ? Le trouble causé par la sensualité d’Eva Green, à l’image du trouble causé par tout un pan du film, une atmosphère mélancolique qui envoûte. Après avoir vu la scène d’introduction, planante, éthérée, magnifique, j’ai pensé que MacKenzie avait soit déjà gagné ma foi dans le film, soit qu’il avait mis la barre d’entrée de jeu tellement haut qu’il se tirait peut-être une balle dans le pied sans le savoir. Mon impression générale a fait s’entremêler les deux options. Le bancal n’a pas éclipsé la fascination, ou l’inverse. Le film souffre d’un déséquilibre dans l’intention du réalisateur, entre la recherche d’un style proche de la vérité quasi documentaire, et une narration plus classique. D’un côté ces images à l’arraché d’un monde plongeant dans le chaos, la voix-off envoûtante d’Eva Green, la musique délicate et électrisante. De l’autre, une rencontre amoureuse, une passion naissante sur fond de dérive globale. Perfect Sense ne parvient pas suffisamment à faire coexister les deux styles en symbiose, et opère donc régulièrement des cassures narratives maladroites. Peut-être est-ce simplement que le réalisateur aurait dû avoir le courage de couper plus au montage, de resserrer la perte des sens et cette inéluctabilité qui plane sur l’humanité, et sur le couple McGregor / Green en particulier.
Il y avait bien matière à nouer un drame amer, beau, déchirant dans ce Perfect Sense, et les regrets sont là… pourtant certaines images, et cette musique, et ces corps amoureux d’Ewan McGregor et Eva Green seront difficiles à oublier. L’impression n’est pas aussi forte qu’à la sortie de My name is Hallam Foe, mais la patte du réalisateur est palpable, entre mystère, mélancolie et sensualité. Et en parlant de mystère, qui diable avait reconnu la danoise Connie Nielsen dans le rôle de la sœur d’Eva Green ? L’actrice de Rushmore, Mission to Mars et Demonlover y est méconnaissable… (seul son nom au générique de fin m’a fait prendre conscience de sa présence !)

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