Magazine Culture

Petite introduction au Romantisme

Par Agathep

Petite introduction au Romantisme
Je vous discerne du coin seul de mon œil lecteur, cillant face à la lecture du titre de cet article. Non point une œuvre aujourd’hui, mais allouez-moi la possibilité de vous exposer quelque peu mon inclinaison vivace et incandescente pour le sujet abismal mais néanmoins ô combien passionnant pour un courant littéraire auquel je n’hésiterais point à dédier tout, de la naissance de mon amour pour les Lettres, les textes perdus et inintelligibles de par leur style abscons, jusqu’aux récits ampoulés d’ardeurs et de démences propitiatoires aux plus célestes inspirations. Ce mouvement, quel autre que celui du Romantisme ; volonté d’imbrication de  l’être avec l’esprit de l’univers dans sa plénitude, mais tout autant que de concert avec les passions amoureuses, les évènements des temps passés parfois sibyllins, parfois édifiants. Il inspira, poussa à l’acmé des élans révolutionnaires qui abominaient la servitude et la trop souvent absente raison, il étaya de ses bons mots le péché de luxure pour l’amener jusqu’à l’empyrée des imaginaires humains. Tant de fois se vit-il aliéné par d’authentiques fieffés, pas trop pressés de le réduire à de ténébreuses  iniquités, où on le voyait conglomérat de simagrées teintes de sentimentalité désuète, minauderies de lecteurs distraits de par le prosaïsme régnant en nos cultures actuelles. Je brigue de fouler du pied ces spécieux qualificatifs, de sorte à censément encenser ce courant qui su à la manière de nul autre introniser les passions humaines, n’aspirant qu’à s’exprimer éperdument. Aussi permettez-moi lecteur de vous causer un tant soit peu de ce romantisme, que je chéris tant et ainsi subséquemment peut-être, le débarrasser de cette malsaine réputation de vétusté dont on l’a si injustement affublé.
« Ô temps, suspends ton vol ! Et vous, heures propices,  suspendez votre cours ! »
Epars, probablement, vous sont les indifférents souvenirs de scolarité demeurant en votre mémoire de l’étude du romantisme ; un terme qui se pose à l’encontre même de toute forme d’alexithymie, puisqu’il insinue profondément la nécessité d’épanchement des sentiments et de leurs sarments, tantôt sujets de blâme, parfois portés aux nuées, il définit, stoïque face aux attaques rationalistes, les rêveries proprement humaines d’amours éternelles et délicates, dont on ne pourrait parler qu’en souvenirs thuriféraires et dont la rémanence n’aurait jamais à souffrir un quelconque démenti. De fait se pose-t-il en ennemi parfait de la brutalité des jouissances temporaires, de la vésanie hoir de la violence regrettable et démontre cette démence qui consiste à gratifier des élans momentanés de qualités propres à durer en la temporalité dont les êtres sont les faibles victimes. Mais qu’en est-il de sa naissance ? Le romantisme est de ces rares mouvements qui jouissent de la capacité à se targuer d’une naissance en des lieux multiples, puisqu’il st possible de lui faire don de deux origines, toutes deux de culture sempiternelle anglo-saxonne : l’Allemagne et l’Angleterre, la France se voyant forclose à ses premiers vagissements, et dont les initiateurs et dignes représentants sont William Wordsworth et Samuel Taylor Coleridge (Lyrical Ballads) en ce qui concerne l’Angleterre, et Johann Wolfgang Goethe (Les Souffrances du jeune Werther) pour l’Allemagne ; tous trois éminents protagonistes de la seconde moitié du XVIIIème siècle, période exigible dans l’histoire des Lettres qui vit l’élévation de l’intérêt des foules (même si ce fut au départ d’une voix pateline) pour l’importance rendue à l’être en tant que tel, le goût morbide et nostalgique pour les bâtiments en ruine, héritiers des affres du temps et de l’indifférence méthémérine des hommes, l’obliquité pour les âmes à la sensitivité exacerbées, et la crainte de cette figure insaisissable tout autant inévitable qu’est la mort. La France, laissée quelques temps de côté par cette fièvre artistique, devra patienter davantage afin de connaître ces égarements délicieux grâce à la plume de Victor Hugo, dont les œuvres poétiques à  la beauté à couper le souffle telles que La Légende des Siècles ou Les Contemplations témoignent de cet attrait expiatoire de fusion avec l’essence de la terre, de la nature, du monde dirais-je même, affichant une réceptivité hors-norme pour tout sujet pouvant toucher au cours ineffable et irrémédiable de l’horloge, et de sa jumelle la destruction, qui de son épée pourfend la mémoire et ses indénombrables héritages abandonnés au dédain désabusé de l’homme, qui croit de moins en moins, une récrimination d’une existence humaine, face à leur sujétion involontaire aux ravages de l’âge couplé au temps qui s’enfuit, courant toujours plus vite, davantage chaque jours à la rencontre d’un horizon des plus incertains. Il exprime cette convoitise de la fusion d’ego à ego, l’exprimant au travers de cheminements vers des lieux de paix, des thébaïdes occultés aujourd’hui mais jadis sujets d’admiration flatteuse. Truisme aussi, les effusions lacrymales endeuillées, l’expectative du décès, le ressenti omniprésent du trépas, la vassalité de l’homme envers ses propres remords constituent un terreau de choix pour l’accroissement des composantes de ce mouvement unique. Et cette mort, affable et surreprésentée s’empare résolument, souventes fois, des figures de jouvencelles emportées trop tôt par quelques chagrins d’amour ou sous le faix d’obscures maladies encore mal connues, nimbées de fait et en sus d’une fascination dérangeante pour leur irrévocabilité effarante. La femme, courtoise et source d’appétence, est sorte de totem absolu de ce courant artistique.
« Nous contemplons l'obscur, l'inconnu, l'invisible. Nous sondons le réel, l'idéal, le possible. »
Les feux qu’elle seule peut inspirer dans toute sa mirifique plénitude se trouvent ainsi au cœur des œuvres de ce courant. On l’imagine, on la fantasme et la pare du drap chamarré du rêve à la manière du tout jeune Châteaubriand. Les éclats encenseurs de la rencontre suivent, subodorant très souvent une interdiction infranchissable dont sont victimes des Heathcliff et Catherine, Charlotte et Werther, Julie et Saint-Preux. Dès lors rien ne peut achopper les amants transis, et apporte la foudre amère de la certitude de la pérennité du sentiment amoureux, l’évidence des retrouvailles avec cet alter-ego qu’est la plénitude même (une thématique que l’on retrouve admirablement développée chez Emily Brontë et son Wuthering Heights), une évidence que l’on pourrait presque qualifier de pythonisse tant on pourrait croire que le croisement des regards relevait d’un destin tout tracé (sur le grand rouleau, peut-être, le Jacques le Fataliste ?) L’amour est sacré, il s’avère aussi prédestiné, comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement puisque les amants se déclarent prêts à affronter tous les rets possibles pour demeurer aux côtés de l’être chéri, adoré, placé sur le piédestal aveugle d’une première fascination ? Les amoureux ont l’heur de connaître cette sensibilité, qu’ils savourent sans se douter nullement qu’elle se révèlera par la suite unique, rien ne pouvant recréer sa magie originelle, même la meilleur des feintises et la foultitude de nouvelles tentatives et autres espoirs auquel pourra se livrer le transi de cette quête insondable et vaine de retrouver les émois primitifs. Cette servitude ancillaire à la femme peut parfois relever du simple rêve, mais demeure indéniablement une main tendue vers la divagation délictueuse, aux égarements dans le voyage. Initiatique, prophétique, il l’est certainement, récusant toute rationalité et raisonnement pernicieux qui pourrait tuer les rêveries d’un solitaire promeneur dans l’œuf même. Se perdre de façon stochastique en des bois humides, épais et mystérieux fait partie intégrante des plaisirs romantiques, de l’âme et non des sens ; au cœur de ces œuvres où l’acte sexuel, la fusion charnelle des corps n’est jamais décrite, tout juste pudiquement susurrée, insinuée ; et où le baiser apparaît comme une parfaite quintessence de l’affirmation amoureuse. Une transgression exaltée de cette châsse de sacralité qu’est le corps humain, enseignement s’il en est uniquement chrétien, qui verra même son propos parfois remodelé sur le modèle romantique, peut-être par une quête secrète mais totalement partagée par ses auteurs de lui conférer une certaine légitimité aux grands dispensateurs de morales régressives que sont les tenants de la religion, très ancrée en France, quand placée en comparaison avec ses voisins de langues à racines germaniques.
Contempler, méditer, accorder aux variations du labile être aux changements de la nature ambiante l’exaltation de la puissance des émotions ; voilà ce à quoi aspire le mouvement Romantique. Sont-ce là réellement obscures pratiques oubliées de notre temps où tout passe toujours trop vite ? Où l’iniquité et l’incroyance semblent se partager le pouvoir ? Pensez, lecteurs. Interrogez-vous quant à leur éventuelle disparition, biffez ce dont vous vous croyez certain jusqu’à l’absolu, puis plongez dans la lecture d’une œuvre de cette période.

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Agathep 8 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines