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Les romans durs de Simenon, 1938-1941

Par Pmalgachie @pmalgachie
Les romans durs de Simenon, 1938-1941A peine refermés les trois premiers volumes des Romans durs que l'on se souvient de Simenon en homme pressé, et que les trois suivants sont déjà arrivés. Je poursuis donc avec, aujourd'hui, le tome 4.

Monsieur La SourisLa Souris est un clochardqui porte encore beau et qui est comme chez lui au poste de police de l’Opéra.Il vient souvent y faire son numéro et amuser la galerie. Sauf l’inspecteurLognon, surnommé Malgracieux. Cette fois-ci, Lognon flaire en outre quelquechose de bizarre: La Souris a trouvé une enveloppe pleine de dollars etil est venu la déposer en bon citoyen, avec l’espoir de la récupérer dans un anet un jour. Bon citoyen, ou presque. Il a prélevé quelques billets dans lesliasses pour que leur éventuel propriétaire soit incapable d’en donner lecompte exact s’il se présente. Et l’origine de l’enveloppe est moins avouablequ’il ne l’a raconté… En 1938, Monsieur La Souris était l’un des treizeSimenon publiés par Simenon par Gallimard. De cette période de productionintense, tout n’a pas survécu de la même manière. Celui-ci avait été un peu laissé de côté, malgré une incarnation du personnageprincipal par Raimu dans un film de 1942.La découverte méritepourtant d’être faite. On croit voir l’ombre de Maigret à chaque coin d’une rueparisienne, bien qu’il soit absent du livre. La relation entre La Souris etLognon, si différents qu’ils soient, évolue pourtant vers une surprenanteestime réciproque, à la lisière d’une impossible amitié. Le clochard vaut mieuxque le personnage dont il s’est construit la silhouette banale en s’appliquantà ne pas faire de vagues. Il possède un passé solide, que les femmes ontcontribué à détruire. Et il fait encore de beaux rêves…Quant à l’enquêtepolicière qui structure le récit, elle navigue entre la haute finance et lesmilieux interlopes chers à l’auteur, avec un détour par la philatélie quiravira les passionnés. Monsieur La Souris prouve, une fois encore,combien les œuvres de Simenon considérées comme mineures possèdent au moinsquelques-unes des qualités de son vaste ensemble romanesque.

MalempinAu début du roman, ledocteur Malempin devrait être tout guilleret. Mais une sourde crainte le ronge.C'est son dernier jour de travail avant les vacances, qu'il passera, horssaison, dans le Midi - pour la première fois, comme une échappée hors de seshabitudes... En outre, il rentre chez lui avec une nouvelle voiture.La journée passe vite,comme dans un souvenir d'enfance où sa course s'était accélérée jusqu'às'arrêter brusquement à un mètre d'un tramway: «Est-ce que, ce jour-là, jecourais plus vite parce que j'avais une intuition, parce que je sentais lacatastrophe?»Il retrouve la même hâtequ'autrefois, sans raison apparente, et comprend la signification de cette nouvelleintuition quand il entre dans l'appartement: Bilot, un de ses deux fils,est malade, et c'est grave. Envolées, les vacances! Il ne reste plus qu'àtenter de maintenir l'enfant en vie, même si le pronostic est inquiétant.Mais ce combat-là n'est,dans Malempin, qu'un prétexte, l'événement qui fait basculer uneexistence pour en découvrir des pans inédits.Son fils fiévreux leregarde et Malempin se demande quelle image il gardera de lui plus tard: Est-ce que mon père était bien comme ça ?Lui-même n'a jamais voulusavoir qui était vraiment son père et, tout à coup, là, au chevet du fils, ilen éprouve de la honte. En quelques lignes, Georges Simenon met en placel'énigme familiale: l'oncle Tesson qui a disparu, la tante qui est unechipie, le père enterré... Alors, au cours des longues heures près de Bilot,tout le passé revient comme un flot amer, avec enfin la volonté de comprendrece qui est arrivé, et pourquoi.Le mécanisme de ce romanparu en 1940 fait penser au Modiano d'aujourd'hui, avec ses jeux de mémoire quisuperposent deux époques, renvoyant inlassablement de l'une à l'autre. C'estpourtant bien du Simenon. Et un Simenon attaché à dépouiller une histoirefamiliale de ses traditions en forme de faux-semblants, pour en extraire la vérité.Bien sûr, Malempin reconstitue cette histoirelongtemps après, il lui en manque quelques éléments. Mais il en retrouve assez,dans des souvenirs qu'il croyait avoir perdus, pour reconstituer un puzzle quilui parle de lui-même. Et l'oblige à se regarder en face: époux et pèrede famille tout à coup décidé, dans un dernier chapitre plein de points desuspension, à ne pas reproduire le gâchis de la génération précédente.

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