Magazine Culture

"L'ombre du vent" de Carlos Ruiz Zafón

Par Secriture @SEcriture

***

Dans la Barcelone de l’après-guerre civile, « ville des prodiges » marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours.

Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon – Daniel Sempere, le narrateur – dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L’enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d’occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y « adopter » un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l’entraîner dans un labyrinthe d’aventures et de secrets « enterrés dans l’âme de la ville » : L’Ombre du Vent.

Avec ce tableau historique, roman d’apprentissage évoquant les émois de l’adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l’Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s’emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafón mêle inextricablement la littérature et la vie.

_______________________________

Magnifique. Prenant. Magique. Etonnant. Nostalgique. Surprenant... Je continue? 

L'ombre du vent fait parti de ces livres, qui une fois ouvert, n'en finissent pas de nous étonner, nous émouvoir, nous faire voyager. Tout au long du récit, on grandit avec Daniel, on apprend la vie avec ce jeune garçon un peu perdu, mais si courageux. Quand il découvre le fameux livre de Julian Carax, sa vie bascule. Dès lors, il se met en tête une idée somme toute commune à chaque lecteur passionné : découvrir qui est réellement cet auteur inconnu et mystérieux. 

Se met en route un engrenage terrible qui pousse Daniel dans le monde des secrets : le passé de Julian Carax est loin d'être rose. Entre mensonge et trahison, amour et désillusion, le jeune Daniel se rend vite compte qu'il a pénétré le royaume oublié du passé... et cela a un prix : mouillé jusqu'au cou dans cette affaire, il se confronte à la police, au danger, à la violence de la Barcelone nocturne... 

Je me suis totalement immergée dans l'histoire. J'étais à Barcelone, avec Daniel, regardant la scène par dessus son épaule. Chaque moment de son intimité, de sa première histoire d'amour à la confrontation avec la mort, nous est révélé. C'est ainsi que dix ans de la vie de Daniel Sempere passent à une vitesse folle dans les dédales des ruelles espagnoles. A ses côtés, on découvre peu à peu les mystères du passé, suivant parfois de fausses pistes, revenant à la vérité pour s'en éloigner à nouveau. 

Le personnage de Daniel Sempere est fascinant. Il grandit au fil du récit, et c'est comme si l'histoire gagnait en profondeur au fil de l'évolution du personnage. Peu à peu il est mieux capable d'analyser les situations, d'inventer des stratagèmes pour tenter de découvrir la vérité. Il nous embarque littéralement dans sa quête du Graal, pour notre plus grand bonheur.

Daniel est accompagné de fidèles accolites tous plus fantastiques les uns que les autres. Son père, qui est finalement la source de toute cette histoire car c'est lui qui a emmené Daniel au Cimetière, apparaît comme le seul point d'ancrage de Daniel, celui qui ne changera jamais au fil du roman et qui sera toujours là pour son fils. La folie, les ténèbres et la mort sont représentées par un seul personnage, point de départ de beaucoup de malheurs : l'inspecteur Fumero ; ce personnage est certes horriblement détestable, mais je le trouve simplement fascinant, la déchéance incarnée. D'un autre côté, nous avons Fermin, un bout en train drôle et jouissif. La belle et douce Clara, l'énergique Béa, la tendre Bernarda ou encore la sulfureuse Nuria... autant de femmes qui permettront à Daniel de grandir, de murir, et aussi de s'approcher inexorablement de la vérité...

Et quelle vérité! Par moments, j'étais satisfaite de voir que certaines de mes déductions se vérifiaient, par d'autres, je me trouvais bouche bée de stupéfaction. La plus grande surprise fut pour moi la page 500! (bon là comme ça, évidement, cela ne vous évoque rien... mais je ne vais pas non plus tout vous révéler, cela gâcherait la surprise...). Tellement prise dans l'histoire, je me suis exclamée tout haut, à tel point que ma voisine de table m'a regardé d'un drôle d'air, je me suis tournée vers elle en partageant la nouvelle... évidemment cela n'a pas eu le même effet sur elle puisqu'elle n'a pas lu le livre... Mais tout de même, j'ai mis un certain temps à m'en remettre!

Vous l'aurez compris, l'atmosphère enigmatique et poétique de L'ombre du vent m'a totalement séduite et bouleversée à la fois. Un vrai grand moment de lecture. Si je dois retenir un seul coup de coeur parmis tous mes livres lus, je crois que ce serait celui-ci.  

 

Un secret vaut ce que valent les personnes qui doivent le garder. (page 19)

Les livres sont des miroirs et l'on n'y voit que ce qu'on porte en soit. (page 277)

L'avis de Maggie


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Secriture 741 partages Voir son profil
Voir son blog

Magazines