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Eragon : à bout de souffle ?

Publié le 25 avril 2012 par Wtfru @romain_wtfru

Eragon : à bout de souffle ?

 La littérature jeunesse est le passage obligé de chaque lecteur.  C’est toujours quelque chose de touchant, qui nous renvoie à des périodes de nos vies oubliées. C’est en fait ces lectures, qui nous construisent en tant que lecteur.

C’est pour ces raisons que, lorsque le dernier tome d’une quadrilogie jeunesse, commencée il y a 8 ans, est enfin publié en France, on ne peut résister à l’envie de le lire. C’est pour cela qu’aujourd’hui WTFRU, plus habitué à vous parler de Houellebecq ou de Carrère, vous parle de la saga Eragon de Christopher Paolini

Il est clair que rentrer dans une librairie pour acheter « L’Héritage », tome 4 de cet saga, à 18 ans passé, donne matière à rire. Une fois le livre terminé, le constat est flagrant : Eragon a échoué dans sa volonté de s’imposer comme une des grandes sagas jeunesse. Difficile de considérer Eragon comme un proche d’Harry Potter, Twilight ou plus récemment Hunger Games. 

Ce constat se fait sur plusieurs points. Le premier, et non des moindres, est la lenteur de traduction de certains tomes. Attendre près d’un an pour voir le tome 4 traduit est assez invraisemblable de nos jours. L’effet de surprise du final de la saga est grandement diminué, et les possibles lecteurs franchement attristé.
Seulement, ce point là serait insignifiant, si d’autres erreurs n’avaient pas été faites.

L’une des caractéristiques qui fait d’Harry Potter (LA saga jeunesse) est la faculté qu’a eu J.K Rowling, à faire évoluer les personnages au même rythme que ses lecteurs.
Cette recette fonctionne quasi-instantanément dans le milieu de la littérature jeunesse. Ainsi, les lecteurs de Cherub ou  l’Apprenti épouvanteur se retrouvent souvent dans le même état d’esprit ou du moins proche de ceux des personnages. Il est tout de suite plus facile de rentrer dans l’histoire, et comprendre les divers états d’âmes. 
L’évolution du personnage d’Eragon est, elle, beaucoup plus sensible et complexe. Ne laissant franchement pas aux lecteurs la possibilité de comprendre ces évolutions. Au final, l’auteur donne l’impression d’un personnage principal sans âge, auquel il devient difficile de s’identifier. 

Le thème même de la saga est problématique. En 2004 lorsque le premier tome est lancé, la mode en littérature jeunesse est à l‘héroïc-fantasy. Peter Jackson vient juste de nous délivrer le dernier volet du Seigneur des Anneaux au cinéma, et elfes, trolls, nains et dragons sont le péché mignon de bon nombres d’entre nous. 
Seulement voilà, dans ces 8 années nécessaires à la résolution de la saga Eragon, la mode a évoluée. Après une longue période de vampires et loup-garous (Twilight, Journal d’un vampire…), la littérature jeunesse est devenue fan de tout ce qui touche à la dystopie (contre-utopie) avec Hunger Games ou encore la saga Uglies, Pretties de Scott Westerfeld.
Conclusion, lire un roman jeunesse d’héroïc-fantasy sur les dragons ne captive plus vraiment le public, et la saga Eragon n’arrive pas s’imposer et outre-passer les effets de mode, comme l’a fait Harry Potter (cherche pas c’est le meilleur).

De même, les possibles histoires d’amours sont réduites à néant au profit d’une lutte armée entre le bien et le mal. Grossière erreur, tant aujourd’hui les lecteurs jeunesse considèrent l’amour et les histoires d’amour comme moteur des romans. Chaque personnage des grandes sagas jeunesse rencontre à un moment précis celui ou celle qui fera chavirer son coeur. Harry Potter tombe amoureux de Ginny Weasley, après une brève histoire avec Cho Chang, et on ne parle même pas de Ron et Hermione. La meilleure des sagas en matière d’histoire d’amour reste Twilight, qui subtilement, par le biais de relation entre Edward, Bella et Jacob nous présente une véritable lutte entre le bien et le mal, sans sortir immédiatement les armes. 
Eragon, quant à lui, tombe évidemment amoureux d’une elfe Arya. Mais cette histoire n’occupe que quelques pages de chaque tome, et semble ne pas réellement perturber le personnage principal. Difficile alors de croire qu’Eragon est à peine agé de 15 ans, tant son attitude rapelle plus celle d’un moine franciscain. 

Enfin, on ne peut parler de saga jeunesse, sans parler de cinéma. Ce qui impose une saga est sans nulle doute son adaptation à l’écran. Cela s’applique pour toutes les formes de littérature. Le public touché est bien plus grand, et l’impact médiatique bien plus important. A ce jeu là, la saga Eragon s’est franchement plantée. Un film, réalisé par  Stefen Fangmeier, et adapté du premier tome, est sorti en 2006. Il serait orgueilleux de prétendre que les lecteurs s’attendaient à un film d’auteur à la Aki Kaurismäki, mais ce qui a été proposé ne valait pas réellement grand chose. Jeremy Irons et John Malkovitch n’auront pas réussit à rameter les foules, et le film fut un échec commercial. 
On pourrait élaborer diverses théories sur le pourquoi de cet échec : un personnage principal pas vraiment charismatique, un réalisateur inconnu, des coupures dans le scénario assez ridicules, ou encore la volonté de faire du film un double (au rabais) du Seigneur des Anneaux.
A ce jeu là, Eragon n’est pas le seul à avoir échoué, « Stormbreaker », l’adaptation des aventures d’Alex Rider d’Anthony Horowitz n’a guère fait mieux.

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Au final, on ne ressort pas réellement ému de ce dernier tome d’Eragon. Aucune chance de verser une larme en lisant les dernières pages, et même si on ne regrette pas d’avoir lu cette saga, l’auteur nous donne l’impression d’avoir perdu lui même la foi en son histoire. C’est peut être cela, au final, qui a empêché  de devenir une grande saga.


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