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La mort de L.-F. Céline - Dominique de Roux

Par Zorglub

La mort de L.-F. Céline - Dominique de RouxPrésentation de l’éditeur :
"Ce livre n’est pas un essai critique. La véritable critique est affaire de spécialistes, ils n’ont besoin que de son œuvre qui après avoir assez lutté contre une somme de silence, s’élève, s’éclaire et va vivre avec tous les mystères de la vie tandis que s’éloignent les cons décorés officiels. Le Commandeur Mauriac et Sartre, Montherlant et Mac Orlan, le pêcheur à la ligne sur les bords de l’aventure, là-bas dans les cimetières à colonnes où dorment en bronze Madame Pigeon et sa lampe, ou sur les parapets des quais. J’ai choisi de présenter Louis-Ferdinand Céline, Docteur Destouches en empiétant sur le problème de la Littérature aujourd’hui, puisqu’il fut tué par ses confrères, par cette confrérie de petites gens ligués ensemble (à chaque époque) pour se prouver du talent et chasser l’homme libre, l’écrivain debout, celui qui finit au cachot en fin de compte par refus d’appartenir à quiconque". Dominique de Roux. Septembre 1966.

Livre difficile à lire car il fait référence à des faits historiques et littéraires que je ne connais pas. Dominique de Roux défend  ici une certaine image de l’écrivain (homme libre, pas «pourri» par le système commercial, qui écrit pour lui et pas pour faire plaisir au plus grand nombre) et un plaidoyer en faveur de L.-F. Céline contre ses détracteurs. Tant je partage l’image de l’Ecrivain (le «vrai») qu’il décrit («Ecrire […] c’est sauver d’autres hommes avec soi.»), tant sa prise de position envers Céline est plus subjective qu’objective ; c’est plus une déclaration d’ «amour», un acte militant plus qu’une analyse critique du personnage et de son œuvre. C’est d’ailleurs aussi une biographie stylée et allégée de la vie de Céline, ce petit livre.

«Céline était un tendre, un juste sous sa pelisse d’ingrat hurleur.» p.26

«[…] C’est peut-être ça qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.» L.-F. Céline p.27

«En attendant règnent le notariat le plus sec et le style littéraire de la petite mesure. Partout, descriptions amoureuses du métier d’écrire ou procès-verbal autobiographique.[…]» p.33

«Ecrire, ce n’est pourtant pas faire du zen, c’est sauver d’autres hommes avec soi.» p.38

«[…] Liberté d’écrire ? Alors, émigrez ! […]» p.38

«Nous  voilà donc, entre Romain Gary, tireur d’éléphants, à la bêtise éloquente, et certains bouzins de Tel Quel puant la médecine légale […]» p.39

«IL FAUT AVOIR LA FORCE, ne servir que sa vision.» p.39

«Quand on se bat avec la société, on devient clochard. Je propose donc que les jeunes écrivains s’y agrègent pour épauler leur subversion même.» p.41

«[…] …mais ce que je veux avant tout, c’est vivre une vie remplie d’incidents, que, j’espère, la Providence voudra placer sur ma route, et ne pas finir comme beaucoup, ayant placé un seul pôle de continuité amorphe sur une terre et dans une vie dont ils ne connaissent pas les détours et qui vous permette de se faire une éducation morale. Si je traverse de grandes crises que la vie me réserve, peut-être, je serai moins malheureux qu’un autre, car je veux connaître et savoir. En un mot, je suis orgueilleux. Est-ce un défaut ? Je ne le crois, et il me créera des déboires ou peut-être la réussite.» L.-F. Céline p.54-55

«N’avertissez personne de mon passage à Anvers ! Tout ce qui ressemble à un accueil spécial fige la vie, tout autour de soi… Un livre est déjà de la mort, et souvent de la mort ratée.» L.-F. Céline p.84

«La prochaine guerre nous coûtera au moins vingt-cinq millions de morts. Ils n’existeront plus, les Français. Ce sera pas une très grande perte, des hurluberlus si futiles, si dégueulasses, inflammables pour n’importe quelle connerie.» L.-F. Céline p.112

«Et quand on vient me voir, je fais un peu le clown. Ceux qui viennent veulent entendre du Céline ou ce qu’ils pensent être du Céline… Je ne veux pas les décevoir… Question de courtoisie… » L.-F. Céline p.166

«Marie Canavaggia, sa secrétaire, nous raconte qu’il exigeait d’elle ce que Molière attendait de sa servante. Chargée de surveiller la frappe de la dactylo, elle devait repérer les petites bêtes. Fallait-il remplacer tel « que  je fis » par un « que je fisse » ? « Hélas… la faute est ici à maintenir ! (fis)… pour la cadence », répondait l’auteur. Et s’il décidait de changer un mot, il recomposait entièrement sa phrase, et même les phrases voisines.
[…] Il était prodigue de ses trouvailles. Un mot dans le même livre changeait d’orthographe, et aussi bien un mot du Petit Larousse ou du Chautard qu’un mot de son invention : « Mais quelques pages plus haut, vous l’écrivez autrement ? – Et alors ? Si on a plusieurs femmes, pourquoi coucherait-on toujours avec la même ? » Mais que ce souci de créer fond et forme entraînait de torture ! » p.178-179

Editions de La Table Ronde / La petite vermillon - 197 pages


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