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Haussmannisation, ou le quid de l'urbanisme...

Par Etrangere

Le Paris Haussmannien, véritable mutation du paysage de la "Ville des Lumières", est avant tout le fruit d'une nécessité pratique. En effet, depuis le 11 octobre 1795 et jusqu’en 1860, Paris était divisée en 12 arrondissements (Rive droite : 9 ; Rive gauche : 3), et occupait le tiers de son espace actuel. La loi du 16 juin 1859, résultant de la ferme volonté de Napoléon, prévoit l’annexion des « Faubourgs de Paris » et l’«enceinte des Thiers » pour pallier la croissance démographique sans précédent. Elle prend effet le 1er janvier 1860, agrandissant le cité de 4 communes entières (Belleville, Grenelle, Vaugirard, La Villette). Paris partage également 7 communes avec d’autres municipalités (Auteuil, Batignolles-Monceau, Bercy, La Chapelle, Charonne, Montmartre, Passy) et en annexe partiellement 12. Cet agrandissement provoque un réagencement des arrondissements, qui passent au nombre de 20 ; un numérotage en spirale leur est appliqué. Ainsi, en 1861, Paris compte 1.667.841 habitants.
Cette croissance exceptionnelle de Paris, relative à l’ère industrielle et à la politique d’expansion,  rend ses besoins immenses. Or, avant le Second Empire, le pouvoir politique était démuni  par rapport à ce phénomène : peu audacieux et autoritaire, manquant de moyens financiers, il ne pouvait s’offrir une politique radicale. Mais l’Empereur Napoléon III et son préfet Georges Eugène HAUSSMANN  démontrent une grande pugnacité dans la réalisation de leur projet : ils souhaitent tous deux aérer, unifier, assainir et embellir la capitale, qui doit devenir la vitrine de la puissance française. Ils se dotent ainsi de moyens qui permettent de réaliser ces transformations indispensables en s’appuyant sur "la loi d'expropriation pour cause d'intérêt public du 3 mai 1841", dite "loi Rambuteau", particulièrement utile pour réaliser l'élargissement et la percée des voies. En effet, l’amélioration de la voirie est une des préoccupations fondamentales du pouvoir politique. Au tout début du XIXème siècle, Napoléon Ier avait amorcé ces réalisations par l’aménagement d’une large rue le long des jardins des Tuileries : la rue de Rivoli ; puis, de 1812 à 1848, près de 200 rues sont créées ou aménagées dans Paris.
Haussmannisation, ou le quid de l'urbanisme...
Les rues créées selon l’envie urbanistique du  préfet Haussmann répondent ainsi essentiellement à trois critères. Le premier est l'alignement des immeubles : il s'agit donc de faire en sorte que toute reconstruction se fasse en retrait de la voirie préexistante, et selon les modèles de hauteur et de largeurs fixés – chaque bâtiment devant ainsi obéir à des règles strictes. Les façades d’un immeuble haussmannien sont ainsi généralement en pierres de taille ; les murs sont ornés de refends (stries horizontales assez profondes), tandis que des "bossages", plus ou moins travaillés, peuvent participer à la décoration de la façade. Les balcons, caractéristiques du style Haussmannien, sont en outre situés au deuxième (étage "noble" avant l'apparition de l'ascenseur en 1870) et cinquième niveau. D’ordinaire « filants » (sans interruption d'une extrémité à l'autre de l'immeuble), ils participent à l’unité des rues. Enfin, des règles précises sont édictées quant à la hauteur. Ces circulaires et règlements la délimitent en fonction de la largeur de la voie qu'ils bordent. 
 

Haussmannisation, ou le quid de l'urbanisme...

Exemple de l'alignement des immeubles d'une rue haussmannienne.


Le deuxième critère est en effet l’élargissement des voies. Cette opération concerne des rues préexistantes en reculant les façades existantes sur un côté ou sur les deux côtés ; elle s’effectue donc avec la collaboration des riverains ou par expropriation pour cause d'intérêt public, ce qui est parfois long et onéreux.

Haussmannisation, ou le quid de l'urbanisme...

Élargissement de la Rue Réaumur. 


Enfin, Haussmann ordonne de grandes percées. Le baron trace de nouvelles voies qu’il dote d’infrastructures "modernes": égouts, adduction d'eau, lampadaires, fontaines, arbres… Pour ce faire, une vaste politique d’expropriation est pratiquée et, afin de veiller à l’unité des façades des nouvelles avenues, la Ville se réserve les immeubles situés aux carrefours et codifie d’emblée la structure des lieux. 

Haussmannisation, ou le quid de l'urbanisme...

Ouverture du Boulevard Henri-IV


N.B. : Les images Avant/après proviennent de cet article du Figaro, que je vous conseille de consulter pour plus d’illustrations.

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