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Biga Ranx, retour sur son périple jamaïcain !

Publié le 08 mai 2012 par Davibejamaica
Gabriel n’a que 16 ans quand il commence à se former, tout seul, dans les sound systems de Tours, sa ville natale. Très vite, choisir un nom de scène devient indispensable. En « verlan », le prénom de l’archange devient Biga. En 2006, après un voyage improvisé en Jamaïque, Biga Ranx, tout juste majeur, revient au pays avec plusieurs vidéos de freestyle tournées dans les studios d’enregistrement de Kingston.

Biga Ranx, retour sur son périple jamaïcain !

Innocemment, le jeune MC les met en ligne sur internet, sans se douter qu’elles seraient vues, un jour, par des centaines de milliers de personne. Aujourd’hui, Biga Ranx est signé chez X-ray production, avec un premier album intitulé One Time. Nous l’avons rencontré, en vu de son concert à la ferme du Buisson aux cotés de Tom Fire et Papa Style, histoire de revenir sur son dernier périple en Jamaïque, il y a quelques semaines …

C’est ton premier album. Mais, tu as toujours affuté ta verve dans les nombreuses sound systems français. Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

Biga Ranx : "Cela m’a apporté énormément de choses. C’est une approche de la scène totalement différente et hyper spontanée. Il ne faut pas avoir peur d’improviser des textes devant des personnes, en direct. Cela t’apprend vraiment à faire les choses sur le tas, naturellement et en toute simplicité. Il faut juste avoir ses lyrics en tête, sans connaitre le riddim, et faire face à des choses qui ne sont pas prévues. Il faut aimer se mettre un peu en péril. Les sound systems, malgré le nom, ce n’est pas forcément le lieu où tu vas avoir le meilleur matériel, quelque fois le micro crache un peu, on ne s’entend pas très bien. Il faut apprendre à faire avec les moyens du bord, sans s’énerver. C’est une super bonne école."

En quoi est-ce différent de réaliser son propre album ?

Biga Ranx : "Quand tu es catalogué dans la case « artiste sound system », tous les jours il faut que tu te prépares à en faire. Les gens t’attendent pour ça ! C’est un petit milieu, tu sais. Il faut savoir vivre au jour le jour et compter sur les soirées pour vivre de sa musique. Réaliser un album est à mon sens beaucoup plus compliqué. Car cet exercice permet d’approcher d’autre aspect de la scène, toucher un autre public. Rien n’est facile."

Tu es parti en 2006 en Jamaïque. Qu’est ce que tu es allé faire là-bas ?

Biga Ranx : "Tu sais, j’avais 18 ans et à cet âge-là, on fait souvent les choses sans réfléchir. Un ami DJ avait décidé de partir là-bas. Il m’a embarqué dans sa valise à Kingston. Je suis allé dans les studios, faire des séances avec des chanteurs qui dédicaçaient des morceaux pour des sound systems. Pour certaines d’entre elles, on m’a filmé. A mon retour en France, les vidéos ont été diffusées sur le net. Cela a fait le buzz…"

Quel enseignement en as-tu tiré ?

Biga Ranx : "2006 était une période assez électrique pour la Jamaïque. Je suis arrivé dans un contexte très violent, avec beaucoup de corruption. En plus, on allait dans les studios qui étaient dans des quartiers corrompus et très pauvres. C’était une approche assez hardcore. Cela m’a apporté plein de choses, car les Jamaïquains m’ont super bien accueilli en tant qu’artiste, donc j’ai vraiment adoré cette expérience."

Ils ne t’ont donc pas pas pris comme le petit blanc qui voulait piller leur style, leur culture et leur racine ?

Biga Ranx : "Pas du tout ! La musique n’a pas de frontière, donc leur réaction est « normale ». Ils sont très contents de voir que des artistes étrangers brandissent le même drapeau qu’eux. Les gens là-bas ont beaucoup de mal à avoir des visas, pour voyager, donc ils sont très fiers de voir que leur culture s’exporte, et que le fruit de leur travail est reconnu et apprécié outre-Atlantique."

Cette île, est-elle comme on l’imagine : un énorme vivier d’artistes et de sound systems ?

Biga Ranx : "Ça, c’est clair ! En Jamaïque, la musique est omniprésente. Ils ont vraiment le goût pour le divertissement. Ils font la fête tout le temps. Je ne sais pas si tu t’en rends compte mais, même durant la journée, il y a des soirées (rire). Maintenant que je suis bien établi en Jamaïque j’aimerais bien aller y vivre. Cela serait vraiment génial d’y passer quelque temps."

Depuis quelques années, les propos des artistes se sont radicalisés, à l’instar du chanteur Sizzla ou Capleton, dont tu as fait, en France certaines premières parties. Tu n’as pas peur que la violence verbale entraine une réelle violence physique ?

Biga Ranx : "Bon, c’est vrai qu’il y a quelques années le discours s’était radicalisé. Mais franchement, à l’heure actuelle, les gens sont beaucoup plus « smooth ». Désormais, certains artistes ont compris qu’ils peuvent avoir une réelle influence sur les gens. Je suis retourné en Jamaïque, il y a quelques jours, pour un documentaire avec radio Nova. Je suis allé dans les studios et je suis allé voir les autres aspects de leur culture. Et, sincèrement, depuis mon premier séjour là-bas, en 2006, il y a eu un énorme changement. Avant, la Jamaïque était vraiment comme dans un film de gangsters. Il y avait des histoires de fou à tous les coins de rue. Aujourd’hui, c’est complètement différent : la musique redevient de plus en plus positive. Cela se ressent partout. Je ne peux pas dire qu’il n’y a plus de violences, mais l’ambiance s’est vraiment détendue…"

Biga Ranx, retour sur son périple jamaïcain !
Pourtant, quelque fois, il y a véritablement un passage à l’acte, comme avec Vybz Kartel, impliqué dans l’affaire du meurtre de Barrington Bryan dit « Bossie », et actuellement sous les barreaux …

Biga Ranx : "Tu sais, il y a plein d’artistes dancehall qui sont des anciens flingueurs. Quand tu arrives là-bas, c’est totalement une autre culture. Mais je ne pense pas que ce soit une violence choisie. Je veux dire par là qu’il existe une quantité de choses qui font que c’est difficile au quotidien. La plupart d’entre eux sont armés, les partis politiques ne font rien pour la population. Du coup, ce sont les cartels qui font la loi. L’ensemble est corrompu. Donc, quand t’arrive là-bas et que tu te mets deux secondes à leur place, tu te dis que tu ferais peut-être la même chose qu’eux…."

Tu as écris un des titres de ton album, « Gipsy Rock », par rapport aux expulsions, en France, des communautés roms et à leur stigmatisation. C’est un sujet qui te touche ?

Biga Ranx : "Bien sur que cela me touche ! Quand on s’attaque à une communauté, je ne peux pas rester de marbre. Les personnes ne doivent pas être stigmatisées à cause de leurs origines, surtout en France ! Puis, peu d’artiste se sont exprimés sur cette cause. Il m’est apparu juste de faire un morceau là-dessus."

C’est un moyen d’affirmer tes opinions politiques ?

Biga Ranx :"Non, car je n’ai pas vraiment d’opinion politique. Moi aussi, je suis un nomade étant donné que je suis tout le temps sur les routes. C’était un petit clin d’œil."

Te considères-tu comme un artiste engagé ?

Biga Ranx : "Oui, c’est sûr que je le suis ! J’ai plein de causes à défendre qui me sont propres. Quoi qu’il arrive, je veux que mon message soit positif. Je n’ai pas une lutte qui m’obsède en particulier. J’ai des convictions, c’est certain, mais je n’ai pas envie de les imposer comme une vérité absolue. Quand vraiment quelque chose me prend au cœur, j’en fais un morceau, sans faire la morale aux gens."

Peut-être indigné alors ?

Biga Ranx : "C’est vrai que tout ce qui se passe depuis plusieurs mois, c’est complètement dingue. Y a vraiment des choses qui se passent et qui sont vraiment révoltantes. Alors oui, je me sens indigné par ça. Je ne comprends pas comment on a fait pour en arriver là. Quelque fois, c’est digne du moyen-âge et pourtant c’est toujours d’actualité. C’est dur de se dire qu’on vit dans le même monde que ces choses là. Mais j’essaie toujours de rester positif dans ma tête, de me dire que la vie n’est pas faite exclusivement d’embuches."

Peut-on imaginer que ton prochain album sera plus engagé socialement et politiquement que le premier ?

Biga Ranx : "Absolument. Il sera carrément plus profond dans les sujets. Je pense que le leitmotiv de cet opus sera d’être beaucoup plus conscient. De développer des sujets forts. Il aura peut-être une teinte un peu plus « old school » aussi, peut-être un peu plus hip hop aussi, du coup. On verra bien !"

Quels sont tes futurs projets ?

Biga Ranx : "Déjà terminer la tournée en cours. Après, je me consacre aussi aux vinyles. J’en ai sorti déjà quelques-uns et j’en prépare d’autres notamment un avec Kanka. Puis des clips, le documentaire de radio nova. Enfin plein de choses !"

Le mot de la fin ?

Biga Ranx : "Big up à la terre entière !"

Propos recueillis par Julien Bouisset pour 

Biga Ranx, retour sur son périple jamaïcain !
 


  • Source : Mondomix

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