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13 mai / Des nouvelles de demain 4/4

Par Blackout @blackoutedition
13 mai Des nouvelles de demain 4/4 - Nouvelles de demain Vais-je retrouver mon amie morte ? Ce serait logique : je suis mort, nous sommes tous morts et nous nous retrouvons dans un hypothétique paradis. Quel bordel ce doit être ! les nazis, mêlés aux napoléoniens, César, tous ces meurtriers et ma copine ! A-t-elle changé ? Quoique la logique, par les temps qui courent, qui galopent qui s'emballent. Cent balles… j'ai pas un rond, j'ai pas de poches. Eclair de lucidité, vite refréné, j'ai pas besoin d'argent, je suis mort. Si j'ai faim, je rentre à la boulangerie. Je vais rentrer à la boulangerie, plus par gourmandise, un mort n'a pas besoin de manger, le boulanger vert de peur brandit son tromblon à travers la vitre éparpillée, je n'ai pas peur il va tirer, son fusil antédiluvien lui saute à la gueule, et je me sers, croissants éclairs au chocolat. Je sors et je traîne un lambeau de bonne femme. La boulangère. - Pitié, il ne nous reste plus que ça… Je l'ai connue plus arrogante, je lui balance un coup de pied elle part en poussière… Je monte dans la colline plantée de maïs morts, mais curieusement encore debout, les OGM donnent de la force, ils font au moins deux mètres de haut. Je plonge dans la végétation à moitié cramée et je suis criblé de projectiles brûlants : du pop corn ! J'en baffre jusqu'à vomir. Manger. Vomir. Un mort. Curieux… Un froissement de feuilles, de la fumée qui avance : un lapin ! un lapin vivant ! enfin vivant les poils brûlés la peau à vif les yeux rouges et excavés… La myxomatose protègerait-elle des radiations ? Une question s'impose à moi : pour l'instant je n'ai ni froid ni chaud ni mal ni faim. Normal, je suis mort. Mais cette nuit, quand la température va chuter de vingt degrés, comme depuis l'éruption de Vulcania… un test. Quelque bribe de lucidité me traverse, nu comme un ver luisant. Je m'enfonce dans le champ et attends le soir. Sans la moindre angoisse, c'est vraiment la preuve, non ? La nuits tous les morts sont gris… Ma montre indique trois heures… C'est l'heure où la centrale a fondu… Du plateau où je suis planqué je peux apercevoir les gyrophares des chars, scarabées dérisoires, s'agiter dans le village. Tout ça pour moi ? c'est bien trop d'honneur ! Trois jours, trois jours et trois nuits – y a-t-il encore une différence ?- que je me cache au milieu des pêchers transgéniques et enflammés. Suis-je mort ? Si tel est le cas, pourquoi me cacher ? La faim me tiraille je n'ai plus d'éclairs… la faim ? Pour un mort ? Un doute, un monstrueux doute m'habite ; délire-je ? Je sors, noir et vert, noir de fumée et vert radioactif, en costumé comme les rares chasseurs qui subsistent poursuivant encore le rare gibier et que j'exècre : - Je ne suis pas mort ! arrêtez-moi ! enfermez –moi ! rassurez ma mère et donnez-moi à manger ! S'il vous plaît. Rafale. Flash Ball. Je me réveille dans du coton verdâtre, au milieu de gémissements atroces. Je suis sur un brancard dans un couloir, je distingue dans un flou plus ou moins artistique des corps en lambeaux, des potences rouges qui tranchent dans le sirop vert ambiant. - J.. vedres… prelr… J'ai du coton dans la bouche. Réflexe de survie, naturel pour un ancien mort, je regarde le pli de mon bras, criblé de trous enflammés. Je comprends…

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