Magazine Culture

[Feuilleton] "Le Retour d'Arkadina" de Liliane Giraudon, 5/13

Par Florence Trocmé

Poezibao publie en feuilleton Le Retour d’Arkadina, une pièce de Liliane Giraudon, en 13 épisodes. Voir ici l'avertissement de Liliane Giraudon. (épisodes précédents : 123, 4)  
 
 
Alias Nina : 
L’enfer n’est pas si loin et n’a pas l’air de flotter sur le vide. 
Il se  déroule devant mes yeux.  
Il prend son temps.  
Les jours et les nuits.  
Page 121. Ligne 11 et 12. 
« Si jamais tu avais besoin de ma vie, viens et prends-la » 
 
Les chevaux vont bientôt être là. 
 
J’espère que tes valises sont prêtes.  
 
On peut placer l’action à Stockholm. Ou à Riga.  
Comme elle j’ai joué mon existence sur un chiffre. 
Mais moi c’était le I Ch’ing. 
Mais où est donc passé ce panier de prunes très sucrées ? 
Quand l’amour s’installe dans le cœur il faut le mettre dehors. 
Encore ce discours imbécile. 
Quand l’amour vient se poser sur les femmes, les femmes sont des steaks. 
Et les mouches y pondent.  
Voilà ce que j’écrirais si je savais écrire. 
Pour être franche, je pensais à autre chose. 
 
« On ne fait que manger, boire, dormir, et ensuite mourir… d’autres naissent et eux aussi mangent, boivent, dorment, et pour que l’ennui ne les abrutisse pas définitivement, ils mettent de la diversité  dans leur vie avec des potins infâmes, de la vodka, des cartes, de la chicane…et les femmes trompent leurs maris, et les maris mentent, et font comme s’ils ne remarquaient rien, n’entendaient rien, et cette influence  irrésistiblement vulgaire pèse sur les enfants, étouffe l’étincelle divine qui vivait en eux, et ils deviennent des cadavres aussi misérables que leurs pères et mères… »  
 
Qu’est-ce que tu me veux ? 
 
Alias Trigorine : 
Le jour se lève. 
C’est le moment de la performance. 
Nous devons changer de salle… 
C’est l’année de la Russie… Bortsch et Vodka à tous les étages… 
Et sur le pain d’épice à la menthe de nos coussins secouons nos fables !!! 
Allez les filles, bougez-vous, le décor change. 
 
Alias Nina : 
J’entrais en scène. 
C’était un bar. 
Je n’avais pas d’autre moyen de me produire. 
Et je voulais Briller. 
D’ailleurs ma lampe de poche 
Je la portais au front 
sans cesse allumée. 
Une chose peut bien ressembler à une autre 
mais rien ne l’empêche de briller. 
 
En aparté et brusquement comme visité de l’intérieur Trigorine travesti se met à débiter le texte de l’acteur reine dans Hamlet (acte III scène  2) 
 
Alias Trigorine :
 
Ah que plutôt, pour moi, le jour se change en nuit 
En obscurité la lumière 
Que l’aliment tourne en fil dans ma bouche 
Que tout sommeil abandonne ma couche 
Que tous mes espoirs désespèrent 
Que je ne trouve sur la terre 
Plus d’endroit où me reposer 
Si jamais quand je serai veuve 
Quelque sentiment qui m’émeuve 
Je songe à me remarier… 
 
EN VOIX OFF LE MÊME TEXTE EN RUSSE (TRADUCTION DE PASTERNAK) HAMLET ACTE III SCENE V 
  
Alias Nina (jouant-parodiant Arkadina….) 
 
« Ah !  jeunesse !  jeunesse ! » 
 
« je pars  et ne saurai jamais pourquoi Constantin a essayé de se tuer !... » 
 
« j’ai de l’argent, mais je suis actrice, rien que les toilettes, c’est une ruine… » 
 
« je n’ai pas d’argent. Je ne suis pas banquier, je suis actrice… » 
 
« Ne me martyrise pas Boris…j’ai peur… je ne suis qu’une femme comme les autres. Il ne faut pas me dire une chose pareille… » 
 
(se reprenant) 
Les abeilles crèvent. 
Les vaches crèvent. 
Sorine croyait pas si bien dire… 
Frontière des espèces. Bientôt chimères et mutants. 
Monstres. Sexuations. Pratiques transgenres. 
 
 
suite (6) le mercredi 16 mai 2012 


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Florence Trocmé 18343 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines