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Dark Shadows de Tim Burton

Par Geouf

Dark Shadows de Tim BurtonRésumé: A la fin du XVIIIe siècle, la famille Collins émigre vers le Nouveau Monde pour faire fortune. Ils rencontrent très vite le succès en se lançant dans l’industrie de la pèche. Les Collins s’installent définitivement en Amérique, faisant construire un immense manoir, et donnant leur nom à la ville qu’ils ont contribué à créer. Malheureusement, le fils de la famille, Barnabas (Johnny Depp) se met à dos l’une des servantes du manoir, Angélique (Eva Green) lorsqu’il rejette l’amour de celle-ci. La jeune femme, qui est en fait une sorcière, se venge en assassinant les parents de Barnabas et l’élue de son cœur, et en transformant celui-ci en vampire. Enterré vivant par les villageois effrayé, Barnabas n’est libéré que 200 ans plus tard, pour découvrir que sa descendance a bien du mal à maintenir à flot le business familial…

L’annonce de la mise en chantier de Dark Shadows, adapté de la série télé éponyme ayant bercé l’enfance de Tim Burton, n’a franchement éveillé qu’un intérêt poli de la part de votre serviteur, qui avait depuis bien longtemps perdu tout espoir de retrouver le génie derrière Beetlejuice ou Batman le Défi. En effet, depuis une dizaine d’années, Tim Burton n’est plus que l’ombre du réalisateur de génie qu’il a autrefois été. L’ardent défenseur des freaks s’est en effet transformé en chantre de la normalité, gagnant en visibilité et en succès public ce qu’il perdait en âme. Un constat amer pour les fans de la première heure, et qui a culminé avec le lamentable Alice au Pays des Merveilles, bouillie kitsch indigeste d’une laideur hallucinante et au message gerbant.

Adaptation d’un soap opera des années 60-70, Dark Shadows tente un pari audacieux en résumant en deux heures la trame des quelques 1200 épisodes du show. En résulte un film très rythmé (on ne s’ennuie pas une seconde), mais qui souffre parfois d’un certain trop-plein scénaristique. Les différents arcs scénaristiques sont nombreux, voire très nombreux, ce qui fait que certains sont tout bonnement zappés au bout d’un moment, sans trouver de résolution correcte (le fantôme de la bien aimée de Barnabas en est un exemple frappant). On imagine que la suite annoncée par le dernier plan du film devrait partiellement remédier à cet état de fait, mais en l’état, le film est assez frustrant. Le constat est identique au niveau des personnages, puisqu’en dehors de Johnny Depp et Eva Green, ceux-ci sont souvent tout juste esquissés, et certains ne font réellement que passer (Johnny Lee Miller, d’une inutilité hallucinante), ce qui ruine quelque peu l’implication du spectateur. Dommage, car certains personnages auraient mérité un traitement plus approfondi, comme celui du petit David (Gulliver McGrath), gamin traumatisé par la mort de sa mère, et qui affirme converser avec le fantôme de celle-ci.

Dark Shadows de Tim Burton

Au niveau de l’ambiance, il semblerait que Tim Burton tente de faire amende honorable auprès de ses fans de la première heure, en proposant ce qui s’apparente assez vite à un best of de sa filmographie : héros tragique et monstrueux rejeté par les gens normaux (Edward aux Mains d’Argent), consumé par un désir de vengeance suite à la mort de sa bien aimée (Sweeney Todd), adolescente troublée et gamin qui voit des fantômes amicaux (Beetlejuice), femme fatale mortelle (Batman le Défi), décor gothique (Sleepy Hollow), personnages qui sont quasiment tous des freaks, etc. On retrouve même un combat final décalqué sur celui de Beetlejuice, serpent géant compris (et aussi un peu repompé sur le final de Stardust il faut bien l’avouer). En résulte un curieux mélange, qui oscille entre le très réussi (le magnifique décor du manoir Collins) avec des scènes dans lesquelles Burton retrouve son génie (le réveil de Barnabas et le massacre qui s’ensuit) et le franchement douteux quand le film joue sur le kitsch assumé (les costumes et l’esthétique 70’s qui piquent les yeux). Heureusement, Burton et son scénariste Seth Grahame-Smith (Abraham Lincoln, Vampire Hunter) ont décidé d’injecter au film une bonne dose d’humour, notamment en jouant sur la découverte des années 70 par le vampire Barnabas. Un humour qui fonctionne plutôt correctement, même s’il joue souvent sur le registre unique du décalage entre Barnabas et l’époque qu’il découvre (Dark Shadows reprend d’ailleurs quasi à l’identique le gag de la découverte de la route goudronnée et de la voiture tel que vu dans Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré !) et que certains gags tombent sérieusement à plat.

Dark Shadows de Tim Burton

Mais la vraie réussite du film réside dans son casting absolument parfait. Johnny Depp réussit à rendre son personnage de vampire tragique à la fois hilarant et attachant, malgré un maquillage assez ridicule. C’est un vrai bonheur de retrouver la toujours sublime Michelle Pfeiffer en mère de famille combattive, même si elle est un peu sous-exploitée, ainsi que Jackie Earle Haley et Helena Bonham Carter. Même la jeune génération s’en tire plutôt bien, notamment Chloe Grace Moretz (Kick-Ass) en adolescente rebelle, et Gulliver McGrath en jeune garçon troublé. Mais la vraie « révélation » du film reste Eva Green, juste démentielle en sorcière amoureuse éconduite par l’homme qu’elle désire. La comédienne bouffe l’écran à chacune de ses apparitions, sensuelle et vénéneuse, sexy et hilarante. Une vraie surprise pour une actrice qu’on a plus l’habitude de voir dans des rôles « sages ». Et enfin, au rang des cameos réjouissants, on notera la présence de l’immortel Christopher Lee et du rocker légendaire Alice Cooper.

Au final, le pari de Dark Shadows de réconcilier Burton avec ses fans de la première heure est presque réussi. Certes le film fait tout pour brosser ceux-ci dans le sens du poil, mais il manque ce supplément d’âme qui faisait des premiers films du réalisateur des œuvres mémorables. La faute à un trop plein de personnages et de sous-intrigues qui empêche de réellement se sentir impliqué. Un retour par la petite porte donc, mais qui laisse espérer que Burton va enfin se rappeler son génie passé et revenir sérieusement aux affaires…

Note : 6/10

USA, 2012
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Seth Grahame-Smith
Avec : Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer, Chloe Grace Moretz, Helena Bonham Carter, Jcakie Earle Haley, Johnny Lee Miller, Christopher Lee, Alice Cooper


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