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Les lumières de septembre

Par Irreguliere

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La légende, si tu veux l'appeler comme ça, veut qu'une nuit, à la fin de l'été, pendant le bal déguisé du village, les gens ont vu une femme masquée monter sur un voilier et prendre la mer. Certains racontent qu'elle allait à un rendez-vous secret avec son amant sur l'ilôt du phare ; d'autres qu'elle fuyait un crime inavouable... En réalité, toutes les explications sont bonnes, car personne n'a jamais su qui elle était. Son visage était invisible sous le masque. Mais, pendant qu'elle traversait la baie, une terrible tempête s'est subitement déchaînée et a entraîné le bateau vers les rochers, où il s'est fracassé. La femme mystérieuse et sans visage s'est noyée, ou du moins personne n'a retrouvé son corps. Depuis lors, on dit que, dans les derniers jours d'été, à la tombée de la nuit, on peut voir des lumières sur l'île...

Je n'aurai pas résisté très longtemps à l'appel de ce dernier tome de la triologie de jeunesse de Zafón, dont les deux premiers étaient Le Prince de la brume et Le Palais de Minuit. Il faut dire que j'adhère totalement à l'univers inquiétant de l'auteur, et que je sais d'avance qu'avec ses livres, je vais passer un moment en apnée, hors du monde réel si banal. Alors, comment résister ?

Lorsqu'il meurt en 1936, Armand Sauvelle laisse sa famille criblée de dette. Après une année noire, Simone, sa femme, et les deux enfants, Irène et Dorian, quittent Paris pour la Normandie, où Simone a trouvé un emploi au domaine de Cravenmoore, appartenant au fabriquant de jouets Lazare Yann. Cravenmoore, vaste demeure bizarre et mystérieuse, est peuplée d'automates. Bien vite, des faits inquiétants commencent à se produire...

On pourrait presque croire que Zafón écrit toujours le même roman, en tout cas en ce qui concerne ses oeuvres pour la jeunesse : structures narratives très similaires, avec un prologue qui prend place des années après les événements suivi d'une analepse, héros adolescents relativement proches, thèmes obsédants et récurrents, notamment celui des lieux qui recèlent un mystère. Ici, en outre, on retrouve le motif des marionnettes, également présent dans Marina (qui a été écrit après, et non l'inverse). Ouvrir un roman de Zafón c'est donc un peu, à chaque fois, comme retrouver un ami. Mais c'est aussi, à chaque fois, une nouvelle rencontre, une nouvelle ambiance, de nouvelles légendes obscures. A chaque fois, un nouvel étonnement, et avec ce roman il me semble qu'il y a une nette progression par rapport au deux précédents, comme s'il faisait le lien entre les oeuvres de jeunesse et la duologie L'ombre du vent  puis Le jeu de l'ange : plus riche, plus abouti, il exploite avec brio les thèmes emblématiques du roman gothique, le pacte avec le Démon, le Double... pour leur donner une portée morale particulièrement intéressante. Certains passages sont réellement terrifiants. Et puis il y a l'amour, qui a ici une place centrale et qui là encore me semble traité avec beaucoup plus de profondeur que dans les deux romans précédents, et pour toutes ces raisons, ce roman est mon préféré dans la triologie (et il peut se lire de manière totalement indépendante, pas besoin de lire les autres !).

Par contre je vais tout de même finir sur une note négative, qui n'est pas liée à Zafón mais à l'éditeur, et plus particulièrement la personne, sans doute toujours la même, qui rédige avec une incompétence rare les quatrièmes de couverture. Enfin je ne sais pas si chez Robert Laffont ils font faire ça à des stagiaires, ou je ne sais pas à qui d'ailleurs, mais à chaque roman de Zafón que je lis, je remarque les deux mêmes défauts : des spoilers et des erreurs concernant l'intrigue, qui donnent la nette impression que le roman n'a pas été lu. Et vraiment, ça m'agace très très fort !!!!

Les Lumières de Septembre

Carlos Ruiz ZAFÓN

Robert Laffont, 2012


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