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[anthologie permanente] Véronique Vassiliou (Action poétique)

Par Florence Trocmé

La revue Action poétique cesse sa parution après soixante-deux ans (1950-2012) sur un fort et beau numéro, avec un DVD Rom qui comprend la collection complète de 1950 à 1922. Initiative que l’on doit célébrer. Il va être passionnant de pouvoir se replonger dans le passé de cette revue mythique, dont il faut souligner notamment l’ouverture sur les poésies étrangères de tous les pays du monde. 
Pendant quelques jours Poezibao a puisé dans cette mine pour l’anthologie permanente.  
Voici après un inédit d’Emmanuel Hocquard, et un second extrait, de Paul Louis Rossi, puis le début d’une contribution de Joseph Julien Guglielmi, un dernier choix dans ce numéro si riche, un extrait d’un texte de Véronique Vassiliou, « Échantillons ». 
 
 
Ma première chemise, c’est ma mythologie. À vrai dire, je me moque de ma première chemise mais pas de mon premier soutien-gorge. Un Rosy, rose crème. 
On tire un fil rouge, hop, ensuite un fil vert, hop. C’est fascinant, un écheveau. Ma grand-mère gardait les restes de fils qui s’aggloméraient les uns aux autres pour composer une sorte de pelote multicolore, ronde et souple. C’est une histoire en écheveau. Longtemps, je n’ai pas compris le mystère de cette composition. 
Un rouge orange en écho au jaune présent dans l’orange. Le vert s’accorde au bleu, il a du bleu dans le vert. Un peu de jaune en motif renverra au jaune de vert. Si l’on ajoute de l’orange, le rouge ira de soi. Le jaune de l’ensemble. Le violet rehausse le tout, c’est à cause du rouge. Selon le rouge, le noir mettra tout en relief. Finalement, toutes les couleurs vont bien ensemble
Les motifs et les formes ne sont pas au second plan. C’est un drôle de paysage. C’est une nature vivante mais un peu morte aussi. Selon l’angle de vue la perspective change. L’angle de vue est de profil, de face, de dos 
En ville les couleurs sont sur les vêtements, les voitures, les publications et les façades : observations
J’ai une jupe qui réunit presque toutes les couleurs. Elle est ample, en soie. Aujourd’hui je la portais avec un pull en ton brun chocolat, à manches mi-rondes et encolure arrondie. J’avais un collier en feuilles d’argent et je portais des petits escarpins à brides couleur orange saumoné. Pour ne pas avoir froid, j’avais mon petit blouson en cuir noir sans col, acheté sur le marché. J’avais mon sac blanc grisé. Je portais le printemps. De la nature.  
Quelques trouées : à Paris, la semaine dernière, j’ai trouvé une veste en velours noir dévoré. Des pois en dévorent le velours. Ce qui la singularise, c’est son col d’hirondelle. Elle est très souple.  C’est une veste d’hiver et c’est le printemps. Les hirondelles viennent d’arriver. Leurs cris stridents traversent le ciel. Un col d’hirondelle permet-il de passer au printemps ?  
Chaque saison est un printemps. Les vêtements changent de saison.   
 
Véronique Vassiliou, « Échantillons » (extraits) in Action poétique, dernier numéro, « L’intégrale », p. 138. 
 
Véronique Vassiliou dans Poezibao : 
bio-bibliographie, le + et le – de la gravité, une recension par Anne Malaprade, extrait 1 


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