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Emel Mathlouthi – Ma Lkit

Publié le 29 mai 2012 par Bullesonore

Biographie

Tout commence dans sa cité de la banlieue de Tunis, Emel a des rêves d’art… et des études aux antipodes : archi, maths, ingénieur. C’est plutôt le rock qui la tente, à l’époque (début des années 2000), pas question pour elle de chanter en arabe. Avec son groupe de fac, elle fraie avec le gothique (!). Elle trippe aussi Pink Floyd, est fascinée par Dylan et s’entiche de Joan Baez. Tandis qu’à la maison, elle se nourrit de classique, de jazz et de… Cheikh Imam, le troubadour protest singer égyptien.

En 2005, ses amis l’incitent à reprendre le chantre palestinien Marcel Khalifé, du coup elle met en musique le poète Mahmoud Darwish et commence à écrire ses textes. En arabe : Palestine, droits de l’homme chez elle, dans une Tunisie sous surveillance mais pas silencieuse pour autant, la voix d’Emel porte, elle monte son groupe et se produit à El Teatro, emblématique lieu alternatif toléré mais commence à souffrir d’intimidations, on la menace d’interdiction vu ses activités dans les syndicats étudiants. Elle n’a pas accès à la radio ou la télé d’Etat mais est lauréate du concours RMC Moyen Orient 2006, et c’est en Jordanie qu’elle chante pour la première fois toutes ses compositions en arabe.

La voilà parisienne en 2007, elle se forge un répertoire, principalement en arabe, elle se perfectionne au Studio Cité des Arts et s’attaque à un premier disque, un mini album autoproduit avec violoncelle. Grâce à Culture France, elle court le monde, Equateur, Georgie, Yemen et… Paris, où RFI la programme pour son plateau annuel à la Fête de la Musique avec, excusez du peu, Yaël Naïm, Asa et Hindi Zahra ! Pendant que sa video live de “Kelmti Hora” tournée à la Bastille court sur le net dans une Tunisie où couve la révolte, elle collabore au groupe dub rock Meï Teï Shô, rencontre aussi bien Tricky que CharlElie Couture. Elle se fait remarquer dans de petits lieux parisiens (Entrepôt, French K-wa), sur les scènes des festivals Digital Bled à Paris et Les Suds à Arles. Surtout, elle se forge un répertoire qu’elle affûte en vue d’un vrai premier album.

L’album

“Kelmti Hora”, ce sont dix perles principalement en arabe (tunisien et littéraire), avec escapades en français et en anglais, produites par Emel elle-même, une gageure pour un premier opus. Elle l’a construit et fignolé avec la complicité d’une bande de musiciens qu’elle a soigneusement choisi pour chaque titre.

Des chansons largement inspirées de moments clé de sa vie et du monde, avec un art consommé de sublimer les tourments, de grimer les souffrances en rêves. Mur de voix (elle en a empilé jusqu’à quatre vingts !), déferlantes de cordes entre mélopées orientales et pizzicati du classique d’ici, foultitude de percussions saupoudrées à l’infini, tout cela avec une mise en sons futuriste, voici le disque d’une irrépressible bâtisseuse. Sur la fange des turpitudes pousse, obstinément, le jasmin.

Emel Mathlouthi, tempérament incandescent, en est une voix majeure et singulière. Un életrochoc de Tunisie (et de Paris) pour le reste du monde.

Klemti horra

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