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[Critique] RED STATE

Par Onrembobine @OnRembobinefr

Titre original : Red State

Note:

★
★
★
½
☆

Origine : États-Unis
Réalisateur : Kevin Smith
Distribution : John Goodman, Michael Angarano, Melissa Leo, Nicholas Braun, Anna Gunn, Deborah Aquila, Ronnie Connell, Kaylee Defer, Joey Fugueroa, Michael Parks…
Genre : Horreur/Thriller
Date de sortie : 5 juin 2012 (DTV)

Le Pitch :
Dans le Midwest américain, trois adolescents répondent à une annonce leur promettant des rapports sexuels débridés. Excités comme pas deux, les trois amis ne se doutent pas qu’ils s’apprêtent à tomber dans le piège tendu par une secte d’extrémistes religieux. Un groupuscule dirigé par un redoutable gourou. Un meurtrier prêt à tout pour protéger les siens d’un monde qu’il considère définitivement perdu…


La Critique :
Kevin Smith est un type étrange. Principalement connu pour avoir écrit et réalisé en 1994 la comédie culte Clerks, Smith a ensuite persévéré dans la même veine, à savoir la gaudriole vindicative, positivement bavarde et ouvertement vulgaire. Auteur de comics, acteur (il joue notamment le rôle de Silent Bob, l’un de ses personnages fétiches qui apparaît dans Clerks ou encore Dogma), le cinéaste a aussi largement cultivé le navet, comme en témoigne la présence de Top Cops dans sa filmographie, ou encore le mélo avec le sympathique Père et Fille. Top Cops justement, qui met une jolie claque à la réputation de Smith qui décide de contre-attaquer. Le résultat de cette contre-attaque sonne comme un gros doigt d’honneur et s’apparente à un grand coup de pompe dans la fourmilière yankee. Car Red State n’a pas grand chose à voir avec les précédents longs-métrages de Kevin Smith. Red State s’attaque au fanatisme religieux, au sectarisme et au système judiciaire américain qui apparait ici telle une hydre à plusieurs têtes pour le moins insaisissable.

Vindicatif, Smith l’est ici plus que jamais. Drôle, il ne l’est plus du tout. Du moins pas de la même façon qu’avant. Son dernier film tape fort et dur. Choquant à plus d’un titre, il convoque les fantômes des pages les plus sombres de l’histoire des États-Unis, comme le siège de la secte de Waco ou encore les crimes perpétrés par la « famille » de Charles Manson. Mais plus que tout, Smith attaque frontalement le pasteur Fred Phelps, principalement et tristement populaire pour ses prises de positions extrémistes et homophobes qui le conduisirent à se porter à la tête du mouvement God hates fags (Dieu déteste les pédés).

Le personnage du pasteur et chef de la secte (incarné par l’excellent Michael Parks) dans Red State est donc censé représenter Fred Phelps. Un gars complètement timbré. Un fou de Dieu qui n’hésite pas à combattre ce qu’il considère comme le mal, par une violence rageuse et démesurée. Entouré de ses fidèles, il défie le monde et l’Amérique qu’il considère gangrénée. La fin est proche et elle justifie les moyens. Cloitrés dans une ferme isolée, les membres du groupuscule se considèrent comme les seules personnes clairvoyantes et attendent patiemment la fin du monde, qui -on s’en doute car c’est toujours le cas dans les situations comme celle-ci- est proche.

Red State est donc un film engagé. Après la farce policière Top Cops, Smith sort les armes et vient titiller une question brûlante pour un pays qui compte encore aujourd’hui un grand nombre de mouvements religieux extrémistes. Et tant qu’à faire, c’est l’administration Bush qui est visée. Une administration qui semblait ignorer la séparation de l’église et de l’état. Et le départ de Bush n’amoindrit en rien le propos car les élections qui se profilent à l’heure où je vous parle, tendent à souligner l’omniprésence inquiétante de Mitt Romney, le candidat à la présidentielle mormont. Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes comme dirait l’autre…

Dans sa charge héroïque, Kevin Smith n’est pas très fin. Aveuglé par sa volonté de marquer les esprits, il opte pour une approche bourrine assez surprenante. Bon point en ce qui concerne le rythme du film qui est très soutenu. Mauvais point pour la pertinence. Red State commence comme un slasher traditionnel et se termine comme un film d’action mystique. Le mélange des genres est une chose périlleuse et Smith fonce dans le tas avec la délicatesse d’un tank russe. Il ne fait jamais marche arrière, ne se soucie guère de ses personnages secondaires qu’il envoie à l’abattoir sans aucun état d’âme et fait parler la poudre.

Surprenant. Le mot convient à merveille. On ne tarde pas à comprendre que Red State n’est pas vraiment un film comme les autres, même si au fond on peut aussi le considérer comme un collage un peu vulgaire de plusieurs clichés. Le truc, c’est que Smith ne perd jamais de vue sa hargne, qu’il injecte dans la moindre ligne de dialogue et dans les déferlements gores et sadiques.

On sent bien le mec, l’écume aux lèvres qui a voulu envoyer du lourd. Red State manque en cela d’un peu de cohérence. Heureusement porté par le duel entre les personnages de John Goodman (parfait en flic pris en tenaille entre son boulot et son administration) et de Michael Parks, le long-métrage tape néanmoins juste plus souvent qu’il ne trébuche. On peut ne pas accrocher mais il est difficile de ne pas souligner la puissance de certaines séquences. L’occasion de vérifier d’ailleurs l’aisance avec laquelle Kevin Smith orchestre le chaos. Smith a plus d’un tour dans son sac et ne cesse d’agir comme le sale gosse du cinéma indépendant américain. Son dernier pamphlet est parfois choquant, assez bancal et sincère. Il secoue et au fond, si on prend en compte que c’est bien ce que cherchait son auteur, c’est le principal.

@ Gilles Rolland

[Critique] RED STATE
Crédits photos : The Harvey Boys


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