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I Do Not Love l’interview

Publié le 06 juin 2012 par Hartzine

I Do Not Love l’interview

Dans ce monde virtuel d’instantanéité où le post du jour dévore celui de la veille, seul est capable de vous faire subitement oublier le plaisir éphémère du beaucoup pour l’amour de l’important le surgissement messianique de l’improbable, autrement connu sous le nom de celui qu’on attendait plus. Une nuit, rattrapé comme il se doit par cette fâcheuse boulimie de nouveauté, vagabondant de liens en liens à la recherche d’un je ne sais quel apaisement, se détacha du reste du monde la splendeur d’une musique dont je ne connaissais encore pas le nom.
Il en va donc de ces moments comme les rencontres amoureuses où soudainement le manque se fait moins prégnant, l’envie de passer à autre chose moins pesante, où la réalité n’est plus tout à fait la même qu’avant. Je ne saurais reconnaître aujourd’hui les raisons obscures qui m’ont amené jusqu’à elle, seulement depuis je n’ai de cesse d’y revenir, mes histoires quotidiennes devenant les titres obscurs de cette musique.
Les morceaux de Grogory Carl Miller -  qu’il compose en douce dans une pièce exiguë d’étudiant sous le nom fascinant d’I Do Not Love – sont devenus les amis et les confidents de ma solitude et je n’aurai pourtant jamais imaginé que le plus infime devienne le plus grand, qu’un jeune homme frêle d’à peine 20 ans, à la discographie tout aussi mince puisse un jour jeter un voile d’ignorance, aussi léger soit-il, sur mes icônes d’antan. C’est bien là, dans la subjectivité de l’évidence, que réside le mystère du goût. Ceci n’a rien à voir avec une quelconque  histoire de technicité, cela n’est ni une  affaire de moyens ou de label mais merci quand même.  Il s’agit juste d’un rencontre fortuite lors d’un moment opportun, sobrement ou naïvement intitulé  parce que c’était lui, parce que c’était moi.
Cependant, de la même manière que je ne jugerai jamais vos affinités électives aussi contrastées soient-elles des miennes, pardonnez-moi ces élucubrations et lisez l’interview qui suit, puis étonnez-vous et écoutez.

Peux-tu nous raconteur la genèse de ce nom de scène I do not love? Ça à un quelconque rapport avec le poeme de Neruda « I do not love you as if you were salt-rose, or topaz, or the arrow of carnations the fire shoots off. I love you as certain dark things are to be loved, in secret, between the shadow and the soul. » ?
How did you come up with your stage name I Do Not Love? Is it related to this poem by Neruda:  »I do not love you as if you were salt-rose, or topaz, or the arrow of carnations the fire shoots off. I love you as certain dark things are to be loved, in secret, between the shadow and the soul. »

Même si cette hypothèse est très flatteuse, et en fait assez appropriée, ce n’est pas le cas; je ne suis pas si intellectuel que ça. Le nom de I do  Not Love m’a été suggéré par un ami, Wintermoths. J’avais passé tout l’hiver de 2009 à écrire comme un dingue, dans l’espoir de parvenir à nouveau à communiquer avec une ex petite amie (situation qui, bizarrement, était aussi à la base de Worship). Je voulais qu’elle et ses amis entendent ce que j’avais à dire, mais comme je savais qu’ils rejetteraient tout ce qui aurait pu être fait sous mon pseudonyme, j’ai décidé de mettre de côté mon ancien projet pour faire peau neuve, en commençant par une « battle of the bands » organisée par une école.

Quand je lui ai raconté mon histoire, cet ami me donna l’idée de participer sous le nom de I do not love you, I love what I thought that you were. J’ai ensuite juste raccourci le nom et j’ai envoyé une lettre de motivation au comité qui organisait le battle of the bands, en précisant bien de ne surtout pas mentionner mon véritable nom (Gregory Carl Miller). Alors, bien sûr, c’est justement ce qu’ils ont fait: mon véritable nom fut inclus dans tous les emails de la programmation du concours.
Cela va sans dire que je n’ai pas remporté le concours, et que tout le monde a déserté les lieux dès que j’ai commencé à jouer.

Though your hypothesis is quite flattering, and surprisingly appropriate, it is false; I am not nearly so intellectual. The name I do Not Love was inspired by the suggestion of a friend, Wintermoths. I had been writing furiously at the time, the winter of 2009, in the hopes of communicating with the other half of a recently ended relationship (which funnily enough, was also the goal of  Worship). I wanted for her, her friends, to hear what I had to say, but knowing that they would reject and ignore anything done under my previous pseudonym, I decided to cut my ties with my past project and begin anew in conjunction with a school organized battle of the bands.
My friend told me, when discussing the circumstances, to perform as I do not love you, I love what I thought that you were. I truncated this name, and submitted my letter of interest to the organizing committee with the specific instructions to not include my proper name (Gregory Carl Miller). Naturally, this, my proper name, is what they included, solely, when distributing emails of the event’s lineup.
Needless to say, I did not win the battle of the bands, and the intended audience left as soon as I began to play.

Ce qui me frappe de prime abord en t’écoutant c’est la gravité de ta voix, ce sentiment que tu chantes depuis les entrailles de la terre, perdu au font d’un cratère de je ne sais quel volcan éteint? Plus sérieusement,ton chant dans l’approche que tu en as ressemble beaucoup que au travail que John Mauss réalise sur sa voix (grave, raisonnante, religiosieuse) Peux-tu nous en dire plus sur ce choix?
What really strikes me first of all when i listen to your music, is how deep/solemn your voice sounds, as if you were singing from the insides of the Earth, lost inside some crater. More seriously though, your vocals are a bit similar to the kind of stuff produced by John Maus (deep, echoey, religious). Could you tell us a bit more about your vocal style?

On me pose souvent cette question, notamment car le son de ma voix quand je parle est bien moins plaisant. Je pense qu’avoir une tonalité de voix basse est assez adapté aux émotions présentes dans les morceaux; certains sons peuvent plus facilement exprimer certaines émotions, et je ne souhaite rien de plus que d’être compris et apprécié pour ce que je fais.
Toutes considérations esthétiques mises à part, je choisis de chanter dans une tonalité différente de ma voix de tous les jours, pour créer un décalage nécessaire et mystique. Cela permet aussi une liberté qui ne serait pas possible autrement. J’aimerais qu’on me donne une chance, qu’on essaie de me connaître. Et je crois – en rapport avec ce que je décrivais précédemment par exemple – qu’on n’écoutera pas ma musique et qu’on ne me prendra pas au sérieux si l’on se fie aux idées préconçues à mon propos.
Bien entendu, j’essaie de modérer, d’équilibrer, en optant parfois pour des tonalités plus naturelles, allant jusqu’à la simple parole (Side B of both death and WORSHIP). Je donne beaucoup d’importance à la sincérité à l’état pur. Je me révèle de façon authentique et je dois avoir plusieurs cordes à mon arc pour ce faire.

I am asked this question with some frequency, particularly because my speaking voice is noticeably less pleasant. I think that a lower tone lends itself to the emotional content expressed; certain sounds do better at expressing certain feelings, and I want nothing more than to be understood and appreciated.
Aside from aesthetics, the choice to generally sing in a way that is different from my speaking voice also allows for a necessary amount of disconnect and mystique, it allows for an otherwise unavailable degree of freedom. I would like for people to give me a chance, to know me, and I think, particularly in the case described in the previous question, that people will not listen, or take me seriously if they begin with misinformed preconceived notions about my being.  
So, of course, I temper, or try to balance the use of differentiation with more natural tones, even flat speaking (Side B of both death and WORSHIP.), for I do value raw honesty. I want to expose myself, in a real way, and therefore must use a variety of tools to do so.

I Do Not Love l’interview

A l’inverse ta musique est quant à elle souvent lumineuse, atmosphérique et se complait parfois dans les aigues…? Cette opposition  est-elle recherchée et volontaire, nous dit-elle aussi quelque chose sur ta manière d’être au monde?
On the other hand, your music is very often luminous, atmospherical, with sometimes very high notes…Did you mean for this clash of music vs vocals to happen? Is this supposed to tell us something about how you relate to the world in general?

Ma musique est vraiment mauvaise; je suis vraiment mauvais.

My music is terrible; I am terrible.

D’ailleurs comment composes-tu? De façon casanière, la nuit seule dans ta chambre d’étudiant…, en suivant certains rituels…?
How do you write anyway? At night in your student flat? Do you have any rituals?

La manière dont je compose est franchement risible. Je ne parviens presque jamais à écrire ce que je voulais faire à la base, et ça ne sonne jamais bien. J’aimerais vraiment pouvoir traduire ce que je ressens, dire les choses comme je veux les dire, mais j’en suis incapable. Composer est pour moi une lutte, parce que tout est difficile et je suis dénué de talent.

My writing process is a joke. I almost never write what I would like to, and what I write always sounds terrible. I wish that I could convey what I feel, I wish that I could say the things that I am trying to say, but find myself hopelessly unable to. Writing is a struggle, because everything is a struggle, and I am talentless.

Qu’est ce qui t’inspire le plus et finalement quels sont les sujets que tu aimes traités à travers ta musique?
What inspires you the most? What are the themes you like to talk about throughout your music?

Rien ne m’inspire, tout est sans espoir. J’écris surtout à propos du désespoir, le côté vain des choses, la déchéance et l’amour. J’ai toujours espéré tomber amoureux un jour et être heureux, mais au fur et à mesure que le temps passe, je me surprends à trouver toutes ces choses de plus en plus furtives, voire impossibles. J’aime parler de ce que je veux, et de ce que je n’ai pas: un but, le sens de la vie, le bonheur, et l’amour.

I find nothing inspirational, all life is hopeless; I tend to write about hopelessness, despair, loss and romance. I have always wanted to fall in love, to be happy, yet as time progresses, I find these things growing more and more elusive, more impossible. I like to talk about what I want, and what I do not have: purpose, meaning, happiness and love.

I Do Not Love l’interview

Les clips qui accompagnent tes chansons sont tous réalisés par tes soins et dans lesquels tu te mets d’ailleurs toujours en scène, dans ta chambre sur for Johanna, sur un vélo lors d’une balade en campagne sur Selfish… c’est une façon de nous dire que tu es le propre héros de tes chansons?
You direct all the videos for your songs, and you always appear in them: in your room on For Joanna, on a bike in the country on Selfish…Is this a way to let us know you are the actual hero of your songs?

Je t’assure que je ne me prends en aucun cas pour un héros. Par contre, même si j’ai un peu honte de l’avouer, je me prends souvent pour la victime. Mais, sache qu’en vrai, je ne suis pas victime, et les douleurs que je ressens, je me les inflige à moi-même, la plupart du temps, ou je les imagine. Quel sale con je fais.
Je me mets en scène dans mes proposer vidéos par ce que je souhaite montré au monde ce que suis véritablement. Il serait stupide dans ces conditions de mettre en scène quelqu’un d’autre agisse à ma place, ou d’utiliser l’art des autres pour représenter mes sentiments. Dans les deux cas, quelqu’un, ou quelque chose, est marginalisée.

I can assure you that I do not consider myself a hero by any stretch of the imagination. I, although I am ashamed to admit it, do sometimes feel as though I am a victim. But please know this: I am not a victim, and any suffering that I feel is largely self-inflicted, self-imposed, or entirely imagined. I am an ass.
I like to ~*star*~ in my music videos because I would like to show that these are very personal. It would be silly to have somebody else act in my place, or use their art to represent my feelings. In either case, someone, or something, is marginalized.

La musique est-elle pour toi un exutoire, un amusement, une chose sérieuse et par-là même qu’elle définition donnerais-tu de la musique en générales?
Is music a cathartic outlet, a hobby, or should it be taken seriously? How would you define music in general?

Je répondrais à cette question en me basant exclusivement sur mon expérience avec I Do Not Love, parce que je pense que la musique peut être tout ce que l’on veut bien en faire. Ceci dit, pour ce projet, la musique en tant qu’art donne les moyens de s’exprimer. Il y a parfois un côté cathartique à tout ça, mais le but principal est de transmettre un message. J’aimerais être pris au sérieux, être écouté. Chaque morceau est un appel à l’aide, au progrès. D’une certaine façon, toute création orale est musique.

I will answer this question based exclusively on my perspective as I Do Not Love because I think that music is whatever you make it. However, for this project, music, art, is a medium for self expression. Therefore, it will have cathartic qualities at times, but its main purpose is to convey meaning. I wish to be taken seriously, listened to. Every song is a plea, a cry for improvement, for aid. In a broader sense, music is any aural creation.

Le passage obligé des influences artistiques, désolé. Lesquelles sont-elles?
And now…The regulatory question about your artistic influences…Sorry about this in advance! What are they?>

Je m’inspire de la spontanéité douce du sadcore, le désespoir atmosphérique de DSBM, l’intensité de l’indus, la violence de l’hardcore, la vivacité de la jangle pop, le côté sombre de la goth music, la profondeur du shoegaze et l’élan de l’électro.

I draw upon the soft frankness of sadcore, the atmospheric desperation of DSBM, the intensity of industrial, the violence of hardcore, the vivacity of jangle pop, the darkness of goth, the depth of shoegaze, and the drive of electro.

Ta première cassette est sortie récemment via nos amis de SVN SN RCRDS, dans quel état d’esprit as-tu composé Worship es-tu fier du travail accompli?
Our friends from SVN SNS RCRDS recently released your first cassette. How did you feel about Worship when you were writing it? Are you happy with it now?

Je ne suis pas très content de mon travail sur WORSHIP, et je ne pense pas que ça puisse changer. Écrire cet album a été très difficile pour moi. Tous mes albums sont mauvais. J’espère que je n’ai pas déçu  SVN SNS RCRDS, ils ont été géniaux avec moi.

I am not happy with WORSHIP, but do not think that I could not ever be. I felt terrible writing it. None of my releases are good. I hope that I have not let SVN SNS RCRDS down, for they have been absolutely wonderful to me.

La scène s’est une chose que tu aimes?
Do you like playing on stage?

J’aime beaucoup jouer sur scène, même si peu de gens m’y invite. Je joue une fois tous les 2-3 mois, en général dans la maison d’un pote. J’espère que je pourrais bientôt jouer de façon plus régulière, et d’ailleurs, si ça intéresse quelqu’un, il n’y a qu’à me demander.

I am very fond of performing, though very few people enjoy having me. I play once every few months, usually in a friend’s home. I hope to change this irregularity and if anybody would ever like for me to play, they only need to ask.

Any future projects/plans?

Je suis en train de terminer un EP, un split EP avec VHS et un nouvel LP. Tout ça est aux 3/4 fini. Je suis également en train d’organiser une tournée fin juin. Je suis persuadé que rien de tout cela n’aboutira, alors j’aurais peut-être dû tout simplement répondre: Non, aucun.

I am finishing an ep, a split VHS ep, and a new lp. All of these projects are about 3/4 complete. Also, I am beginning to arrange a tour for the end of June. I am sure that nothing will come of any of this, so a simpler answer would have been « no ».

Traduction : Simone Appocalypse

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