Magazine Beaux Arts

Delvoye baroque au Louvre (à part le suppo…)

Publié le 08 juin 2012 par Marc Lenot
Delvoye baroque au Louvre (à part le suppo…)

Wim Delvoye, trois cochons en tapis de soie indienne (tapisdermie), 2010

Je n'étais pas allé dans les appartements de Napoléon III au Louvre depuis une éternité : pas vraiment mon style, ni ma période. Quand j'avais une heure libre au Louvre, ce

Delvoye baroque au Louvre (à part le suppo…)

Wim Delvoye, Trophy, 2010

n'était pas là que me guidaient mes désirs. Je viens d'y retourner il y a quelques jours, y discernant du coin de l'oeil des pièces incongrues, parfois ne les voyant pas au premier passage tant elles se fondent dans le décor : pressé, je ne les avais d'abord pas discernées, ainsi ces trois petits cochons du plus bel effet se confondant avec les fauteuils au milieu du salon (ils se nomment Mughal Jail, Mashed et Kashan), ou ce cerf étincelant besognant sa biche en position du missionnaire sur un guéridon (et qui brille tant qu'on est quasi incapable de le regarder, le poli marquant l'interdiction), et ce n'est qu'au second regard que je réalisais que quelque chose perturbait l'harmonie de ma vision.

Delvoye baroque au Louvre (à part le suppo…)

Wim Delvoye, Daphnis & Chloë (Clockwise), 2009

Non point tant l'harmonie d'ailleurs, car Wim Delvoye (comme en son temps, Jan Fabre) s'est imprégné de l'esprit des lieux (jusqu'au 17 septembre) et a su réaliser des pièces qui s'y intègrent tout en conservant leur dimension provocatrice. Certes, c'est de l'art plutôt décoratif, multiple et polyvalent, aux antipodes de l'art conceptuel que Delvoye déteste, mais c'est aussi un travail ancré dans une culture classique dont lui-même est aussi imprégné. La Daphnis et Chloé contournée, déformée, torsadée qui miroite dans l'embrasure de la fenêtre remonte à la folie baroque de Bernin et reprend aussi les formes de l'anamorphose et du Rorschach : on peut s'y mirer mais notre image elle-même est emportée dans la tourmente.

Delvoye baroque au Louvre (à part le suppo…)

Wim Delvoye, Moebius, 2011

La majestueuse salle à manger impériale est ornée d'un surtout de huit petites sculptures : l'approche en est interdite par des barrières, mais, se penchant, se tordant le cou, on distingue des crucifix tordus sur eux-mêmes, en cercles et rubans de Moebius infinis, tout comme Dieu : il manque deux doigts à la main gauche du Christ souffrant, car c'est ainsi que Delvoye découvrit son premier Christ dans l'appartement parental.

Delvoye baroque au Louvre (à part le suppo…)

Wim Delvoye et Tim

Ce jour-là, aux pieds de l'impératrice en majesté, on ne pouvait manquer Tim, qui a fait don de son corps (ou en tout cas de sa peau) à l'art, oeuvre delvoyenne ambulante, manifestation ultime de la fusion de l'art et de la vie. L'artiste a franchi les barrières pour s'installer à côté de lui : photos prévisibles. Un peu plus loin (au dos du Morellet), un vitrail.

Plus loin, hors des appartements impériaux, dans la salle Anne de Bretagne, une chapelle écorchée, jeu de meccano de dentelle d'acier ornée de petits vitraux, art gothique domestiqué, au travail régulier bien visible, mais vide intérieur : en écho (par exemple dans la vitrine au fond) des monstrances et des reliquaires en métal, de même facture, mais dont le vide est habité par les saintes reliques ou les hosties consacrées qui y furent préservées et adorées.

Delvoye baroque au Louvre (à part le suppo…)

Wim Delvoye, Chapelle, 2007, détail

Delvoye baroque au Louvre (à part le suppo…)

Wim Delvoye, Suppo, 2010

La pièce la plus visible et la plus spectaculaire n'est hélas pas la meilleure de cette exposition, par ailleurs remarquable. Ce suppo d'acier (c'est son nom, hélas, de l'auteur de Cloaca) sous la pyramide (jusqu'au 3 décembre) est impressionnant (et tous les Chinois se font photographier là, bien sûr), mais un peu trop convenu : après Tony Cragg, Delvoye, là, ayant voulu faire trop plaisant, ne fait pas le poids. Dommage, le reste est si bien.

Photos 1, 3 & 4 courtoisie du Louvre; photos 2, 5, 6 & 7 de l'auteur. (c) Wim Delvoye, Adagp. Les photos des oeuvres seront ôtées du site à la fin de l'exposition.

Remarquable double catalogue, sur le modèle des albums de Jules Vernes, aux éditions belges Mercator.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Marc Lenot 482 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte