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Natalité : les Françaises n’ont pas le baby-blues

Publié le 12 juin 2012 par Delits

Ne vous fiez pas aux apparences, l’été pointe à l’horizon. Outre le soleil et la mer, nous attendons aussi la plus grosse fournée de naissances de l’année, juillet et août étant les deux mois les plus intenses dans les maternités.

Ces dernières années, environ 830 000 enfants naissent tous les ans en France (métropolitaine + outre-mer). Ce chiffre, exceptionnellement élevé, est le plus important d’Europe. Cette singularité n’est pas nouvelle. La France, depuis plusieurs siècles déjà, connaît un comportement atypique de par sa natalité. Au XVIIème siècle, elle était la « Chine de l’Europe ». Cette vitalité s’est d’ailleurs traduite politiquement : elle lui a permis de dominer l’Europe pendant près de deux siècles. Puis, les théories malthusiennes se sont répandues dans les diverses couches de la société dès la fin du XVIIIème siècle. L’abolition du droit d’aînesse dans le Code civil en 1804 a pu contribuer à rétrécir les foyers au sein des classes moyennes, dont la montée en puissance ne se démentira pas. Plus d’un siècle avant ses voisins, la France entamait sa transition démographique. Sa natalité, en baisse régulière, a atteint un niveau dramatiquement bas dans les années 1930, dans une population déjà saignée par la Première guerre mondiale. L’année 1942 a rompu avec ce déclin. La France a alors connu un renouveau démographique, bientôt amplifié à la Libération. Ce Baby-boom, particulièrement prononcé en France, a duré 30 ans.

Les Françaises à la pointe de la fécondité

Aujourd’hui, dans un Vieux continent plongé dans le déclin démographique, les Françaises se distinguent toujours des autres Européennes. Mais cette fois-ci par une fécondité nettement plus soutenue (2,01). Les comparaisons sont éloquentes : chacune a aujourd’hui en moyenne un peu plus de deux enfants contre 1,4 des Allemandes, des Italiennes ou des Espagnoles. En Europe, seules les Irlandaises en font davantage. Le décalage est tel que plus de la moitié de l’accroissement naturel européen est du seul fait de la France.

Ce « mini-Baby-boom », amorcé en 1994, puis accentué à l’orée de l’an 2000, interpelle. On a d’abord évoqué un « rattrapage technique » pour expliquer ce regain de natalité, comme aux lendemains de conflits. Les Françaises retardant leurs grossesses (le 1er enfant à 26 ans en 1977 contre 30 ans aujourd’hui), les enfants nés dans les années 2000 seraient ceux qui ne sont pas nés dans les années 90. Cette hypothèse s’essouffle car un tel rattrapage peut difficilement s’étaler sur près de 15 ans. D’autres ont expliqué que ce regain nataliste était tiré par les naissances au sein des familles issues de l’immigration, où la culture de fratries nombreuses y est plus répandue. Cette théorie doit également être écartée, le taux de natalité français hors immigration restant supérieur à celui des autres pays d’Europe. Dès lors, comment expliquer cette spécificité française ?

Natalité : les Françaises n’ont pas le baby-blues

 

Libéralisme et traditions, les deux piliers de la fécondité française

La politique familiale volontariste (crèches, école maternelle dès 3 ans, allocations familiales, quotient familial, etc.), initiée à la Libération et faisant l’objet d’un consensus politique peut représenter une clé d’explication. Cependant, nos voisins s’en sont inspirés, sans pour autant recueillir des résultats aussi satisfaisants : l’Espagne et la Russie ont ainsi établi des primes de naissance (abandonné par l’Espagne en 2010). En outre, les pays scandinaves investissent davantage que nous dans leur politique familiale sans atteindre un tel taux de natalité. Au contraire, les Etats-Unis y consacrent moins d’effort mais avec un taux de fécondité supérieur. On aurait donc tort de rechercher dans les seules incitations financières et matérielles les raisons de la fluctuation de la natalité d’un pays.

Le nombre de naissances plonge ses racines dans les tréfonds culturels du pays. Le libéralisme des mœurs et l’attachement aux traditions familiales, loin d’être contradictoires, constituent les deux mamelles alimentant le dynamisme de la natalité du pays. Ni la généralisation du travail féminin (à 80%), ni la baisse du nombre de mariages (il y en avait 65 000 par an de plus en 2000 qu’aujourd’hui) n’ont freiné la progression du taux de fécondité. La société s’est parfaitement accommodée de ces évolutions, elle accepte largement les enfants hors mariage (55% des enfants naissent désormais en dehors de l’institution) et porte un regard valorisant sur les mères arrivant à concilier vie de famille et travail. Seuls 33% des Français pensent que le travail des femmes tend à fragiliser la famille. A titre de comparaison, la mère allemande continuant à travailler sera perçue, au contraire, comme une mauvaise mère.

Par ailleurs, les Français sont très attachés à la valeur Famille. Qu’André Gide est loin ! Un sondage Ifop de mars 2012 révèle qu’une majorité de Français l’associe d’abord au bonheur (53%) puis au partage (44%) et enfin à des valeurs communes (39%). Le degré d’implication lors des fêtes de fin d’année l’illustre bien : les Français privilégient largement Noël, fête familiale, sur le Nouvel an (75% contre 25% selon BVA). Très peu de femmes n’ont pas d’enfants (seulement 10% contre 20% en Allemagne). Selon Ipsos, l’idéal du couple et de la construction d’une seule famille au cours d’une vie reste très prégnant (à 77%), notamment chez les 18-34 ans. Le modèle traditionnel, loin d’être perçu comme contraignant, demeure idéal pour les Français. Au Japon, au contraire, un nombre croissant de jeunes hommes semblent se détourner des femmes au profit du monde virtuel, ouvrant les portes à une catastrophe démographique.

L’accentuation de la crise économique, en 2008, aurait pu sonner comme le coup de semonce annonçant la fin de l’embellie. Les exemples du passé ont ressurgi. Les dépressions économiques, accompagnées de leurs cortèges d’angoisse pour l’avenir, ont laissé leurs marques sur la courbe de naissances, que ce soit dans les années 30, puis 70 et, plus récemment, en 1993. La crise de la fin des années 2010 fait exception à cette règle. Le nombre de naissances n’a jamais été aussi élevé que depuis 2008. Comme si la morosité ambiante pouvait être contrecarrée par la naissance de bébés ! Cependant, ce constat a pour limite que le système de protection sociale a protégé la majeure partie des ménages français des conséquences de la crise. Et une enventuelle nouvelle détérioration, entraînant une réelle paupérisation de la société, se traduirait certainement par une érosion de la natalité.

Une tendance insuffisante pour parer au vieillissement de la population

Si la France se distingue de ses voisins par un taux de natalité nettement supérieur, l’indice de fécondité reste toujours inférieur à 2,1 et ne permet donc pas le renouvellement des générations. En outre, il sera très difficile de voir le nombre de naissances continuer à progresser dans les années qui viennent. Le nombre de femmes en âge de procréer décroît, étant donné qu’il y a eu moins de naissances dans les années 80 que 70. A moins que l’on n’assiste à un sursaut du taux de fécondité, sur lequel il serait très hasardeux de miser dans l’état actuel. La tendance des premiers mois de 2012 n’en prend pas le chemin. Les baby-boomers voient leurs cheveux blanchir, le sommet de la pyramide se garnit et le pays reste confronté au défi majeur du vieillissement.

La loi de la démographie est souvent la plus signifiante dans l’histoire. On sait de quel poids la dénatalité française au cours du XIXème siècle a pu peser au cours des conflits de 1870, 1914 et surtout 1940. Par ailleurs, notre avenir économique et social dépend en grande partie du nombre d’enfants qui payeront demain nos retraites et maintiendront en France le niveau de vie actuel. Dès lors, l’entretien de l’esprit de famille et l’envie d’avoir des enfants constitue une tendance de société qu’il convient de pérenniser.


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