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Trois femmes : dans le gouffre de la psyché féminine

Par Cineblogywood @Cineblogywood
En salles : Si Robert Altman a imposé un genre à lui tout seul – la peinture chorale des Etats-Unis, à vocation satirique et iconoclaste -, cela ne l’a pas empêché d’emprunter une voie plus secrète et onirique, afin de sonder la psyché humaine, notamment féminine. Trois femmes (Three Women, 1977) qui ressort ces jours-ci appartient à cette veine, au même titre qu'Images (1971) ou Quintet (1978). Et en constitue le point d’orgue.
Film onirique totalement unique en son genre, Trois femmes ne se compare à rien, tout juste à du Bergman. Dans la lignée d’Images, il accentue son travail formel et intimiste pour livrer un tableau onirique de la psyché féminine.
Spectacle envoûtant et onirique
Trois femmes isolées dans un motel perdu au fin fond du désert Mohave californien donnent lieu à un spectacle envoûtant et onirique, dominé par trois figures féminines, incarnations possibles de la trinité père-mère-enfant. Sissy Spacek dans son plus grand rôle de femme enfant en recherche de maternité ; Shelley Duvall, incarnation de l'archétype féminin imposé par la société de consommation – prix d’interprétation à Cannes 1977 ; Janice Rule en femme enceinte, livrée à ses démons artistiques.
D'inspiration résolument jungienne, le cinéaste s'appuie exclusivement sur des éléments aquatiques, comme pour accentuer du côté des décors la domination du féminin, le masculin ayant déserté (seules figures masculines : un médecin chef de clinique ; un tenancier d’hôtel volage, saoûl et infantile ; un père grabataire ; un bébé de sexe masculin mort-né). D'ailleurs, Docteur T and the women en 2001 en est la variation satirique et grotesque.
Au nom de la mère et de la fille
Robert Altman, se trouve là comme un poisson dans l'eau. Son utilisation du Scope renforce ainsi l’intériorité de la mise en scène (gros plans), dévoile des sentiments exacerbés par des décors à l’unisson : impersonnels, désertiques, mortifères – motels, bar dans le désert, piscine vidée, hospice – tandis que la musique atonale et répétitive vient amplifier le sentiment de solitude qui dans lequel baignent ces 3 femmes, figures gémelles d'une monde en devenir.
Car le thème de la gémellité parcourt tout le film : les deux héroïnes principales Milly et Pinkie s’appellent toutes deux Mildred – hommage à Mildred Pierce ? Leur appartement commun est fondé sur la symétrie, tandis qu'elles ne cessent de s'identifier/contre-identifier l'une à l'autre. Un processus de rapprochement qui rappelle Persona de Bergman, la comédienne devenue muette face à son infirmière beaucoup plus loquace, et dont les visages se fondent un seul, tel un tableau cubiste…
Sous le signe du 2 et du 3
Pour rendre justice à cette oeuvre protéiforme et quasi-expérimentale, il faudrait évoquer le travail du cinéaste sur la couleur – symphonie pour jaune, violet et rose ; le réseau secret qui entoure le nombre 23 ou les chiffres 2 et 3 – 23 apparitions de fresques, 23 scènes de miroirs, la gémellité, 2 femmes finalement réunies au sein d'une trinité père-mère-enfant, uniquement incarnée par des figures féminines....
Bref, vous l'aurez compris : sûrement le film le plus secret d'Altman, le plus abouti aussi au niveau de ses recherches expérimentales, et qui, à l'instar d'un Marco Ferreri période Le Futur est femme, place le réalisateur de Docteur T and the women aux côtés des deux plus grands sondeurs des gouffres de la psyché féminine : Bergman et Antonioni – pas moins !
Travis Bickle

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