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[note de lecture] "Adolescence florentine" de Cédric Le Penven, par Jacques Morin

Par Florence Trocmé

 
Le PenvenC’est la rencontre improbable entre un jeune poète d’aujourd’hui, cartésien et sans foi, et des fresques religieuses peintes par un moine dominicain, Fra Angelico, en plein XVe siècle.  
Florence sème des christs et des madones comme des géraniums  
Une fois, cette ironie, ouverte comme une protection, la fascination opère au-delà des a priori et des idées force. Cédric Le Penven situe un nouveau centre de gravitation au niveau des tripes. Si la Foi a un siège, il est à l’estomac. Les préventions philosophiques n’y feront rien. Si l’on commence à s’intéresser au sens des images bibliques, on y plonge corps et âme, esprit et écriture, et l’on est happé, au-delà de la croyance et de l’adhésion aveugle aux arcanes spirituels, tout simplement par l’art qui revêt les concepts poreux de sa fine pellicule d’or.  Je suis sûr que la Foi peut rendre un homme divin. À partir de ce seuil d’attraction et d’acceptation, on est prêt à visiter tous les édifices, et les chambres du couvent San Marco. Un chapelet de cellules où chacun dort avec son ombre. Le pli est pris, le poème se mue en commentaire des peintures, en exégèse païenne, quitte à lancer des leurres comme des fumigènes de paroles sacrilèges, pour se dédouaner. Deux axes se croisent dans ce transept mental : le ciel et le sol, la rumeur et le silence. On peut raccorder les termes deux à deux. Et l’auteur remonte à cloche-pied cette marelle. De même, dans la seconde partie, cheminant dans Florence, à la Galleria dell’Accademia, il reconnaît fraternellement « les esclaves de Michel Ange », ces sculptures inachevées, encore prisonnières de leur bloc de marbre. La vrille du buste comme / fugue impossible vers un matin calme… Et le poème devient à la fois soliloque des statues, pensée de l’amateur et dialogue entre pierre et poète On ne peut lire dans les yeux / d’un homme qui n’a pas de regard / mais deux orbites que la lumière ignore. Il y a confrontation entre l’œuvre ébauchée qui n’en finit pas de s’affranchir de sa gangue et le poème qui s’élabore mot à mot, en s’émancipant du vide et du silence. L’échange impossible entre l’aveugle minéral et le muet charnel prend tournure, libérant l’énergie séculairement contenue et le verbe instantané  Il faut recueillir les mots échappés / des rêves des statues. Pour clore, la figure de L’esclave jeune est un peu à l’inverse de celle de Cédric Le Penven, son adolescence florentine durera éternellement. L’auteur y aura échafaudé son éducation classique pour d’autres leçons esthétiques  Et si parler ne faisait que creuser la faim / je continuerais encore puisque l’absence a bon goût. 
 
[Jacques Morin] 
 
 
Cédric Le Penven, Adolescence florentine, Tarabuste, 2012, 13€ 


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