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[Critique] ALIENS, LE RETOUR

Par Onrembobine @OnRembobinefr

Titre original : Aliens

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : James Cameron
Distribution : Sigourney Weaver, Carrie Henn, Michael Biehn, Lance Henricksen, Bill Paxton, Paul Reiser, Jenette Goldstein, William Hope…
Genre : Science-fiction/Action/Horreur
Date de sortie : 8 octobre 1986

Le Pitch :
57 ans après l’expédition horrifique du vaisseau Nostromo, le Lieutenant Ellen Ripley est secourue par ses anciens employeurs, la compagnie Weyland-Yutani. La planète LV-426, là où Ripley et son ancien équipage ont découvert la créature monstrueuse pour la première fois, a été colonisée depuis des années. Mais les communications ont été interrompues. Une nouvelle expédition est envoyée, constituée d’une escouade d’élite de marines armés jusqu’aux dents. Encore traumatisée par son expérience sur le Nostromo, Ripley les accompagne. Mais ils découvrent vite qu’ils ne se sont pas préparés au pire. Car ils n’affronteront pas seulement une créature, mais des milliers, et cette fois, ils ont ramené leur mère…

Critique :
Souvent caractérisé par certains comme « Les Dents de la Mer dans l’espace », Alien était un antidote acide à la vision optimiste des univers de Star Wars et Rencontres du troisième type. Une œuvre sombre et viscérale qui racontait une histoire de science fiction froidement traditionnelle, vibrant d’une intensité effrayante et d’une intelligence fondamentale.

Aliens (avec un S): le retour est techniquement une suite au long-métrage de Ridley Scott, mais son scénario n’a pas besoin de lien connecteur pour tenir debout, et le film à lui seul fonctionne tout aussi bien comme un métrage indépendant. Toutefois, vu comme une suite, Aliens au pluriel est l’exemple de la suite parfaite : se rattachant irréfutablement aux péripéties de l’original et développant ses thèmes et ses idées, tout en prenant soin de s’en différencier. La même chose, mais pourtant entièrement différente. Aliens est l’une de ces suites rares qui (selon les avis) dépassent l’original.

Exit Scott, bienvenue James Cameron. Le bonhomme a toujours été très à l’aise dans le domaine de la science-fiction, et après les deux premiers volets de Terminator, Aliens en est la preuve primordiale. Scénariste et réalisateur du métrage, Cameron se réapproprie brillamment l’univers de Scott. De la même façon que les films influencés par Alien feront un copier-coller de ses frissons mais pas de sa réflexion, les descendants d’Aliens lui piqueront uniquement le scénario simpliste proposé par Cameron, sans sa profondeur.

Ce scénario, on le connaît bien. C’est celui que tous les plagiats traînent derrière eux comme un doudou : des monstres s’emparent d’une base, on envoie des marines pour s’occuper d’eux (de la même façon qu’on envoie des morceaux de pain dans un lac pour s’occuper des canards) et il y a inévitablement un agent militaire/d’entreprise méchant et débile qui veut exploiter les monstres pour son propre intérêt. Et plus il y a de plagiats, plus le même scénario devient de plus en plus idiot.

Ce qui n’est pas le cas avec Cameron. Lui ne se torche pas avec tout ce qu’était Alien. Il respecte l’œuvre de Scott et son monde, ainsi que le design de H.R. Giger, et les réinterprète en éléments d’un champ de bataille au lieu d’un huit-clos d’horreur. La seule chose qui change, c’est le nombre de xénomorphes. Il fusionne les genres du film de guerre et de science-fiction, et son intrigue basique devient le pitch idéal pour un film d’action : marines (plus Ripley) versus aliens (plus Maman).

Ça donne aussi l’occasion au cinéaste d’approfondir sa passion pour la technologie (ce n’est pas pour rien que Avatar réunit le « best-of » du matériel futuriste. Et Sigourney Weaver. Et des marines…) et il saisit l’occasion d’armer ses personnages jusqu’aux dents : mitrailleuses, lance-flammes, fusils d’assaut, grenades, véhicules blindés…etc. Cameron a également compris comment préserver la menace du monstre, résumant le fait à travers la fillette (adorable) prénommée Newt : on ne peut pas se battre contre un tel adversaire. On ne peut pas gagner. On peut seulement fuir.

Thématiquement, Aliens s’explique davantage sur le sujet de l’alien, sans en faire trop. Il continue principalement l’hypothèse croque-mitaine du précédent : et si une forme de vie pouvait s’adapter à la survie à un tel point, qu’elle en deviendrait une parfaite machine à tuer? Et à ce titre, peut-elle inspirer un niveau de respect Darwinien, même de la part de sa proie ? Le personnage d’Ash avait remarqué la « pureté » des créatures dans Alien et ici, même Ripley les admire, « parce qu’elles au moins ne se tuent pas entre elles pour tirer le plus gros paquet de fric ! »

En parlant de Ripley, il est clair que Cameron est fasciné par le personnage. Il pige dés le début que c’est son histoire à elle (logique, vu que tous les gens qu’elle connaissait sont morts. Curieux qu’elle n’exprime aucun regret sur ce fait, d’ailleurs). Débrouillarde et capable de bien gérer la situation pour survivre, elle voit le courage comme l’acceptation de la peur, pour faire face avec intelligence. Sigourney Weaver porte le film : presque toujours à l’écran, elle rayonne avec une prestation sympathique et pleine de conviction. Lorsque le long-métrage se termine, elle s’inscrit définitivement dans la lignée des héroïnes badass que le cinéma d’action a toujours imité depuis, mais jamais vraiment égalé.

D’ailleurs, tout le casting est impeccable. Même si l’escouade de soldats correspond plus ou moins aux archétypes classiques (la dure à cuire, le blagueur, le froussard, le douteux, le leader amoureux du protocole…), Cameron évite de les présenter ouvertement en stéréotypes. Il passe une bonne partie du film à familiariser le spectateur avec les équipiers avant que l’action commence, leur donnant assez de profondeur pour qu’ils deviennent attachants et mémorables. Michael Biehn et Jenette Goldstein s’en tirent particulièrement avec les honneurs, mais il faut également mentionner Paul Reiser, Bill Paxton (Game over, man ! Game over !), et le superbe Lance Henricksen en Bishop, l’androïde le plus connu de la saga Alien.

L’œuvre de Cameron n’a pas la même patience, ni la même élégance qu’Alien, qui reste un exemple de science-fiction qui accomplit beaucoup plus sur le plan intellectuel que ses suites. Mais le cinéaste ajoute quand même sa pierre à l’édifice, introduisant une belle connotation féministe dans son travail : une armée d’aliens (dont la tête ressemble étrangement à un phallus) contre un héros féminin, l’amour maternel entre Ripley et Newt, le grand final entre Ripley et la Reine des aliens qui se traduit essentiellement comme un combat d’instincts de parenté (avec la réplique fameuse, « Ne la touche pas, sale pute ! »). Et puisque qu’on parle de métaphores, on pourrait aussi parler de la notion du « Vietnam dans l’espace » : une armée de sauvages invisibles qui organisent des attaques furtives et des Yankees en retraite, complètement défaits par des tactiques et une mentalité qui leur est incompréhensible. De quoi se creuser les méninges, mais cela ne gêne jamais l’action.

Et pourtant, il y a quelque-chose dans Aliens qui fait hésiter. Malgré le fait que le film touche au but sur tellement de bonnes choses, il reste quelques détails incertains. Pour ce qui est de sa dernière heure, Aliens est complètement, inlassablement, douloureusement et impitoyablement intense. Cameron met en place les personnages et l’environnement, introduit les aliens, puis la guerre est déclarée. L’une après l’autre s’enchaînent des séquences violentes et effrayantes, des gunfights furieux et des bastons désespérées, des moments de tension et un danger, omniprésent. En péril constant, Ripley, une petite fille et une poignée de soldats se battent pour survivre, luttent pour rester en vie. Les aliens attaquent sur tous les fronts ; le plafond, le sol, les conduits de ventilation. Même l’ascenseur. À la fin, on se sent vidé, troublé, voir mal à l’aise. Le film explose avec un rythme d’adrénaline jubilatoire, mais parfois c’est tellement sombre, que ça en devient carrément déprimant. C’est comme un tour de montagne russe qui ne veut jamais s’arrêter.

Est-ce que c’est intense ? Absolument. Mais est-ce divertissant ? Est-ce « fun » dans le sens basique du mot ? Difficile à dire. C’est le genre de long-métrage où dire qu’on a « aimé » ne veut pas dire grand-chose. Mais il faut le reconnaître, Aliens est, par définition, un bon film. Superbement filmé, avec des personnages attachants et intéressants, des effets-spéciaux magnifiques, des scènes d’action énormes et des monstres terrifiants. Ses qualités techniques sont admirables, c’est sûr. C’est un film fait par un professionnel. Un des meilleurs films d’action qu’on peut espérer voir à l’écran. Du grand cinéma.

Et ils auraient dû s’arrêter là…

@ Daniel Rawnsley

[Critique] ALIENS, LE RETOUR
Crédits photos : 20 th Century Fox


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