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De l ’essoufflement du rire (lourdingue, vous avez dit ?)

Par Borokoff

A propos de The dictator de Larry Charles ★★☆☆☆

Sacha Baron Cohen - The dictator de Larry Charles - Borokoff / Blog de critique cinéma

Sacha Baron Cohen

Dans la République imaginaire du Wadiya, en Afrique du Nord, l’Amiral général mais surtout dictateur Aladeen (Sacha Baron Cohen) est sommé par les Etats-Unis et plusieurs autres puissances étrangères de laisser les inspecteurs de l’O.N.U. rentrer dans son pays pour vérifier qu’il ne fabrique pas de bombe nucléaire. Soucieux de montrer sa transparence (politique et en matière d’armement) comme de faire étalage de ses richesses, pétrolières notamment, Aladeen décide de se rendre à New-York pour y prononcer un discours rassurant. Mais dès son arrivée, il est hué et suscite partout méfiance et hostilité. Trahi par son oncle Tamir (feu Ben Kingsley, sous-employé), chef de la police secrète et de la Sécurité, qui a tenté de le faire assassiner, Aladeen en réchappe de justesse mais se retrouve dans la peau d’un étranger anonyme et en galère à New-York. Un quidam revanchard que Zoey (Anna Faris, très bonne), une activiste écolo-gauchiste rencontrée dans une manifestation, va aider à retrouver son rang et son pouvoir. Et qui sait si, l’amour naissant, il ne viendrait pas même à Aladeen des idées… de démocratie.

Après Borat, leçons culturelles sur l ’Amérique au profit de la glorieuse nation Kazakhstan (2006), et Brüno (2009), Sacha Baron Cohen revient avec un personnage burlesque aux traits à nouveau épais pour ne pas dire caricaturaux mais dont il a le secret. Tout droit sorti de la botte du parangon Chaplin (et de The Great Dictator, 1940), cet Aladeen est notamment inspiré par les figures des dictateurs irakien et libyen récemment décédés, Saddam Hussein (1937-2006) et Mouammar Kadhafi (1942-2011), et par les évènements historiques des révolutions du « Printemps arabe ».

Toujours aussi grinçant voire trash dans son humour, qui s’appuie souvent sur des blagues racistes (sur les Chinois et les Arabes mais aussi dans l’accent arabe qu’il prend), l ’humoriste britannique ne fait encore une fois pas dans la dentelle.

Sacha Baron Cohen - The dictator de Larry Charles - Borokoff / Blog de critique cinéma

Endimanché dans un costume blanc bardé de médailles, Aladeen porte la même barbe noire que celle avec laquelle il est né. Sa garde rapprochée est composée de « bimbos » en bérets et en mini-jupes, mais ne nous fions pas aux apparences, Aladeen est un tyran impitoyable et paranoïaque qui rappelle parfois Ahmadinejad dans le message de destruction adressé à Israël mais qu’il tente d ’étouffer. Si les assassinats quotidiens de pseudos opposants rythment son règne, Aladeen n’a pas hésité non plus à s’entourer de sosies (joués par lui-même) qui se font exécuter à sa place. Et pour couronner le tout, et compléter le portrait idyllique de ce dictateur qui déteste l ’Occident et dit fabriquer d ’uranium « à des fins pacifiques », Aladeen est misogyne. Of course.

Pourtant, si les ficelles de ce nouveau déguisement sont très grosses, si le personnage qu’endosse Baron Cohen n’est décidément pas un poète ni un comique subtile, The dictator parvient parfois à tirer son épingle du jeu, grâce à une ironie assez mordante et bien sentie quand le film ne retombe pas dans ses lourds travers. Il faut aussi reconnaitre à Baron Cohen un certain courage et du culot pour oser rire d ’une religion qui n ’aime pas plaisanter sur elle-même. Encore moins que les autres le fassent à sa place. De ce point de vue là, il assume bien ce qu ’il fait. Mais si le film est critique voire grinçant parfois, il ne l ’est que partiellement et dans un seul sens, c ’est-à-dire presque uniquement avec les pays du Moyen-Orient ou du Maghreb. Mais jamais ou très peu envers les Etats-Unis, « pays construit par des Noirs et racheté par des Chinois ». The Dictator est même assez consensuel voire complaisant dans sa manière de prôner (inconsciemment ou non) le modèle américain de démocratie. Cette manière de s ’auto-flatter, typiquement américaine, finit par agacer comme les gesticulations et autres pitreries de Baron Cohen lassent. Larry Charles aurait pu évoquer par exemple les boulettes de Bush Junior sur les pseudos usines d ’armes nucléaires de Saddam Hussein, prétexte au lancement de la guerre en Irak…

Le vrai hic de The dictator, ennuyeux pour une comédie, c’est qu’on ne rit pas beaucoup, hormis quelques scènes comme celle de l’accouchement épique et imprévu d ’une cliente dans la biocoop de Zoey. Les situations sont trop prévisibles, trop excessives. On a souvent le sentiment que Larry Charles, comme Baron Cohen font dans la surenchère et le démonstratif. Les blagues sont répétitives, ce qui gêne la spontanéité du rire. Cela ne veut pas dire qu’on ne sourit pas, comme dans la scène du 11 septembre dans l’hélicoptère, mais on ne rit pas franchement, pas comme dans Borat du moins.

Cet affaiblissement du rire s’était déjà fait sentir dans Brüno qui, malgré quelques bonnes scènes, commençait à montrer les limites de personnages redondants, pas assez renouvelés voire coincés dans leur humour malgré la panoplie des déguisements de Baron Cohen. L ’humoriste anglais s ’essoufflerait-il, à l’étroit dans les costumes de ses avatars ? Le personnage qu ’il s ’est créé est dans le fond toujours le même. Serait-il prisonnier d’un genre ou d’un humour un peu « trash » et satirique qui a atteint ses limites ? Il y a un risque réel qu ’il tourne en rond et s ’enferme dans une posture, la faute à des personnages devenus étriqués.

Le générique de fin, en forme de bêtisier, livre un cortège de blagues parfois potaches, mais beaucoup plus drôles et inventives. Dommage qu ’elles arrivent si tard et sous la forme d ’ébauches. Le film aurait pu aller beaucoup plus loin dans le trash et dans son délire. A la place, il se contente de sketches un peu sages et convenus finalement…

http://www.youtube.com/watch?v=yZN9m7lYgzk

Film anglo-américain de Larry Charles avec Sacha Baron Cohen, Ben Kingsley, Anna Faris, Jason Mantzoukas (01 h 23).

Scénario de Sacha Baron Cohen, Alec Berg, David Mandel et Jeff Schaffer :

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Mise en scène :

Acteurs :

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Dialogues :

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Compositions d ’Erran Baron Cohen :

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