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La clinique de l’amour : Vive le Burlesque !

Par Wtfru @romain_wtfru

La clinique de l’amour : Vive le Burlesque !

Réalisé par Artus De Penguern
Écrit par Artus De Penguern, Gabor Rassov et Jérôme L’Hotsky
Avec Artus De Penguern, Helena Noguerra, Bruno Salomone, Natacha Lindinger, Michel Aumont
1h25

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Résumé :
Parce que Priscilla lui a préféré son frère Michael, John a laissé à celui-ci la direction de la clinique familiale avant de partir dans le Grand Nord. Mais quand son père est à l’article de la mort, John revient pour sauver la clinique, menacée par un rachat et par les coups fourrés de Michael…

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Avis :
Il aura fallu attendre 12 ans pour voir Artus De Penguern retourner derrière la caméra, et quand on voit le résultat, on n’est franchement pas mécontent d’avoir patienté aussi longtemps pour le grand retour de ce maître du burlesque français.

Pourtant, deux longs métrages en 12 ans, on pourrait dire que c’est un peu se foutre de la gueule du monde quand même. Bon OK, Terrence Malick a fait plus, mais bon on ne peut pas dire que la déconne ça soit vraiment son truc contrairement à ce cher Artus (même s’il a avoué adorer ce grand classique qu’est Zoolander !).
Oui mais voilà, Artus De Penguern, il possède un truc rare. Une sorte de grâce féérique qui fait qu’on lui donnerait le bon dieu sans confession.

Dès son premier film, Grégoire Moulin contre l’humanité, le ton est donné et le bonhomme devient instantanément l’un des personnages les plus cultes et les plus atypiques du paysage cinématographique hexagonal.
Grégoire Moulin contre l’humanité n’est pas un chef d’œuvre, ça nous en conviendrons tous. Mais il possède ce petit quelque chose, un peu à l’instar de l’homme qui l’a crée, qui le rend immédiatement attachant, et ce malgré les faiblesses visibles de son film.
Dès lors, dans ce monde de loups qu’est le cinéma, Artus De Penguern est, comme tout le monde, attendu au tournant. Celui que beaucoup considère comme un fils spirituel de Pierre Etaix va donc devoir faire ses preuves et revenir encore plus fort…

C’est désormais chose faite avec La clinique de l’amour, un projet qui mûri en lui depuis une dizaine d’années (il est même antérieure à Grégoire Moulin) et qui nous rappelle que la folie a encore de l’avenir dans ce monde cruel ravagé par l’ennui.

Le coup de génie d’Artus De Penguern, qu’il soit volontaire ou non, c’est justement d’avoir attendu 12 longues années pour faire son grand retour dans les salles obscures.
Là où beaucoup se seraient précipités en nous livrant un produit mi-figue, mi-raisin, De Penguern, lui, a laissé mûrir son projet de longues années pour tenter de le peaufiner au mieux, ce qu’il a réussi de la plus belle des manières.

Une chose est sûre en tout cas, La clinique de l’amour risque d’en dérouter plus d’un.
Alors que Grégoire Moulin contre l’humanité n’était qu’une sorte de variation classique et drôle sur le thème d’After Hours, ce nouvel opus est quant à lui un objet totalement ofniesque qui, à ma connaissance, ne ressemble à rien de ce que l’on a pu voir sur nos écrans.

Beaucoup de critiques ont décrit le film comme un croisement entre Urgences et Y a-t-il un pilote dans l’avion ?… Un constat peut-être un brin simpliste mais qui a finalement du sens, ne serait-ce que pour expliquer aux spectateurs ce à quoi ils doivent s’attendre en s’affalant dans leur fauteuil.
Jamais il ne faut prendre cette parodie de soap opera au sérieux. Il ne faut pas non plus rester simple spectateur, mais au contraire tenter de s’immiscer dans l’univers poétique du metteur en scène pour tenter de comprendre l’essence de sa folie.

Il faut bien comprendre que ce n’est donc qu’une parodie, et que s’il utilise les plus grosses ficelles scénaristiques possibles et les artifices les plus grossiers en matière d’images, c’est bel et bien volontaire, et il n’y a donc rien de ringard ou de raté à voir là-dedans.
Au contraire, au même titre que Nicolas et Bruno dans leur déjà classique, La personne aux deux personnes, Artus De Penguern joue avec le ringard, le has-been, le ridicule. Il s’en amuse et en fait ici son fond de commerce. Et même si les deux films sont extrêmement différents, on ne peut leur ôter une merveilleuse similarité : le fait d’ériger la ringardise au rang de culte !

Mais la vraie prouesse d’Artus De Penguern, au-delà de la pure parodie, souvent très drôle soit dit en passant, c’est bel et bien le fait qu’il parvienne à mêler des références totalement antinomiques.
Parvenir à mélanger la télé-réalité, les soaps operas, les telenovelas avec Chaplin, Keaton ou bien encore Woody Allen, il faut avouer que c’est là la preuve d’un énorme culot, mais surtout d’une audace assez ahurissante.

Il n’y a qu’à voir ce passage splendide lors de l’exil de John au Grand Nord qui rend à la fois hommage au Chaplin de La ruée vers l’or (l’ironie du sort voulant cependant que De Penguern possède plus de similitude avec le stoïcisme de Keaton qu’avec l’assurance constante de Chaplin), ou bien encore cette scène d’accouchement hilarante où le spectacle le plus intime devient visible aux yeux de millions de téléspectateurs, tels la scène d’amour et les coups d’Etat dans Bananas.

Avec ce genre de scène, une critique de ce genre de programmes abjectes qui déferlent chaque jour sur nos pauvres écrans auraient été facile (d’autant plus que le public du réalisateur n’est, à priori, pas celui de Plus belle la vie), mais cela aurait fait tomber le film dans l’évidence, et De Penguern est bien plus malin que ça.
Au contraire, il poursuit son effort jusqu’au bout, utilisant une nouvelles fois des artifices d’une lourdeur sans nom, des clichés plus qu’éculés, et intensifiant au maximum le caractère archétypal de ses personnages.

Et son plus grand exploit est justement de nous faire adorer cette histoire sans queue ni tête, truffée de rebondissements invraisemblables et d’aléas plus stupides les uns que les autres, quitte à faire intervenir un ours comme running-gag et comme personnage récurrent !

De Penguern confirme dès lors pleinement qu’il fait partie des grands maîtres du burlesque et du non-sens moderne.
Il utilise les clichés d’une si belle manière qu’il en parvient à les rendre légitimes, voire même crédibles.

Une seule question persiste désormais sur son compte : devra-t-on encore attendre 12 ans ?


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