L’idée du flâneur, sur laquelle je travaille un peu ces jours-ci, remonte d’ordinaire à Baudelaire (’Le peintre de la vie moderne’) et à Edgar Allan Poe (’L'homme des foules’) pour se décliner ensuite chez Benjamin, Debord, et mener enfin à pas mal d’artistes contemporains, dont Cadere ou même Fromanger, pour reprendre des billets récents.
Aussi ai-je été agréablement surpris de découvrir l’autre jour au hasard des salles du Louvre, un ancêtre du flâneur romantique et moderne, Gabriel de Saint-Aubin(jusqu’au 26 mai). Peintre et graveur, il fut surtout dessinateur du Paris du 18ème siècle, croquant frénétiquement les scènes de la rue. Il partait à l’aventure, dessinant tout sur son passage. Un jour à l’église, le prédicateur interrompit son sermon pour le laisser dessiner, tant la congrégation ne prêtait plus attention qu’à lui. C’était, semble-t-il une véritable obsession, qui fit de lui un maniaque, “singulier, bizarre, farouche et malpropre”. Greuze dit de lui qu’il était atteint d’un priapisme de dessin. Ci-dessus le Couronnement de Voltaire au Théâtre Français le 30 mars 1778, deux mois avant sa mort.


