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Formation, de Pierre Guyotat

Par Msperso

Il est des livres que nous sentons - plus sensiblement qu’avec raison - que la littérature, c’est çà. Mais bien souvent, ces ouvrages nous sont inaccessibles. « Ils sont plus forts que nous » disait Daniel Pennac. Ou trop loin, trop intelligents, trop hauts. Trop différents, peut-être. Comme Ascension de John Coltrane, Formation de Pierre Guyotat déroute. Un seul mot vient à l’esprit : dissonance. « Je l’ai écrit (…) à l’indicatif présent. Les sentiments, les interrogations, les pensées sont d’un enfant (…) – les idées, les convictions, les tourments qui s’y manifestent sont ceux de son entourage, de son temps, dans ses lieux. » Mais l’homme qu’il est aujourd’hui parle simultanément avec l’enfant qu’il était. Entre deux émois d’une sexualité naissante, entre deux scènes de la vie familiale, Pierre Guyotat décrit aussi les idées, les convictions, les évènements, les sentiments, les actions, dans une perspective et une analyse inconnue à l’époque (rafles, Camps, actions de tel ou tel personnage historique…). Ce livre est un ensemble où le présent se confond avec des flash-back et des flashforward permanents, presque d’une phrase à l’autre, d’un paragraphe – son ‘présent de l’indicatif’ contracte le temps. Le passé, le présent, le futur antérieur, se chevauchent, s’amoncellent, ce fusionnent et s’enchaînent - créent le chaos. La dissonance. Comme le free-jazz nous fait apprécier le silence tout en nous emportant dans des contrées inconnues et fatales, Formation est un livre troublant, un conflit intérieur transmis à nous lecteur. De la littérature, pure.

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