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Interview avec une femme expatriée auto-entrepreneur à Chicago

Publié le 09 juillet 2012 par Veroniquemp

Interview avec une femme expatriée auto-entrepreneur à Chicago

Yasmina Slimani (à gauche)

Une fois par mois, Expat Forever vous propose de rencontrer une femme expatriée auto-entrepreneur afin de mieux comprendre la vie au quotidien en expatriation. Ces interviews d'expats démontrent que l’on peut être un conjoint accompagnateur et se réaliser professionnellement. 

Ce mois-ci, j’ai rencontré Yasmina Slimani qui vit à Chicago depuis huit ans. Elle a créé Belle d’Argane. Son concept est simple, efficace et philanthropique : proposer des produits de beauté de qualité tout en permettant le développement personnel de femmes marocaines en milieu rural. Autrement dit, comment joindre l'utile à l'agréable !
Expat Forever: Bonjour Yasmina. D’où es-tu originaire ? Yasmina Slimani : Je suis née en France à Epinal dans les Vosges, mais j’ai grandi entre la France et le Maroc. Ma mère est française et mon père est marocain.
EF : Où vis-tu actuellement et depuis combien de temps ? YS : Je vis à Chicago depuis 2005.
EF : Est-ce ta première expatriation et quelle en est la raison ? YS : Non. Je suis venue aux Etats-Unis pour faire un MBA dans l’Indiana puis j’ai décidé de déménager à Chicago pour y vivre et y travailler.
EF : Peux-tu retracer ton parcours d’expatriée et ton ressenti personnel pour chacun des endroits où tu as vécu jusqu'à maintenant ? YS : J’ai grandi à Rabat dans un environnement français et je passais la majorité de mes vacances dans les Vosges. En 2000, j’ai déménagé sur Paris puis en 2004, je suis partie pour West Lafayette dans l’Indiana, et enfin Chicago en 2005. Mon expérience à Paris fut plus difficile, mais je pense que c’est du au fait que la culture parisienne est très différente de celle de la province. Je ne m’y attendais pas. Maintenant, j’adore Paris. En revanche, lors de mon arrivée aux Etats-Unis, j’étais beaucoup plus ouverte, je n’avais pas d’attentes spécifiques. Je me souviens encore des premiers mois, un pur bonheur, même si j’étais en plein milieu des champs de blé dans l’Indiana.
EF: Quelles difficultés as-tu rencontré au début de ton installation aux Etats-Unis ? YS : Après mon petit choc culturel à Paris, j’avais décidé de n’avoir aucune attente afin de faciliter mon expatriation aux Etats-Unis et de découvrir au fur et à mesure en gardant un esprit ouvert et positif. En arrivant à West Lafayette dans l’Indiana, je suis passée de Paris à la campagne profonde. Tout était différent mais tout était aussi fait pour faciliter l’adaptation : des américains très accueillants et ouverts d’esprit, beaucoup d’étudiants internationaux, une mini-ville. En revanche, j’étais la seule française dans ma promotion. La principale difficulté fut la langue. Même si mon niveau d’anglais était bon, je me souviens d’avoir souffert de maux de têtes les premières semaines. Chicago fut différent. Les seules personnes que je connaissais était mon manager et son assistante. Le plus dur quand on arrive seule dans une nouvelle ville pour y travailler est de se faire des amis. Mes collègues de bureau étaient beaucoup plus âgés et avaient passé toute leur vie à Chicago. Ils avaient donc leur petite vie, leurs amis, leur famille. Les premiers mois ont été assez durs. Pour rencontrer du monde et retrouver aussi mon français que j’avais perdu lors de mon passage dans l’Indiana, j’ai décidé de rejoindre les groupes français de Chicago, ainsi que mon groupe d’anciens élèves de Purdue. Aujourdhui, la majorité de mes amis sont des personnes que j’ai rencontrées par le biais de ces groupes. 
EF : Tu as créé l’entreprise Belle d’Argane. De quoi s’agit-il exactement ? YS : Belle d’Argane est une compagnie de produits de beauté naturels issus des traditions de beauté des femmes marocaines auxquelles j’ai voulu rajouter une petite touche française en proposant des produits uniques tels que l’huile d’Argan à la lavande ou le savon noir à la lavande. Nous vendons sur internet, ainsi que dans des spas, des salons de beauté et des boutiques spécialisées.L’objectif de cette entreprise est aussi d’aider au développement de la femme dans le milieu rural. Belle d’Argane travaille uniquement avec des coopératives féminines dans le sud du Maroc. Une partie des profits de Belle d’Argane sert à l’éducation de ces femmes.

Interview avec une femme expatriée auto-entrepreneur à Chicago

Amber Argan Oil - Belle d'Argane

EF : Pourquoi as-tu décidé de développer un tel projet ? YS : Je voulais créer une entreprise qui me permette de créer un pont entre la France, le Maroc et les Etats Unis. J’ai découvert l’huile d’argan lorsque j’étais encore trop jeune pour en apprécier sa qualité. Avant l’un de mes voyages au Maroc, l’une de mes collègues de travail de Chicago m’a demandé de lui ramener de l’huile d’argan. J’étais surprise qu’elle en connaisse son existence. Après plusieurs mois de recherches sur l’huile d’argan et ses avantages, j’ai décidé de repartir dans la région où pousse l’Arganier : la région d’Essaouira-Agadir. Lorsque j’y suis allée en 2000, l’huile d’Argan commençait à peine à être découverte par les Européens. En 2010, lorsque j’y suis retournée avec mes parents, beaucoup de choses avaient changé. La femme marocaine est très timide. Elle n’ose pas regarder dans les yeux. Là, c’était différent. Les marocaines que j’ai rencontrées pouvaient enfin travailler, gagner de l’argent et être indépendantes. Je pouvais ressentir leur fierté dans leur manière de parler et de se tenir. La tête haute, le corps droit, elles regardaient droit dans les yeux les personnes à qui elles parlaient, y compris mon père. Elles étaient fières et heureuses de pouvoir partager leur histoire et leur culture.A cette occasion, je me suis aussi rappelé que lorsque j’étais lycéenne, mon but était de faire une Ecole de Commerce pour devenir une femme d’affaire. Je voulais réussir pour pouvoir un jour aider les personnes qui n’avaient pas eu les mêmes chances que moi. Travailler avec ces coopératives, aider ces femmes et leur redonner encore plus à travers le système de partage de profit mis en place par Belle d’Argane, ainsi que mon engagement auprès d’elles pour leur apprendre un maximum, tout cela fait sens pour moi. 

Interview avec une femme expatriée auto-entrepreneur à Chicago

Argan Oil - Belle d'Argane

EF : Sur le moyen – long terme, comment souhaites-tu faire évoluer ce projet ?YS : A l’heure actuelle Belle d’Argane est présente aux Etats-Unis, en France, au Maroc et en Angleterre. Le but est de grandir encore plus et d’être aussi internationale que possible. Belle d’Argane partage surtout les secrets de beauté des femmes marocaines et participe au développement des femmes de cette région. J’espère pouvoir un jour aider d’autres femmes dans d’autres pays et partager leurs secrets de beauté.
EF : D’un point de vue personnel mais aussi professionnel, quels avantages trouves-tu dans la réalisation d’un tel projet ?  YS : Je dis toujours que Belle d’Argane c’est mon bébé, ma création. Dès que quelqu’un fait un compliment sur les produits, la qualité ou le packaging, je suis fière et heureuse. Les femmes des coopératives donnent tellement. Elles n’ont pas beaucoup, mais donnent tout ce qu’elles peuvent. Autour d’elles je n’ai qu’une envie, réussir pour leur donner plus. D’un point de vue professionnel, je me sens épanouie. Je peux enfin créer une culture d’entreprise juste et éthique. Même si ce n’est pas une entreprise à but non lucratif, il y a un but philanthropique. Et puis, j’ai enfin la possibilité d’utiliser au maximum mes connaissances acquises en école de commerce et MBA, ou d’en acquérir des nouvelles. Dans le cadre de mes expériences professionnelles précédentes je sentais que j’avais tellement plus à donner. Je m’ennuyais rapidement, j’étais frustrée. Créer Belle d’Argane m’a permis de mettre en œuvre la majorité de ce que j’ai appris depuis la comptabilité, la finance, la gestion, en passant par le marketing et la création. 
EF : Est-ce que le fait d’être expatriée aux Etats-Unis à jouer un rôle particulier dans la création de ce projet ? Pourquoi ? YS : J’ai toujours voulu monter ma propre boîte. Mon père avait sa propre entreprise et pour moi c’était normal soit de reprendre l’affaire soit de monter la mienne. Depuis que je suis aux Etats-Unis j’ai eu la chance de rencontrer énormément de personnes qui avaient tout laisser tomber pour poursuivre leur rêve. De plus les gens sont très positifs. Je pense que le fait d’être ici a en effet accéléré ce processus. 
EF: Qu’est-ce que tu apprécies le plus dans ta vie d’expatrié et pourquoi ? YS : Pouvoir être moi-même. Je me sens très à l’aise en expatriation. J’aime beaucoup aussi l’entre-aide au sein de la communauté expat. J’ai tendance à rencontrer plus de personnes avec qui j’ai beaucoup de points communs dans la communauté française ou internationale en général. J’ai eu la chance aussi de rencontrer des américains absolument formidables. 
EF : Qu’est-ce que tu détestes le plus dans ce mode de vie et pourquoi ? YS : Le plus dur dans l’expatriation est de laisser sa famille et ses amis derrière soi. Quand on arrive dans un nouveau pays, on est loin de ceux qu’on aime et on doit faire beaucoup d’effort pour rencontrer des personnes et se faire de nouveaux amis. Le plus dur est vraiment de devoir tourner la page et se faire une nouvelle vie ailleurs, de découvrir une nouvelle culture. Avec le temps il est souvent plus difficile de changer ses habitudes. Après huit ans aux Etats-Unis, je déménage en septembre en Angleterre. Une nouvelle aventure m’attend, mais j’avoue que j’ai le cœur un peu serré car mes amis sont ici…
EF: Quels conseils donnerais-tu à d’autres femmes expatriées qui souhaitent créer leur propre entreprise ? Je pense qu’il y a cinq points à bien garder en tête :
  1. Etre passionnée car lorsqu’on crée sa propre entreprise, les horaires de bureau, c’est terminé. C’est du non-stop. Il faut vraiment aimer ce que l’on fait. Etre à la tête d’une petite entreprise, ça veut aussi dire prendre toutes les décisions. Il n’y a pas de répit de ce point de vue. 
  2. Avoir les fonds nécessaires pour subvenir à ses besoins pendant au moins 24mois. A l’heure actuelle les banques ne prêtent pas beaucoup et encore moins aux toutes nouvelles entreprises. 
  3. Rejoindre des groupes d’entrepreneurs. Aux Etats-Unis, il existe beaucoup de groupes de femmes chef d’entreprise et elles s’entraident énormément. 
  4. Avoir un ou plusieurs « mentor ». Lorsqu’on lance un projet, rien n’est parfait du premier coup. En discutant avec ces personnes, il est possible d’éviter les erreurs qu’elles auront faites auparavant. 
  5. Ecoutez les critiques mais seulement pour être sures que vous avancez dans la bonne direction. Faites la distinction entre les critiques constructives et celles qui ne sont que négatives. 
Merci Yasmina et longue vie à Belle d’Argane.
Pour en savoir plus sur l’entreprise de Yasmina Slimani, regardez cette vidéo sur les produits Belle d’Argane

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