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Fractures Françaises.

Publié le 09 juillet 2012 par Vindex @BloggActualite
Fractures Françaises.-Fractures Françaises ; Octobre 2010 ; 19€ -

Le dernier livre qui m'a été donné de lire récemment a retenu mon attention, et à ce titre il me revient de vous en conseiller vivement la lecture, tant l'analyse politique, sociale, géographique et culturelle qu'il fait de notre société française me semble peu médiatisée, mais d'autant plus pertinente. Il s'agit de "Fractures Françaises", écrit par Christophe Guilluy, publié chez François Bourin Editeur à la collection Politique. 

L'auteur

Christophe Guilluy est un géographe français, chercheur auprès de collectivités locales et d'organismes publics, coauteur avec Christophe Noyé de l'Atlas des nouvelles fractures sociales en France.Dans cet ouvrage, il livre son diagnostic quant aux nouvelles fractures qui divisent actuellement la société française, remettant en cause la pensée dominante émise par des "prescripteurs d'opinion". Il se montre très attaché à la conception républicaine de la France, étant par exemple hostile au communautarisme, et plus que mitigé sur la question de la mondialisation.

Un carcan médiatique ? 

Selon Christophe Guilluy, la société française actuelle ne peut trouver les remèdes aux maux qu'elle subit sans en connaître la vraie nature. Or, il estime que les analyses majoritairement faites par des "prescripteurs d'opinion" sont fausses, par exemple sur la crise des banlieues. Selon l'opinion "dominante", ces banlieues font l'objet d'une ségrégation [parfois raciale] et d'un délaissement, le tout s'accumulant à une pauvreté et un contexte de crise économique, dont les conséquences observables sont les émeutes régulières que connaissent ces quartiers chauds. L'opinion dominante serait également, d'après lui, relativement favorable au multiculturalisme (77% des français y seraient favorables), alors même que les catégories sociales qui y sont les plus attachées (les catégories bourgeoises ou ayant profité de la gentrification) pratiquent parfois plus que les catégories populaires l'évitement (par l'école ou le logement) des vagues d'immigration plus récentes, le plus souvent d'origine extra-européenne.L'opinion majoritaire, d'après Christophe Guilluy, serait également celle qui consiste à penser que le modèle républicain français reste protecteur des logiques de communautarisme et de mondialisation.

Une autre analyse de la situation sociale française


Le géographe rétabli sa vision de la vérité, d'une manière plus scientifique.

Concernant les quartiers chauds par exemple, s'il ne conteste aucunement les difficultés que connaissent les habitants de ces quartiers (problèmes d'intégration, pauvreté, chômage), il estime qu'elles ne suffisent pas à expliquer à elles seules les émeutes. En effet, il estime que même si les banlieues composées de logements sociaux (donc peuplées de catégories populaires, et en particulier issues de l'immigration) ne connaissent pas une situation privilégiée vis-à-vis du marché du travail environnant (toujours plus demandeur de qualification), ces banlieues sont -plus qu'au temps de leur création- au coeur des aires urbaines qui s'y sont constituées, et donc de l'activité économique. De plus, il montre que les pouvoirs publics se préoccupent davantage de ces quartiers que des zones péri-urbaines et rurales (qui connaissent en générale plus la pauvreté d'ailleurs), leur consacrant plus de moyens financiers (restant cependant inefficaces comme l'on peut le constater).Xavier Raufer, criminologue, avait lui-même déjà estimé que la pauvreté ne suffisait pas à expliquer les violences urbaines que connaissaient ces quartiers, puisque les régions françaises connaissant plus de pauvreté (les régions rurales et péri-urbaines comme le précise bien Christophe Guilluy) connaissent des taux de criminalité moins élevés et sont réputés moins touchés par l'insécurité.Relativement au communautarisme et à la mondialisation, Christophe Guilluy estime que contrairement à ce que la pensée dominante peut croire, le modèle républicain ne semble plus à même de protéger la France de telles logiques, puisque notre pays est actuellement touché par la mondialisation économique et sociale qui influence grandement notre système culturel et modifie clairement les équilibres territoriaux, géographiques et démographiques (notamment par l'immigration ou encore le libre-échange). Selon l'auteur, les pratiques d'évitement entre communautés d'appartenance ne résultent pas nécessairement de la xénophobie de leurs auteurs mais davantage d'une immigration ayant changé de nature : d'une immigration de travail attirant des travailleurs célibataires et pouvant facilement s'assimiler à la société française, on est passé à une immigration familiale (entraînant donc une vague d'immigrés plus importantes aux origines plus diverses) dont le nombre croissant rend plus difficile leur intégration à la société et surtout plus important leur poids dans l'élaboration du modèle socio-culturel de notre société. Perdant peu à peu son rôle de référant culturel (d'après l'auteur), le français (souvent de classe populaire, mais pas uniquement) se serait alors "réfugié" dans des espaces moins touchés par ce phénomène (les zones péri-urbaines et rurales) même s'il devait lui en coûter (services publics moins nombreux et plus lointains, coûts de logement et de transports plus importants, ...), voulant éviter "l'insécurité culturelle".Par ce raisonnement, Christophe Guilly dénonce le fait que l'histoire de l'immigration ne soit toujours abordée que du point de vue de l'immigrant et jamais ou trop peu du point de vue de l'accueillant, et ce d'autant plus que les plus favorables à la société multiculturelle (les classes aisées d'après l'auteur) ne sont pas celles qui assumèrent le plus le rôle de l'accueillant, ce qui dans un premier temps (nous l'avons déjà vu) n'a pas posé de problème y compris aux classes populaires. Il en est de même pour les immigrants, lesquels peuvent être, en toute logique, plus tentés par un regroupement avant tout familial et culturel créateur de lien social pour s'installer dans le pays d'accueil de façon plus facile. Ce phénomène (expliqué et démontré chiffres à l'appui) à ainsi favorisé l'installation d'une logique identitaire et non plus vraiment républicaine (c'est-à-dire avec pour seule référence la nationalité mais non les origines ethniques ou religieuses), réorganisant la répartition territoriale des populations et entraînant en conséquence un évitement des tensions (bien que celles-ci puissent rester latentes) et la concentration progressive de populations plus homogènes ethniquement sur différents territoires de la France. Ces analyses permettent au géographe de déterminer les véritables fractures qui rongent notre société.

Vers d'autres fractures

Selon Christophe Guilluy, l'analyse marxiste opposant classes populaires à classe bourgeoise n'est plus tellement pertinent pour établir les fractures françaises, puisque celles-ci ne sont plus uniquement de nature économique, mais se portent également sur l'aspect culturel et territorial.La véritable double fracture politique et culturelle porte à la fois sur la France dans la mondialisation et sur la France face au multiculturalisme. D'ailleurs cette fracture a tendance à s'accentuer du fait de la disparition progressive des classes moyennes (lesquelles se fonderaient de plus en plus dans les classes populaires, hormis les classes moyennes supérieures).Cette opposition entre "2 France" (qui ne se comprennent pas) a tendance à se cristalliser, à voir sa manifestation essentielle d'un point de vue territorial.Les territoires les plus en difficulté - ruraux et péri-urbains - seraient moins favorables à la mondialisation (dont ils subissent les premiers les conséquences par la désindustrialisation progressive) et il est à noter que c'est souvent dans ces territoires que le Front National y réalise ses meilleurs scores. A l'inverse, les métropoles et leur entourage jouant pleinement le jeu de la mondialisation et en recueillant les fruits bénéfiques, y sont pour sûr plus favorables. Quant à la société multiculturelle, les territoires urbains y seraient plus favorables que les territoires péri-urbains et ruraux (là encore la géographie du vote Front National est significative), non nécessairement par méconnaissance du phénomène migratoire (comme vu plus haut) mais parfois en connaissance de cause -toute subjective certes- et suite à une pratique d'évitement dont l'inspiration est en partie identitaire. Les enjeux de cette nouvelle opposition sont avant tout électoraux : ainsi, d'après l'auteur, l'élection présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 se serait gagnée dans les territoires péri-urbains et ruraux (lesquels semblent rester majoritaires selon Christophe Guilly), grâce à un discours inspiré de la stratégie de Patrick Buisson visant en premier lieu la droite populaire, bien plus que la droite libérale (le retour de boomerang ayant, en contrepartie, eu lieu il y a peu).Cela étant, les enjeux de cette fracture pourraient bien être à l'avenir sociaux : cette opposition s'accentuant, elle pourrait susciter de vives tensions culturelles (les rapports socio-culturels étant tout autant une relation d'échange qu'un rapport de force), à tout le moins selon le géographe si le diagnostic qu'il livre n'est pas mieux pris en compte pour trouver les solutions à même de mieux réguler le "vivre-ensemble". 

Voir aussi

-Hollande parle peu à ces classes populaires ;-Le livre de gauche qui inspire la droiteRémi Decombe.



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